Du 9 mai au 22 novembre 2026, « In Minor Keys »
Traditionnellement, on trouve les pavillons nationaux au lieu-dit Giardini. Cette année il y en a 29, les autres étant répartis à l’Arsenale (25) et dans divers lieux de la ville (46), certains pour la première fois. Donc cent nations y participent cette année. Une biennale endeuillée par la disparition de sa commissaire Koyo Kouoh en mai 2025.
Je ne peux éviter de dire un mot du pavillon suisse qui entame la visite, étant proche de l’entrée. Cette année, *The Unfinished Business of Living Together*, un projet des artistes Miriam Laura Leonardi, Lithic Alliance, Yul Tomatala, Nina Wakefordont, prenant pour base une émission de la télévision suisse datant de 1978 sur le « problème de l’homosexualié »(!): une création vidéo mêle images d’archives et nouvelles prises de vues et interroge sur la mémoire et l’histoire, du point de vue du passé et de ce qu’il reste à réinventer des coexistences sociales. A part une entrée colorée, rien de très sexy dans la présentation et surtout pas envie de passer une heure ou plus dans le premier pavillon visité, même si c’est celui de mon pays! Mais j’aimerais voir ce sujet intéressant ailleurs et en d’autres temps.





Le pavillon des pays nordiques (Finlande, Norvège, Suède) m’a beaucoup plu. Onirique, symbolique et figuratif à la fois, dans ce large espace, l’installation des artiste Tori Wrånes, Klara Kristalova et Benjamin Orlow instille une curiosité des regardeur.euses et transmettent quelque chose de joyeux et dramatique à la fois. *How Many Angels Can Dance on the Head of a Pin?*








200 poupons bébés lunettés sont distribués momentanément aux bons soins des visiteur.euses du pavillon du Japon. Ei Arakawa-Nash, l’artiste, se demande comment célébrer une nouvelle génération de bébés alors que nous, en tant que pourvoyeurs de soins, nous attelons à la tâche inachevée de réparation et de réconciliation qui façonne le monde dans lequel ils font leur entrée ? *Grass Babies, Moon Babies*



La République de Corée, dont le projet *Liberation Space: Fortress/Nest* est d’une grande sobriété encline à l’hermétisme (pour nous européen.nes), m’a évoqué les livres d’Han Khan: raconter une histoire succinte et simplifiée pour aborder un récit de reconstruction vitale (d’ailleurs l’autrice nobélisée participe à l’installation).



Reconfigurer des lacunes historiques par la résistance artistique, voilà le postulat de l’Allemagne qui investi son pavillon avec brio. L’installation *Ruin*, de Sung Tieu (mosaïque extérieure) et Henrique Naumann (1984-2026, objets et enjeux sociopolitiques), aborde les temps de l’Allemagne de l’est par le design. Les goûts et l’esthétique du quotidien y sont représentés avec habileté et intensité.







Les précédentes participations de la Grande Bretagne m’avaient déçue, celle-ci me ravit. Lubaina Himid investit le pavillon britannique et c’est d’une gaieté éblouissante, même si elle nous laisse ressentir comme un malaise sous-jacent, celui des personnages? des effets sonores? de cette mouche qui prend ses aises? d’un poison délicieux?







La France a invité une rebelle! : l’artiste française et marocaine Yto Barrada a signé l’appel au boycott isrélien. (Lire ICI sur INFERNO le Revue). Bravo à elle! Je n’ai cependant pas bien compris ses installations qui me sont restées obscures encore maintenant. *Comme Saturne* tourne autour de la consommation et de l’érosion, voilà tout…








La Grèce nous emmène dans les bas-fonds de l’humanité, une caverne rebaptisée Escape Room d’Andreas Angelidakis. Entre « la construction de la nation et l’élaboration de mythes », les récits qu’elle met en scène créent des vérités illusoires, des fake news du XXe faites de papiers déchirés, puis recollés, puis chiffonnés. Assez moche, mais qui ne se prend pas au sérieux.
Superbe vidéo chorégraphiée en piscine dans le pavillon de la Pologne. Le Chór w Ruchu (Chœur en mouvement), composé de personnes entendantes et sourdes, interprètent des codes de communication et des chants de baleines, aussi bien en anglais parlé qu’en langue des signes internationale (LSI). L’image (cinématographie de Magda Mosiewicz et Bogna Burska), le son (composition d’Aleksandra Gryka), l’expérience physique induite par les ondes acoustiques et la chorégraphie collective des membres du chœur s’inspirant du mouvement des bancs de poissons (Alicja Czyczel) composent un fascinant ballet autant par son concept que par ses esthétiques.




Le pavillon de l’Egypte devrait être un espace de recueillement personnel. Hélas, sa fréquentation ne permet pas le silence invoqué. *Le Pavillon du Silence : Entre le tangible et l’intangible* invite à l’introspection et la pureté des sculptures d’Armen Agop sont porteuses d’intériorité. Le contexte et l’ébullition mentale que procurent les différentes visites ne le permettent pas ici. Ce qui n’empêche pas d’en apprécier la beauté.

Précédé d’une file d’attente impressionnante, je ne se suis pas entrée dans le pavillon Autrichien investit par la performeuse Florentina Holzinger et sa troupe de femmes. Des photos des actions menées ont été largement diffusées. Nous avons cependant assisté celle de la cloche en extérieur. Le corps féminin agissant (puissamment) est au coeur des pratiques de l’artiste. *Seaworld Venice* interagit avec l’eau…et avec provocation.

L’Espagne présente une immersion incroyabke au centre des cartes postales collectionnées par Oriol Vilanova. Les images, toutes du même format, sont placées de telle façon qu’elles forment des mosaïques de couleur, quelquefois créant des champs qui semblent dégouliner des cimaises. Effet puissant garanti.






Ici sont présentés quelques pavillons. Il est impossible de s’intéresser à chacun en profondeur, c’est ce que je regrette. Une seule visite de 11h à 18h, c’est trop court pour s’imprégner de chaque état d’âme artistique, les tickets d’entrée n’étant valables que pour une journée. Les pavillons les plus abordables sont mentalement moins puissants et on aimerait s’attarder dans les pavillons de forte intensité. Finalement, la Biennale de Venise est une plateforme qui permet d’appréhender des artistes qu’il faut voir ensuite ailleurs dans des structures plus « intimes ». Elle permet également d’aborder une nation par le biais de l’art, d’un discours inhabituel et esthétique, comme une voie divergente adressée au monde pour focaliser une certaine attention.
A suivre, Arsenale….








