Mon festival Avignon off 2026

Onze spectacles dont deux manquĂ©s Ă  la Manufacture….Rendez-vous manquĂ©s pour cause de mauvaise lecture ou notation d’agenda: L’Extra, nouveau lieu, oĂč nous sommes arrivĂ©s trop tard en cherchant au mauvais endroit, et ChĂąteau Mon plaisir omettant que le rv Ă©tait Ă  la porte de l’Oulle, avec pour consĂ©quence une course Ă  travers la ville couronnĂ©e d’Ă©chec, la navette Ă©tait loin. Donc nous avons manquĂ©s deux spectacles qui me tenait Ă  coeur : Should I stay or should I stay et Par les bouches. Un spectacle matinal, Fabuleux!, a Ă©tĂ© annulĂ© d’un commun accord fourbu ,aprĂšs notre retour tardif de 1 2 3 Poquelin. On se fait vieux!

Robinson, fait naufrage sur la scĂšne des BĂ©liers et c’est assez rĂ©ussi, profondeurs bleutĂ©es et sonoritĂ©s tempĂ©tueuses. L’ Ăźle est verdoyante et foisonnante, malgrĂ© l’Ă©troitesse de la scĂšne. Le pĂšre en voix off conteste et commente les choix et agissements de son fils. Le texte de Defoe, adaptĂ© et jouĂ© par Erwan Creignou, est dĂ©colonisĂ©: pas de dominant ni de dominĂ©, mais une collaboration (rendue possible par un langage partagĂ© et un Vendredi nommĂ© Will dĂ©barquant d’Angleterre). Les deux personnages sont interprĂ©tĂ©s par le comĂ©dien avec aisance. De bons sentiments pour cette piĂšce qui offre un espoir d’humanitĂ©.

Hubris conte l’Illiade, la dĂ©mesure des uns se mĂȘlant Ă  la dĂ©tresse des autres. La mise en scĂšne de Clara JAUVART-Lacoste pour une toute jeune troupe commence avec humour et l’on se rĂ©jouit. Mais cela ne dure pas et la guerre a tĂŽt fait de resserrer le discours autour des dissensions. Une belle scĂ©nographie de tenture orangĂ©e et la ferveur des comĂ©dien.nes ne rĂ©ussissent pas Ă  Ă©radiquer une certaine lassitude face Ă  une Ă©popĂ©e troyenne sans surprise.

Rumba, pourquoi ce titre? cette danse lente afro-cubaine se distingue par son rapport au temps et Ă  l’émotion, les danseureusess mimeraient la transe des saints. La piĂšce Ă©voque Saint François d’Assise, un marginal d’antan, pĂšlerin migrant mort il y a 800 ans. Puisque cet opus se veut image des exclusions sociales, il est prĂ©texte Ă  digressions. David Murgia est impressionnant de loquacitĂ©, son monologue accompagnĂ© d’un musicien coule, telle une source intarissable, composĂ©e de rĂ©cits, oĂč mĂ©moire, tĂ©moignages et lĂ©gendes s’entrecroisent. C’est politique, quelquefois ironique et aussi poĂ©tique. Son fulgurant dĂ©bit, quelquefois tendancieux lorsqu’il donne la parole Ă  certains personnages, est saisissant. Jusqu’Ă  une certaine oppression.

Le maĂźtre et Marguerite, Ă  l’origine un pavĂ© de Boulgakov que je m’apprĂȘte Ă  lire, ici un raccourci burlesque adaptĂ© par la Cie Les Vagabonds. Le cĂŽtĂ© fantastique et drolatique du roman y est mis Ă  l’honneur. La scĂ©nographie est bien pensĂ©e, les six comĂ©dien.nes ont l’air de bien s’amuser et le public de mĂȘme. M’attendant Ă  quelque chose de plus engagĂ©, j’ai Ă©tĂ© surprise de trouver cela truculent et j’ai passĂ© un bon moment. Ne reste plus qu’Ă  dĂ©guster l’original.

J’ai jamais… l’interprĂšte est quĂ©becoise, donc pas toujours facile Ă  comprendre pour moi (Cie Youtheatre). La jeune comĂ©dienne PĂ©nĂ©lope Ducharme s’investit Ă  fond dans ce rĂ©cit ficelĂ© avec de l’Ă©lastique, mais dit avec sensibilitĂ©. Une quĂȘte d’identitĂ© qui passe par un dĂ©lit et chemine sans concession. Rhiannon Collett, l’autrice, offre de belles envolĂ©es littĂ©raires, mais la grossiĂšre mĂ©taphore du coeur que l’on arrache ou jette ne m’a pas embarquĂ©e. Une piĂšce ciblant l’adolescence, ses mutations et ses rĂ©flexions.

