« Ch’TTaHH » Bilal El Had

Arsenic, Centre d’art scénique contemporain, Lausanne, du 29 octobre au 1er novembre 2026

Photo ©Mariana Machado

Ch’ttahh signifie danseur et Bilal El Had nous entraîne dans les arcanes des danses traditionnelles marocaines Chaâbi, les scénarisant à sa façon. Parmi les différentes danses pratiquées au Maroc, le Chaâbi est une danse populaire pratiquée lors de mariages ou de fêtes.

Le spectacle débute par des appels. Le danseur, pieds nus, semble sonder le sol de son regard, tâter ses profondeurs. Ce qu’il entreprend là, c’est le réveil des ancêtres, une invitation envoyée aux archétypes collectifs marocains. Des appels du pied en quelques sortes, mais des appels rythmés, déjà une danse en soi, accompagnée de noms.

Puis il se met à danser, une danse qui accélère peu à peu, une danse qui prend de l’ampleur. Elle part du haut du corps et l’envahit. Du bout des doigts en passant par les hanches jusqu’aux pas parfaitement synchronisés sur la musique et les chants. Une énergie incroyable se dégage de tout son corps. Au Maroc, j’ai vu danser les hommes entre eux. Les danses des femmes se font dans l’intimité je pense. Bilal El Had, en les performant, nous offre une fenêtre, tel un moucharabieh, sur la pratique féminine du Chaâbi. Il en utilise les gestes harmonieux et élégants empreints d’une grâce lascive.

Il désire nous enrober de l’atmosphère marocaine, tirant des rideaux orangés autour du plateau, et nous propose ensuite, en projection, une balade dans le souk, la plage et les rues d’une cité marocaine, mais à vue de chien. Ce sont donc les pieds, les chaussures des gens que nous voyons, telle la danse quotidienne du peuple. Un « antique » cassettophone, le reliant certainement à ses premières propres expériences musicales, débute une chanson, reprise par la sono électronique. La voix de sa mère nous entraîne dans son intimité familiale pour la recette maternelle du tagine de poulet, tandis qu’il performe le porté sur la tête d’un disque miroitant. Une métaphore de l’équilibre appris de sa mère? mais peut-être y vois-je des messages qui n’en sont pas. Pourtant ce que lui transmet sa mère est que tout ce qui est fait avec amour est bien fait.

La danse qu’il pratique, qu’il interroge pour la partager, l’éprouver, l’élargir, est le socle par lequel Bilal El Had déploie des racines extensibles et sans âge.

Karaoké final

Ce retour à l’enfance pose aussi une question au monde de la danse. Pourquoi certaines pratiques restent-elles si peu visibles sur les scènes contemporaines ? Et pourquoi le mot « contemporain » renvoie-t-il encore si souvent à une histoire et à une esthétique occidentales ?

«Avec cette pièce, je cherche à bousculer cette vision, non pas en essayant de faire entrer le chaâbi dans la danse contemporaine, mais en interrogeant ce qu’on considère comme contemporain.» Source 360°

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