The Last Hamlet, Ben Duke (Avignon in 2026)

Allez hop, je commence par les saluts! (durée 1h40) aussi du 22 au 30 septembre au Théâtre de la Ville, Paris

Avec pour cadre le cloître des Célestins (image d’en-tête), je place cette pièce-là au sommet de mon hit-parade des huit spectacles vus au festival in. On dirait bien que cet endroit ne me déçoit jamais.

Un poste de radio posé à terre, mis en lumière, diffuse de la musique. puis la voix de Katie Mitchell en interview déclare qu’il ne faut plus jouer Hamlet, une pièce empreinte de mépris et misogynie par un homme déprimé et violent (elle-même a mis en scène une pièce axée sur le personnage d’Ophélie: Ophelias Zimmer). Ben Duke prend le postulat de jouer Hamlet (et sa pièce dans la pièce) dans une dernière version pour ensuite passer à autre chose. Lorsqu’il arrive, il est attelé à une grande étagère remplie de cartons semblable à un mur de briques et la tire vers le centre de la cour, image forte de la pièce la plus jouée au monde. Il déclame ensuite le célèbre « To be or not to be » pour, dit-il, se débarrasser immédiatement de ce passage encombrant. Puis son budget revu à la baisse, il décide de jouer Hamlet avec des peluches, tellement plus manipulables que les artistes. Voilà pour le ton décalé.

THE LAST HAMLET mise en scène Ben Duke

Le costume d’Hamlet, après s’être débarrassé de son imperméable, est celui de Simba et un Mufasa impressionnant, à tête de lion spectrale, apparaît régulièrement, incitant son fils à le venger tout en paraissant sénile. Le reste de la troupe est composé d’un dragon (Polonius), d’un serpent (Claudius évidemment) et Gertrude est ma mère l’oie. Sa voix sera jouée par une femme du public, se résumant à répondre non à toutes les questions qui lui sont posées. Cette idée de participation, d’inclusion de voix du public dans la pièce nous rend cet Hamlet en pyjama Simba encore plus proche, tel un enfant perdu évadé du conte de Peter Pan.

Le texte est très drôle. Entre stand-up, adresse au public, chansons pop et alexandrins, on rit beaucoup de cet humour anglais (car, miracle, on le comprend!). Oui, on rit aussi au IN… Pour faire bonne mesure, la pièce est entrecoupée de moments dansés d’une intense émotion. Deux artistes (Miguel Altunaga, Hannah Shepherd) vêtus de noir accompagnent Ben Duke dans ces séquences plus physiques et hautement symboliques. Des épisodes filmés en direct sont projetés sur le mur des dossiers à charge de la pièce. Tiraillé entre des représentations parentales si puissantes, on remarque alors la vulnérabilité cachée du jeune Hamlet qui en est comme démuni de sa propre personnalité, et redistribue une violence subie. Au-delà du rire et des postures, c’est sûrement pour cela que cette pièce-là dispense autant d’humanité. Et, cerise sur le gâteau, c’est Ophélie qui met Hamlet en boîte!

Elle se termine avec un bilan meurtrier effarant puisqu’avec malice, Ben Duke nous fait remarquer que la pièce la plus jouée au monde a tué plusieurs millions de fois ses personnages.

THE LAST HAMLET mise en scene par Ben Duke © Christophe Raynaud de Lage

Avec Miguel Altunaga, Ben Duke, Hannah Hulford. Avec la participation exceptionnelle pour le Festival d’Avignon d’Anna B Savage – Conception et mise en scène Ben Duke – Decors et costumes Soutra Gilmour – Lumière Jackie Shemesh – Son Jethro Cooke – Video Will Duke – Dramaturgie Karthika Nair – Collaboration artistique Sarah Calver Jamie Wood Raquel Meseguer – Supervision des costumes Anna Josephs – Production Lost Dog



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