Anselm Kiefer – Nymphäum

Du 25 avril au 25 octobre 2026, Galerie Thaddaeus Ropac, Paris Pantin

Plus de vingt toiles monumentales dédiées aux nymphes et à leurs sanctuaires antiques (nymphées).

J’ai eu beau mitrailler et changer les réglages de l’appareil photo, il est impossible de retranscrire l’impression, l’émerveillement que provoquent ces scènes mythologiques. Et c’est sans même parler de l’incroyable geste pictural de l’artiste. Anselm Kiefer (1945) peint l’incompréhensible. Il explore les chemins de l’existence, interroge les mythes et l’Histoire et fouille les littératures.

Symboles de l’union entre la Nature et les êtres, les nymphes, les esprits de la nature, peuplent les lieux sauvages tels que les rivières, les forêts, les sources, les montagnes, les grottes, etc. Ce sont des divinités mineures, des jeunes filles, des magiciennes qui ont un certain pouvoir. Elles se situent entre les Dieux et déesses et les humains.

Les nymphes peuvent être terrestres ou aquatiques, célestes ou infernales. Les grecs les vénéraient et les craignaient. Ne pas confondre avec les nympheas de Claude Monet, appellation provenant de la biologie végétale.

Les touches de peinture semblent transpercer la toile, elles semblent avoir été lancées à distance, telles des couteaux. Les visages qui émergent de ce chaos ordonné par les gestes et les mélanges du peintre sont presque anecdotiques, c’est le contexte qui définit l’éclosion de la nymphe. (vidéo)

La feuille d’or vibre encore, à peine posée en surface. Le moindre souffle semble pouvoir l’extraire de l’ensemble.

Gomme-laque, craie, paille, fusain, sédiments d’électrolyse du métal exposé au courant électrique, les transmutations employées sont liées aux symboliques des nymphes, de leur provenance et de leurs pouvoirs.

Elles sont la Nature liquide ou solide. Elles se cachent et s’exposent à la fois. Elle naissent de la matière, de l’alchimie, de l’amalgame. Elles incarnent les cycles de la Nature, nous rappellent à quel point nous sommes impliqués dans son essor et sa survie.

Kiefer assemble même constructions humaines et Nature, suggérant une mythologie vivante au sein de l’urbanité. Les fenêtres illuminées sont des feuilles d’or créant des mosaïques ou les tissus Art Nouveau de Klimt.

Ma préférée est cette nymphe des eaux, Néréide ou Naïade, en forme de grenouille, son corps replié surgissant comme un foetus à l’envers. J’en ai fait plusieurs photos, rien ne peut s’apparenter à la réalité de sa texture, de ses couleurs, de sa forme et de sa présence puissante et délicate à la fois. Impossible de traduire une émotion avec les réglages de mon pauvre téléphone.

En 2025, Kiefer réalise Die Oreaden, citation du tableau de William Bouguereau. Les Oréades sont les nymphes des montagnes et des grottes. Elles s’envolent à l’aube à l’appel de la déesse Diane/Artemis. Kiefer évite la précision, au lieu du paysage idyllique, il transcrit la force minérale, le jaillissement du feu, la gravité volcanique et brûlante. Le néoclassicisme de Bouguereau devient la contemporanéité de Kiefer. La pureté des corps blancs, parfaits et académiques ne restituent plus le féminin sacré. Nulle quiétude chez les Oréades de Kiefer, mais le courroux et l’indignation. La complaisance n’est plus de mise. Le paysage brûle et les satyres sont exclus. La « joyeuse troupe nue » s’intensifie sous le regard outré et dévorant des protectrices des lieux.

William Bouguereau, Les Oreades, 1902 (Musée d’Orsay)

Deux paravents monumentaux (2021-2025) réunissent nymphes et « paysages » recto verso. On aimerait s’y fondre avec elles.

Jusqu’au 25 octobre, à la Galerie Ropac de Paris Pantin. Ne la manquez pas si vous y êtes. Guest Stars : Aetna, Salmakis und Hermaphroditos, Philyra, Daphné, Nikala, Die Hesperiden, Marope, Thetis, Aphrodite und Ares, Carys, Lampetia und Phaethusa, Klytia und Helios, Actaea, Leuke, Iphigenie, Klytia, et les deux paravents.

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