Villa Moyard, Morges. Performance du 3 octobre 2026
Assister à une térianthropie, ce n’est pas fréquent! Le performeur Thierry Desplands-Monnier a fait le choix de s’approprier le comportement de l’aï, lequel est un mammifère quadrupède de la famille des édentés, caractérisé par trois doigts et une mobilité très lente. On le dit paresseux, mais n’en croyez rien: Il n’a pas son pareil en détermination! Hormis ses six impressionnantes griffes, c’est un animal sympathique, dont le petit nom est Bradypus. En voici la trace laissée sur le flyer de la performance.


Le courriel ci-dessous est adressé par l’artiste à Kilian Jornet, le sportif catalan plusieurs fois médaillé, notamment en course verticale. Il détient notamment le record du monde de l’ascension à pied du mont Blanc (30km aller-retour depuis Chamonix) : 4 h 57 mn 40 s pour une altitude de 4 805,59 mètres. Il a répondu par une photographie et un autographe en catalan.

Le challenge du performeur est de battre ce record de quelques secondes, mais à l’horizontale!
Tenue rouge et jaune, en rapport avec une héroïne suisse bien connue, ganté de griffes monstrueuses, il va tenter le défi de l’alpiniste à la manière de l’aï, c’est-à-dire avec sa lenteur légendaire. (courte vidéo du début)
La performance bénéficie d’une mise en scène parfaitement pensée et organisée. En fond de scène, le monumental chronomètre affiche le temps écoulé sur un décor de nuages et monts enneigés. Le performeur se déplace sur une carte géante du mont Blanc. Un écran secondaire montre en temps réel le chemin accompli, l’altitude, la vitesse du vent et la température. Le trajet comprenant l’aller et le retour, une pause de 10 minutes est prévue au sommet.
Le point de vue des regardeur.euses se situe soit sur la « terrasse panoramique » du lieu, soit sur une échelle permettant d’atteindre des jumelles à son sommet. L’artiste m’a confié qu’il aurait plutôt souhaité une vieille porte de grange agrémentée de deux trous, mais que le lieu ne s’y prêtait pas…et d’ailleurs cela a déjà été fait…

L’humour étant omniprésent, les « lunettes d’approche » sont en fait tournée à l’envers, devenant alors des « lunettes d’éloignement ». Ce qui n’aurait pas déplu à celui qui a déclaré « C’est le regardeur qui fait l’oeuvre ».




Créée par le musicien bien connu du milieu théâtral Stéphane Vecchione, l‘atmosphère sonore de la performance nous suggère une certaine angoisse, le suspens vertigineux d’une progression dangereuse et inhospitalière. Le sifflement du vent, les craquements de la glace et ce bourdonnement lancinant induisent un drame possible.

Je ne dévoilerai pas ici le final stupéfiant de cette performance hors du commun (sauf si vous insistez).
La performance a été spécialement agencée pour l’association la Villa Moyard, laboratoire d’arts contemporains, dont vous pouvez consulter le programme ICI, via son site et vous y rendre à Morges, rue de Lausanne 15.
On peut même acquérir un morceau de la carte au prix modique de CHF 30.- pour soutenir l’association.
Merci Aï D. pour ce moment inoubliable!



