La TRILOGIE TERRESTRE a débuté en 2016 par la conférence-performance INSIDE, suivie en 2019 par MOVING EARTHS et en 2020 par VIRAL. L’ensemble du projet est une réflexion sur la nécessité d’un profond renouvellement de nos représentations du monde terrestre, biotique et abiotique.
Exposition « Terra Forma » au Théâtre de Vidy. Ceci n’en est qu’une partie.
« L’installation « Corps terrestres », issue du projet de « cartographies potentielles » Terra Forma, invite à explorer plusieurs façons de voyager dans la carte et de mettre en mouvement les corps terrestres par la cartographie. Si nous incluons notre corps et le lieu d’où nous observons dans une cartographie, si nous prenons en compte aussi les transformations chimiques ou la multitude des êtres invisibles, de la bactérie au sédiment, que deviennent nos cartes? » Frédérique Aït-Touati/Alexandra Arènes/Axelle Grégoire
Le spectacle:
Epaulé.es par un captivant conteur, le comédien performeur Duncan Evennou, nous embarquons pour trois voyages dans différentes cosmologies, lesquelles sont basés sur des textes de Bruno Latour (sociologue, anthropologue et philosophe des sciences, 1947-2022).
Déjouer nos habitudes: INSIDE#1. Partant de la caverne de Platon, de laquelle il peut être dangereux de sortir (!), nous sommes invité.es à contempler cette Bille bleue que nous connaissons, si belle depuis la lune. Le procédé théâtral consiste en projections sur une gaze, le comédien en surimpression dans l’image. La question est « Peut-on modifier notre manière de voir la Terre' ». Nous ne serions plus sur le Globe, mais dedans. Nous faisons connaissance avec la « Zone Critique« , la strate actuelle, cette fine peau terrestre sur laquelle nous marchons. Mais sur les cartes géographiques ordinaires, où sont les vivants? Ce sont eux pourtant qui marquent le temps de leurs empreintes. Une autre façon de cartographier pourrait-elle nous indiquer qui nous sommes plutôt que où nous sommes?
Tester une hypothèse: MOVING EARTHS #2. Depuis le choc Galilée (« Et pourtant elle tourne ») qui nous a appris que la Terre se meut, Michel Serres a déclaré que « la Terre s’émeut« . Son tremblement, son mouvement serait produit par l’action du vivant. Ce qui fut décrit par les chercheur.euses James Lovelock (scientifique indépendant) et Lynn Margulis (microbiologiste). Guidés par notre conférencier, nous pouvons interroger actuellement cet anthropocène ou capitalocène ou quoi d’autre encore… qui a transformé l’image du monde comme Galilée l’a fait en 1610 grâce à son télescope. Le vivant sculpte l’espace terrestre, cette Zone Critique, traversée par les cours d’eau, les animaux, les humains et leurs activités. Lovelock a mis en lumière une atmosphère qui bouge sur terre, alors que l’atmosphère de la planète Mars est totalement immobile. Margulis, complète en suggérant que ce sont les activités des êtres vivants, y compris virus et bactéries, la biomasse, qui régule dans son intérêt le climat et la chimie de l’atmosphère. L’Hypothèse Gaïa est née.
Lynn Margulis et James Lovelock « La notion de biosphère en tant que système de contrôle adaptatif actif capable de maintenir la Terre dans l’homéostasie*, nous l’appelons l’hypothèse de Gaia«
*L’homéostasie est le processus de régulation qui permet à l’organisme de maintenir un état interne stable malgré les perturbations extérieures.
Analyser une passion martienne: VIRAL #3. Trente personnes du public sont invitées à monter sur scène. Pourquoi avons-nous choisi la planète Mars en tant qu’imaginaire spatial? Une planète qui, on le sait pourtant, n’est ni plus ni moins qu’un désert caillouteux, mort de surcroît. De quoi l’esprit humain est-il amoureux si ce n’est de sa propre puissance? Les Musk et Cie rêvent pour eux-mêmes, l’Humanité doit rêver mieux et plus fort. Confinés que nous sommes dans la Zone Critique,cette fine couche à la surface de la terre où se concentrent les vivants et leurs ressources, il nous faut réinventer et reconstruire une planète Terre à la mesure des mélanges entre tous les vivants qui composent nos coexistences. Confinement et contagion caractérisent notre condition terrestre (cf feuille de salle).
Deux personnes, deux mondes
« la terre que je foule aux pieds n’est pas une masse inerte et morte, elle est un corps, elle possède un esprit, elle est organisée et perméable à l’influence de son esprit ainsi qu’à la parcelle de cet esprit qui est en moi » Thoreau, 1851
Oser de nouvelles cartographies: l’atmosphère au centre, puis la Zone Critique et la biomasse (la matière organique d’origine végétale, animale, bactérienne, virale ou fongique)
Cette chronique n’est qu’un aperçu de ce spectacle conférence passionnant. J’espère ne pas m’être fourvoyée dans ce que j’en ai retenu et ce que j’y ai ajouté. Assister à cette représentation, entre sciences et arts, est une occasion à ne pas manquer permettant d’ouvrir une réflexion basée sur des faits scientifiques, de réaliser une fois de plus ce qui nous lie et nous relie à la Terre.