Un réveillon d’expositions à Paris (II): Alice Neel

En-tête: The Family (John Gruen, Jane Wilson and Julia), 1970

Robert Mapplethorpe, Portrait d’Alice Neel, 1984

L’oeuvre d’Alice Neel (1900-1984) a longtemps été ignorée. Elle-même a été femme engagée durant sa vie entière. Sympathisante communiste, elle est sensible à toutes les inégalités et les injustices sociales. Son attention se concentre sur la face précaire et marginalisée de la société comme les pauvres, les femmes, les immigrés, les homosexuel.le.s, etc. Sa peinture est un acte politique. Par la force et l’intensité de ses portraits, elle cherche à investir la vérité de son modèle. Elle le fait sans concession à un art qui voudrait plaire.

Elle peint le tableau ci-dessus en 1936, dénonçant très tôt un génocide en cours d’expansion.

Après un métier de secrétaire, elle étudie l’art jusqu’à l’âge de 25 ans à la Philadelphia School of Design for Women. Suite à un premier mariage, elle s’installe à Cuba où elle rencontre l’avant-garde artistique du lieu. Elle perd son premier enfant. De retour à New York en 1927, son mari la quitte trois ans plus tard en emmenant son second enfant.

Alice Neel, Ethel Ashton, 1930

 Au sujet de ce portrait d’Ethel : Je peux vous assurer qu’il n’y avait personne au pays qui faisait des nus comme ça. Et aussi, c’est génial pour le mouvement de Libération des femmes. Elle s’excuse presque de vivre.

Nadia et Nona, 1933
Joe Gould, 1933

Entre 1938 et 1941, elle donne naissance à un deux fils. Elle vit en condition de précarité, mais continue de peindre tout en se sentant coupable de le faire sans en recueillir de bénéfice pour sa famille. En 1960 son travail fait l’objet d’un article sur Artnews.

Artiste femme, libre dans son art et son corps, communiste au temps du MacCarthysme, peintresse figurative pendant l’avènement de l’expressionnisme abstrait, séjour en hôpital psychiatrique inclus, elle garde sa ligne personnelle et son réalisme cru.

Georgie Arce No2, 1957

Entre 1954 et 1960, elle cesse d’exposer. En 1959, elle apparait dans un film de Robert Frank, typique de la Beat Generation : Pull my Daisy » (à voir ICI)

Ses fils aux études, ayant quitté la maison, Alice Neel peint plus dès 1962. En 68, elle participe à plusieurs manifestations, dénonçant l’absence d’artistes femmes et africains-américains dans des expositions.

En 1974, une rétrospective de son oeuvre a lieu au Whitney Museum de NYC. Mais ce n’est qu’une vingtaine d’années après sa mort qu’elle atteint une véritable renommée.

Le Centre Pompidou diffuse une vidéo de l’artiste en cours d’élaboration du tableau « Margaret Evans Pregnant ».

Margaret Evans Pregnant, 1978

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Alice Neel peint énormément de femmes, elle devient une icône du féminisme militant, mais aussi de la lutte des classes, des questions de genres. Elle se définit elle-même comme étant humaniste anarchiste. (voir ICI)

Couverture du TIME: Alice Neel, Portrait d’après photo de Kate Millet, 1970

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Avec les portraits saisissants d’Alice Neel, nous sommes loin du regard mâle avec ses images sexy d’idéal féminin. L’engagement intense d’Alice Neel pour les minorités durant sa vie entière est à l’image de sa propre vie de mère célibataire vivant d’aides sociales. Elle place les regardeu.r.se.s bien en face du regard de ses modèles. Iels nous regardent les regarder, nous interrogeant fixement par-delà les frontières, par les yeux de l’artiste.

« En politique comme dans la vie, j’ai toujours aimé les perdants,. Cette odeur de succès, je ne l’aimais pas. » Alice Neel (Site de l’artiste)

J’aurais aimé voir encore plus de portraits, il me semble que le choix des oeuvres aurait pu être plus varié. Peu sur les gens de la Factory (mais Warhol y était) ou ceux, moins finis, plus épurés de la fin de sa vie, ceux des minorités portoricaines aussi, ou encore ses début un peu surréalistes. Certains ont déclaré qu’elle mettait en scène ses modèles avec autorité. Elle déclare en revanche qu’elle les fait parler d’eux-même lorsqu’ils arrivent et qu’ils trouvent alors eux-même leur posture durant leur monologue.

The Family, 1970

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