Une rose plus rouge dĂ©crypte le vocabulaire et les pratiques des sites de rencontres numĂ©riques. Une chanteuse et deux comĂ©diennes se relaient, entre documents et rĂ©fĂ©rences, pour tenter de comprendre ce que devient le sentiment amoureux au temps de la possibilitĂ© du choix complet des caractĂ©ristiques du partenariat envisagĂ©. J’y ai appris plein de choses (ghosting, future faking, love bombing, etc) que je vais trĂšs vite oublier, mais le spectacle Ă©tait intĂ©ressant et variĂ© dans sa forme (Libeski Kollektiv). On y entend Louise Bourgeois et on y voit Leonardo Dicaprio. Un cĂŽtĂ© acide sous la langue pour ceux qui le consomme. D’aprĂšs une BD de Liv Strömquist.

Mission ArtĂ©mis est un seul-en-scĂšne de Maxime Touron (le scrupule du gravier), un mĂ©li-mĂ©lo de choses au sujet de la dĂ©esse qui passe par des souvenirs d’enfance, du dessin direct sur rĂ©troprojecteur, des diapos, l’homme sur la lune, un sanglier, du Sprite, un T-shirt NBA, Orion, etc. Le temple d’EphĂšse et son incendiaire dont il ne faut pas dire le nom nous a tenu en haleine (ce complexe,: vouloir Ă  tout prix devenir cĂ©lĂšbre! rĂ©ponse ici). PassionnĂ© de mythologie et passionnant Ă  Ă©couter, le comĂ©dien/auteur possĂšde un joli magnĂ©tisme et raconte avec fougue. La construction toute en digressions (ciblĂ©es) m’a fait penser au travail gĂ©nial de François Gremaud.

Le bibliothĂ©caire est un spectacle succulent pour enfants de 6 Ă  12 ans et j’ai beaucoup aimĂ© (Le Gros Orteil, Canada). Acrobaties et clowneries autour du livre et de la lecture. Peu de mots, des mimiques expressives, une vraie technique corporelle et le charme des amoureux des bibliothĂšques. Un rĂ©gal oĂč les rires des enfants participent au festin!

L’illusion comique, c’est une tragi-comĂ©die du Corneille de 29 ans. DĂ©jĂ  il semble que cette piĂšce en V actes est considĂ©rĂ©e comme Ă©tant du théùtre dans le théùtre, le Collectif l’Émeute X JUMO Production en font du cinĂ©ma dans le théùtre. La piĂšce est classique et reste palpitante malgrĂ© ses presque 400 ans. L’intrigue pourrait ĂȘtre contemporaine et les acteurices sont convaincant.es. Du théùtre classique divertissant de qualitĂ©.

En finir avec Eddy Bellegueule, titre du livre autobiographique d’Edouard Louis dont est adaptĂ©e la piĂšce de la compagnie belge Gazon·Neve. Les quatre interprĂštes accueillent le public avec une musique pop festive indiquant immĂ©diatement la temporalitĂ© de l’histoire. L’Ă©motion est bien prĂ©sente face Ă  l’infernale Ă©popĂ©e vĂ©cue par Eddy enfant et adolescent. Les comĂ©dien.nes se partagent le rĂŽle titre (se passant un blouson rouge) tandis que l’Ă©pisode est simultanĂ©ment racontĂ© ou jouĂ© par les autres. La scĂ©nographie Ă  base de blocs amovibles donne juste ce qu’il faut de contexte matĂ©riel. Toute belle reprĂ©sentation! Et le livre est Ă  lire absolument.

Quand on dort on n’a pas faim, un conte mĂ©diĂ©val afro queer créé par Anthony Martine (Cie Le Cri). Admis au « fameux » lycĂ©e Henry IV parisien, Anthony est un transfuge de classe et de couleur, homosexuel de surcroĂźt. Autant dire qu’il est loin de l’image traditionnelle du prince charmant. Mais le dĂ©cor est lumineux et colorĂ© comme dans un album pour enfant. Durant la premiĂšre partie il force sa voix, ce que j’ai trouvĂ© dĂ©sagrĂ©able. Par la suite, la fĂ©e de service le rejoint et lui offre l’Ă©pĂ©e du chevalier. Va-t-il enfin pouvoir entrer dans le chĂąteau? Hors de ce monde enchantĂ©, il se place dans celui des mĂ©dias et invite une autrice, puis choisis enfin le Black Love sans plus chercher Ă  s’intĂ©grer dans un univers blanc cassĂ©. Un peu foutraque, mais non dĂ©nuĂ© d’intĂ©rĂȘts humains. Le jeu d’Anthony Martine est saisissant.

Finalement nous n’avons assistĂ© Ă  aucun mauvais spectacle, mais pas non plus Ă  un coup de coeur formidable. Place au festival Avignon in dans une autre chronique (ou plusieurs?) oĂč les huit spectacles vus ont engendrĂ©s quelques crises de paupiĂšres mais aussi d’intenses enthousiasmes. Et mĂȘme, parfois, les deux ensemble.

Louise Lawler, Je Vous Ai Ecrit, 1988 (verres sérigraphiés)

Mon verre Ă©tait plein Ă  la Collection Lambert: c’est devant cette oeuvre que je suis tombĂ©e nez Ă  nez avec mon ami blogueur Bernhard Lorentz! DeuxiĂšme rencontre (fortuite celle-lĂ ), toutes deux en Avignon! Voir ICI et LÀ ses commentaires de piĂšces.

Laisser un commentaire