Palazzo Reale, Milano. Du 7 février au 27 septembre 2026
Le Alchimiste est né d’un projet lancé en 2023 et présente plus d’une quarantaine de grandes toiles, conçues spécifiquement pour dialoguer avec la beauté dramatique de ce lieu marqué par le bombardement de 1943.
Caterina Sforza (1463 – 28 mai 1509), scientifique et dirigeante, auteure d’un manuscrit rare avec plus de 400 recettes, y compris des médicaments et des formules alchimiques, est au cœur de la relation avec Milan, où elle a vécu. À ses côtés, Kiefer réunit une constellation de figures féminines, connues et oubliées.
Anselm Kiefer leur offre ce Pantheon, signe de reconnaissance et il célèbre leur place dans l’histoire de l’Humanité. (D’autres chroniques sur cet artiste ICI)
La voici représentée (émulsion, huile, acrylique, gomme-laque, feuille d’or, résidus d’électrolyse, plomb, acier, coton, argile, silicone et collage de toile sur toile). L’artiste, lui aussi, est une sorte d’alchimiste.

Les oeuvres d’Anselm Kiefer sont terriblement impressionnantes en vrai, les photographies ne rendent pas du tout le ressenti qu’offre une présence effective face à la toile. De plus, il y avait une foule de spectateur.ices. Je trouve aussi que les ornements du lieu n’ont pas permis la meilleure mise en valeur de ces compositions gigantesques et chargées de matières. Le palais a été bombardé en 1943, et cette blessure par ailleurs convient bien aux travaux du peintre allemand, toujours viscéralement relié à l’Histoire. Quelques images pour se rendre compte du format monumental:
La liste des femmes alchimistes représentées et choisies par Anselm Kiefer:

Il y a 38 de ces immenses toiles, 38 images inspirées par ces femmes hors du commun oubliées aujourd’hui. Largement de quoi faire au niveau visuel, mais qui étaient-elles vraiment?
L’alchimie est définie comme étant un ensemble de pratiques et de spéculations en rapport avec la transmutation des métaux.Transformer des métaux vils (plomb) en métaux précieux (or). Mais aussi la recherche de l’élixir de longue vie alimentée par des spéculations philosophiques, mystiques ou spirituelles. L’exposition, hommage aux femmes de science, met en lumière leur importance, leur puissance. Celles issues de la noblesse comme celles qui ont été marginalisées pour leurs pratiques et leurs écrits. Partie prenante d’un un monde masculin, elles sont curieuse avant tout, de spiritualité, de sciences, de savoirs, de techniques. Leur quête intérieure les incitent à l’audace et à la transgression, elle les emmène au mysticisme. La pratique du symbolisme devient nécessaire: le savoir est un danger. Certaines seront emprisonnées, voire pire. (voir le site de Groupe alchimie)
La plus ancienne doit être Cléopâtre, suivie de Theosebia et Panuphnutia (IIIe et IVe), puis Perenelle Flamel (1320-1397), épouse de Nicolas. Jusqu’au XVIIIe siècle, nombre d’entre elles sont disséminées dans toute l’Europe. Elles viennent de France, d’Allemagne, d’Italie, de Grande Bretagne, de Turquie (Theosebia), du Danemark (Sophie Brahe), de Suède (Christina von Schweden), d’Autriche et même d’Egypte.






La peinture de Kiefer est un monde en lui-même. Le thème de la Femme, les oubliées ou invisibilisées, y est très présent: ce n’est pas un effet de mode! Les femmes alchimistes sont de plus en lien avec ses techniques picturales, sa manière de mêler les éléments pour en faire une peinture presque sculptée. Pigments, émulsions, acrylique et huile mélangées à des matériaux bruts tels que le plomb, la cendre, la terre, la paille, des matières végétales, l’or et j’en passe, sont porteurs de significations historiques et symboliques. Quelques détails:









Quelques dames alchimistes juste pour se faire une idée:
Madame de Martinville (1555-1610) est une alchimiste française qui a oeuvré sous différents pseudonymes. Son approche rejoint celle de Paracelse. Elle ne publie qu’après la mort de son mentor en alchimie, Joseph Duchesne. Accusée d’avoir eu des rapports sexuels avec son beau-père, il s’avère qu’il l’avait violée, ce qu’il a avoué sur son lit de mort. Son traité de 1610, *Discours philosophique*, a survécu dans sa version française originale.

Marie de Meurdrac (1610-1680) est une chimiste française, issue d’un milieu bourgeois. Son ouvrage La Chymie charitable & facile, en faveur des dames, est le premier traité de chimie écrit par une femme. il est composé de six parties: principes, méthodes et techniques de la chimie, propriétés des végétaux, des substances animales et des minéraux, préparation des médicaments et cosmétiques.
«Quand j’ai commencé ce petit Traité, ça a été pour ma seule satisfaction, et pour ne pas perdre la mémoire des connaissances que je me suis acquises par un long travail, et par diverses recherches plusieurs fois réitérées. J’ai été tentée de le publier; mais si j’avais des raisons de le mettre en lumière, j’en avais pour le tenir caché; je m’objectais à moi-même que ce n’était pas la profession d’une femme d’enseigner ; qu’elle se doit demeurer dans le silence, écouter et apprendre, sans témoigner qu’elle sait ; qu’il est au-dessus d’elle de donner un Ouvrage au public, et que cette réputation n’est pas d’ordinaire avantageuse, puisque les hommes méprisent et blâment toujours les productions qui partent de l’esprit d’une femme. Je me flattais d’un autre côté que je ne suis pas la première qui ai mis quelque chose sous la Presse; que les Esprits n’ont point de sexe ; et que si ceux des femmes étaient cultivés comme ceux des hommes, et que l’on employât autant de temps et de dépenses à les instruire, ils pourraient les égaler.» Marie de Meurdrac
Martine de Bertereau (Touraine,1590-Paris, 1642), baronne de Beausoleil, était minéralogiste et astrologue. Elle voyage avec son mari durant trente ans en Europe et même au Pérou, étudiant les gisements miniers. Rentrés en France, iels prospectent le pays à leurs frais. Le couple sera soupçonné de sorcellerie puis innocenté, mais leurs affaires sont saisies. En 1640, elle publie un ouvrage dédié au cardinal de Richelieu, le récit de leurs recherches, une véritable biographie. Arrêté, le couple mourra dans deux prisons différentes.




Isabella Cortese publie à Venise un livre en 1561 présentant l’alchimie au grand public: remèdes médicaux et cosmétiques, des conseils d’économie familiale, ainsi qu’une discussion de la façon de transformer du métal en or. Son nom n’est cité nullepart, peut-être un pseudonyme.



Madame d’Orbelin était une chimiste viennoise qui affirmait avoir découvert, au XVIIIe siècle, une technique permettant de solidifier le mercure à température ambiante. En 1785, elle écrivit à Benjamin Franklin et lui démontra sa découverte.Cependant, à part des instructions non datées relatives à une expérience impliquant de l’antimoine et du salpêtre et rédigées en français d’une écriture autre que celle de Franklin, il ne reste aucune trace des écrits de Madame d’Orbelin…



Elles étaient pharmaciennes, herboristes, astrologues, physiciennes. Avec les pratiques de l’alchimie, elles ont pu distiller, sublimer, calciner, dissoudre, transformer les matières, observer les résultats de leurs manipulations et emmagasiner des connaissances. Leurs pratiques étaient souvent orientées vers le soin. Elles ont été forcées de se cacher, de dissimuler, de publier sous pseudonymes, elles ont été persécutées et accusées de sorcellerie.








































