Durée: 2h15, vu le 15.07 2026, Gymnase du lycée Aubanel
Deuxième place de mon top 8
Un procès est une suite de l’Ennemi du peuple (1882) de Henrik Ibsen qu’ont imaginée et surtout réécrite les brésilien.nes Jatahy et Moura. Une suite temporelle puisqu’ici nous sommes bien après le procès juridique initial de la pièce d’Ibsen. Wagner Moura est célèbre au Brésil, il l’est aussi maintenant en Europe après avoir été doublement récompensé entant qu’acteur dans le film L’agent secret, un film de Kleber Mendonça Filho (ICI la critique du très avisé princecranoir).
Pour mémoire, le texte de Henrik Ibsen est une pièce dramatique où le Dr Thomas Stockmann dénonce la contamination des eaux thermales, s’opposant à l’autorité municipale qui préfère l’ignorer pour conserver ses profits économiques. La pièce reprend ce thème uniquement au travers du procès, dans une sorte de tribunal social et non juridique, une affaire fictionnelle traitée en public et jugée par un jury composé de spectateurices installé.es sur scène. Cette fiction soulève des questions réelles auxquelles le public peut réfléchir et se positionner, sachant qu’une majorité de la population de la ville d’eau est du côté de du maire Peter Stockmann pour des raisons d’emplois et de nécessités économiques. Une confrontation d’autant plus puissante que les deux principaux protagonistes sont frères.
Christiane Jatahy fait aussi référence au film de Spielberg Les dents de la mer. Il se serait lui-même inspiré du texte d’Ibsen qui, il est vrai, propose une thématique à peu près identique. Elle évoque aussi Las Bestias de Rodrigo Sorogoyen.

Le Docteur Stockmann, qui a lui-même demandé cet audit, est assisté par sa propre fille. Lors de ce procès public, il demande réparation et le droit de se faire entendre de façon impartiale en instaurant un dialogue avec la partie adverse devant témoins. Le maire va produire un certain nombre de matériel vidéo et témoignages enregistrés qui vont selon lui prouver que Thomas est un ennemi du peuple. Parmi ses « preuves » (je crois qu’il y en a sept) une contre-analyse scientifique de l’eau mentionnant son innocuité, alors que Thomas en avait produit une irréfutable, une video prise à la sauvette par le fils de Thomas ou encore l’enregistrement de l’un de ses discours où il professe que la majorité n’a jamais raison et que les imbéciles sont une masse manipulée par de fausses nouvelles. C’est en effet un peu déstabilisant de l’entendre, mais n’a-t-il pas un peu raison, malgré ces propos qui pourraient être tenus pour fascisants? (je crois que ceci est aussi dans le texte d’Ibsen). L’élection par le peuple d’autocrates qui se révèlent malveillants est pourtant symptomatique.
C’est sans compter son caractère ombrageux. Il le dit, il sait qu’il est irascible. Et la bagarre a lieu! Impressionnante et violente d’apparence, les frères se battent avec férocité, enfin surtout l’un, l’autre tente de se défendre.
Viennent ensuite les plaidoyers, celui de l’accusation, Peter Stockmann : « Je dois protéger ma communauté et la démocratie », et celui de du Dr Thomas Stockmann, assis face au jury, l’écran nous le montre de face: « La vérité c’est fini, il n’y a plus de faits, seulement des versions. Ma vérité est différente de la vôtre. Votez ce que vous voulez, cela ne changera rien à ce que je pense de moi-même ….ça changera ma vison du monde….L’humain peut être terrible et extraordinaire »
On nous montre le formulaire des questions qui doivent aider au débat, très pertinentes. Et le jury délibère dans une autre salle. Verdict? Allez voir cette pièce magistrale qui pose sur la table des réflexions, des actes. Allez voir le jeu des acteurs, les deux sont fascinants, mais nos yeux se posent souvent sur l’incandescent Wagner Moura. vous ferez alors votre choix: A la question, cet homme est-il un ennemi du peuple: coupable ou innocent?

Au fond, les paroles de la belle chanson finale…


