Sylvia Sleigh (1916-2010) & « Refaire collection »

Musée Rath, Genève, du 4 juin au 25 octobre 2026 (invitation MAMCO)

Cette invitation inaugure un dispositif inédit, fondé sur la liberté curatoriale accordée au MAMCO pendant la période de fermeture de son bâtiment. Pensé comme un espace d’expérimentation et de continuité, ce format permet au MAMCO de poursuivre sa programmation hors les murs, tout en s’appropriant un lieu emblématique du MAH.

Si vous avez l’occasion d’y passer, l’entretien entre Giovanna Zapperi et Elisabeth Jobin, paru dans le journal du MAMCO No16 à disposition dans le hall, est très intéressant.

Sylvia Sleigh est une peintresse britannique installée à New York dès 1962. L’exposition présente des oeuvres datant des années 1960-70. Elle peint alors des portraits, qu’ils soient en pied, de groupe ou individuels faciaux. Elle fut membre de collectifs féministes. Il est dit dans la présentation que son art rejette l’objectification et opte pour l’individuation. En effet, sa peinture figurative reflète une intimité réelle avec son modèle, une familiarité confiante.

Sylvia Sleigh, autoportrait, 1967

Les autoportraits des artistes revendiquent leur identité et leur professionnalisme. En tant que femme, se différencier du modèle, appliquer des techniques picturales, affirmer son talent, se mettre en scène durant la pratique de son art, attestent de leur situation. Ci-dessous, Sylvia Sleigh se peint chez elle, son mari en arrière plan. Le fauteuil Egg, dessiné en 1958 par Arne Jacobsen, est iconique de l’époque.

Sylvia Sleigh, Working at Home, 1969

Sleigh reprend des compositions de la renaissance et les réinterprète, utilisant des modèles de son entourage. Le nu masculin, déclare l’Historienne de l’art Elisabeth Jobin, avait sa place dans le Quattrocento florentin, ils mettent en scène un corps masculin exposé. Les nus que Sleigh représente sont dénués d’érotisme. Ce sont des personnes contemporaines, réunies sans vêtement figés dans une pose de récit mythologique. Ils pourraient presque attendre le prochain concert à Woodstock!

Sylvia Sleigh, Court of Pan (After Luca Signorelli), 1973

En revanche, ce portrait de Paul Rosano reprend le motif de l’odalisque, mais au masculin pour une fois.

Sylvia Sleigh, Imperial Nude: Paul Rosano, 1975 (huile sur toile)

L’artiste a souvent pris son mari pour modèle, certains de ses portraits le montre habillé en femme. Il n’est pas nommé dans celui-ci, mais il a été reconnu.

Sylvia Sleigh, The Bride with Petunias, 1950

J’ai apprécié ce portrait de groupe de femmes. Ce sont des fondatrices de l’A.I.R. Gallery de New York, un espace réservé à la présentation d’oeuvres de femmes. Décontractées, rassemblées, elles affichent une sororité peu représentée dans l’art.

L’expression modeste du visage de cette artiste contraste avec l’ébauche de son tableau représentant un fier Pierrot. Est-ce en raison de la chaise? elle m’a évoqué certains des 82 portraits qu’a fait David Hockney de ses ami.es.

Celui-là m’a plutôt évoqué la difficulté de représenter une certaine pilosité que les portraits féminins évitent… Remarquez que les modèles sont expressément nommé. En est-il ainsi dans la peinture des « génies » masculins?

Au sous-sol, une seconde exposition s’inaugure avec les injonctions bien connues et pertinentes des Guerilla Girls. « Refaire Collection » invite à une relecture critique et féministe des canons de l’histoire de l’art, interrogeant les récits établis et la place des femmes dans les musées. Une occasion en or pour découvrir quelques oeuvres d’artistes femmes.

Jenna Gribbon représente sa compagne devant deux décors différents, genre fond vert.

Jenna Gribbon, M in Peril & M in Paradise (green screen), 2022

Tirée de sa série Helen’s Odyssey, cette photographie montre plusieurs stéréotypes de femmes devant deux hommes vêtus de peaux de bêtes, c’est dire s’ils sont archaïques. La jeune vierge se désintéresse de l’assemblée, la combattante est prête à en découdre, la femme fatale est déjà mère d’un angelot et la ménagère pose dédaigneusement accrochée à son aspirateur.

Eleanor Antin (1935), Judgment of Pâris (Affter Rubens)-Dark Helen, 2007. Tirage Chromogénique.

Voilà des odalisques présentées au Salon des Indépendants de 1903. Ont-elles plus aux regardeurs? Ce thème , dont ce sont emparés les hommes, revu par une femme, devient beaucoup moins idéalisé. Chacune des femmes est un autoportrait de l’artiste.

Jacqueline Marval, Les Odalisques, 1902-1903

Cette danseuse de la peintresse suisse Alice Bailly (1872-1938) a beau sembler en déséquilibre, elle est en pleine maîtrise et célèbre les libertés chorégraphiques du musicien et pédagogue Emile Jaques-Dalcroze.

Les figures féminines de Leonor Fini (1907-1996) sont puissantes. Les deux poses érotiques se ressemblent, mais la femme est partiellement vêtue et fixe le public, tandis que le jeune homme est vulnérable et endormi. Les deux tableaux ont été peints à Monte Carlo la même année, en pleine guerre.

Cet homme à pénis multiples et son visage satisfait m’avait déjà bien amusée lors de la rétrospective Alice Neel. Dans un autre genre, il m’évoque l’Artémis d’Ephèse aux seins envahissants. Un scandale pour une femme de peindre ce satyre! il ne sera exposé pour la première fois que quarante ans après sa création en 1972.

Alice Neel, Joe Gould, 1933

Après l’abstraction, la figuration pour Joan Semmel, mais une image d’intimité associée à un geste personnel à priori qui n’est pas destiné à être vu par d’autres. Peinte d’après photographie, cette scène affirme un corps féminin confidentiel éprouvé par l’agentivité de la femme.

Joan Semmel, Under the Sheet, 1974

Les dessins de Kiki Smith sont souvent repris en tapisserie ou tissage. Ici, une tapisserie Jacquard montrant une femme devant un serpent monstrueux, une Eve sans le péché.

Kiki Smith, Earth, 2012

Autoportrait accompagné par la petite fille d’une amie. Louise Breslau (1856-1927), peintresse suisse formée à l’Académie Julian, affirme son identité d’artiste. Cette académie était la seule de cette époque à accepter des femmes.

Louise Catherine Breslau, L’ Artiste et son Modèle, 1921

Une artiste peint son amie artiste: C’est le portrait de Meret Oppenheim par son amie Irène Zurkinden (1909-1987), une amitié bâloise entretenue à Paris. Un masque à la amin, un oiseau près de sa tête, Oppenheim, telle une papesse du surréalisme.

Irène Zurkinden, Meret à l’Oiseau, 1940

Préoccupée par le cancer du sein de sa mère, l’artiste se photographie avec ce disque posé sur des fougères et parsemés de petites vulves en céramique.

Hanna Wilke, Two-fold Gestural sculptures, Breastplate, 1978, 1981

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