Carrière de Boulbon, Festival Avignon in 2026. Vu le 16 juillet 2026.
De et avec Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas & Stijn Van Opstal

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Le collectif Flamand tg STAN est une troupe mythique. Iels se frottent aux comédies de Molière depuis près de trente ans! Huit interprètes pour tous les personnages joués dans les pièces choisies : Le Malade Imaginaire, Sganarelle ou le cocu imaginaire, L’Avare, Le Bourgeois Gentihomme, Le Médecin malgré lui, et un recueil de textes incluant Femmes savantes et Précieuses Ridicules, plus Le Mariage forcé!. Autant dire qu’il a fallu s’en mettre jusque là…
C’est un théâtre burlesque et populaire à l’accent belge où les changements de décor et de costumes se font à vue. Les adresses au public (comme au souffleur, souvent mis à contribution) fusent sans gêne aucune. L’intention étant d’aller vers un théâtre radical de simplicité. Le comique est l’état d’esprit général et l’improvisation est recommandée. Pourtant les textes originaux y sont, quelque peu remaniés, mais on les entend.

L’impressionnante carrière de Boulbon, était-elle adaptée à ce spectacle? Pour un théâtre de tréteaux, un endroit plus intimiste aurait pu suffire. Molière (1622-1673) est cependant le grand maître du théâtre français et ce lieu gigantesque a peut-être été choisi à la mesure de ce monument qu’est l’auteur.

Il n’est que le rideau rouge qui évoque la permanence du théâtre. Des lustres à pampilles seront hissés manuellement et quelques fauteuils compléteront certaines scènes. Les tréteaux surélevés s’atteignent par des escaliers de bois. Aucun effet de lumière ou autre fumée ne vient troubler le jeu des acteur.ices. Le XVIIe comme si on y était…
Pas de costumes particuliers, mais des fripes qui semblent avoir été chinées de ci-delà. Masculin et féminin s’affrontent avec un appétit très contemporain où la domination patriarcale est tournée en dérision avec ironie et un humour caustique. On a plaisir à suivre leurs pérégrinations hors du praticable ou dans les gradins, leurs allers-retours dessus et autour. Tour à tour souffleur.euses, les interprètes en profitent pour insuffler de nouvelles répliques aléatoires ou moqueuses. Postures, costumes, décor, jeu, texte, tout est compréhensible et sans artifice. Et l’esprit de Molière y est plus vivant que jamais. En ridiculisant les hypocrites et les injustes, les vaniteux et les privilégiés, il dénonce des catégories universellement et intemporellement humaines, tout cela par l’humour.

Les comédien.nes sont très à l’aise, on les sent dans leur élément, jouant d’une liberté acquise de longue date et de leurs talents éclectiques. Durant plus de quatre heures, juste interrompue par un entracte, la compagnie traverse ce marathon théâtral avec gourmandise. J’avoue avoir eu du mal vers la fin à tenir yeux et oreilles à l’affût des bons mots. Il me semble que l’empilement des pièces sur la durée ôte une partie du sel des répliques. L’attention finit par s’éparpiller et l’éloignement n’y est pas pour rien, ainsi que les mouvements des spectateurs durant la représentation.
La performance de la troupe est tout de même incroyablement audacieuse. Jouer sur une aussi longue durée des textes pour la plupart connus du public avec autant de brio que de simplicité, bravo les artistes!
