Tate Modern et Hayward Gallery, London. Image en-tête: escalier, Luke Jerram + Gift to the future, phrases d’élèves pour les 75 ans du Southbank Center.
Une journée à la Hayward (Kapoor) et à la Tate Modern (Tracey Emin, Ana Mendieta, Julio Le Parc, Frida Kahlo).
Anish Kapoor. Puisqu’il expose ici, allons voir. J’avoue que j’ai adoré découvrir son travail, mais que plus le temps passe et moins j’y trouve d’attrait. Où et quand a-t-il perdu son âme d’artiste? Actuellement, ses pièces sont froides et lisses ou sanglantes et sordides.
D’abord le Vantablack, matière inventée en 2012, constituée de nanotubes de carbone verticaux et serrés les uns contre les autres, ce qui lui donne un coefficient d’absorption de la lumière de presque 100%. En 2016, Anish Kapoor en a acheté l’utilisation exclusive, le monopole. On ne connait pas le prix offert… Ce qui, dans le monde de l’art a été considéré comme « une nouveauté passablement antipathique ». Pour le moins! En photo cela ne donne rien, mais c’est assez impressionnant en réalité.




Les miroirs, ou plutôt l’acier inoxydable poli, reflétant le monde, sont une partie de ses productions. Kapoor s’intéresse à l’interaction de l’oeuvre avec le public.




Le gigantisme. Kapoor produit des oeuvres monumentales. il utilise aussi souvent la couleur rouge, insistant sur son côté sanglant.



Bon voilà, pour Kapoor qui ne m’a pas fait vibrer… au contraire des enfants, visiteureuses très excités par les matières de l’artiste.
Ensuite, ce fut l’intensité ravageuse de Tracey Emin (ICI) qui m’a revigoré.

Après la traversée vers la seconde aile du musée, voici Ana Mendieta dont j’avais vu une belle rétrospective à La Chaux-de-Fonds. Cette artiste (1948-1985) américano-cubaine a imprimé sa silhouette, son corps dans la nature de multiples façons, revendiquant, entre Land art et Body art, une spiritualité proche de la santeria, une religion cubaine plus proche de la femme et de la nature que le christianisme. Quelques images nouvelles (pour moi) de cette exposition:








« Je ne peins pas des rêves ou des cauchemars, je peins ma propre réalité. » Frida Kahlo (1907-1954)
L’exposition s’intitule « la fabrication d’une icône« . Je partage donc quelques photos d’oeuvres peu connues. Elle présente une trentaine d’oeuves, mais aussi des photographies, des vidéos, ainsi que des vêtements, bijoux ayant été portés par l’artiste. Elle se termine avec des objets commerciaux actuels mettant en avant l’aspect icônique de Frida Kahlo devenue star populaire. Une femme artiste au pinacle de l’art? enfin! Pour le meilleur et le commercialement pire.

Cet autoportrait date de l’année suivant son terrible accident en autobus. Elle avait déjà contracté la poliomyélite à l’âge de six ans. Passant plusieurs mois alitée, elle se peint grâce au miroir installé au plafond de sa chambre. Douleurs, hospitalisations, opérations répétées, corsets, elle subit tout cela en trouvant refuge dans la peinture. Elle rencontre Diego Rivera en 1928 et ils s’épousent un an plus tard. Il l’encourage à peindre.
Breton la dit surréaliste, elle réfute. En 1939, André Breton l’invite à exposer à Paris. Pas réputé pour son empathie envers les femmes, son accueil est désastreux. FK le prend en grippe avec tout sa clique. Je cite ICI Beauxarts.com: Seul Marcel Duchamp échappe à ses foudres.« Un peintre merveilleux », écrit Frida, « le seul vrai mec parmi tous ces minables », « le seul qui ait les pieds sur terre parmi cette bande de fils de pute lunatiques et tarés que sont les surréalistes ». Car c’est l’as du ready-made qui finit par récupérer ses tableaux et lui trouver une galerie prestigieuse : celle de Pierre Colle, le marchand de Salvador Dalí ! À sa sortie de l’hôpital fin février, Frida, désormais hébergée par Duchamp et sa compagne Mary Reynolds, va mieux.
En 1953 a lieu sa première exposition à Mexico. Elle y assiste, mais trop faible après une amputation, elle se fait transporter sur un lit. Elle meurt un an plus tard et il faudra attendre les années 70 pour sa reconnaissance mondiale. Une biographie de Frida Kahlo ICI.



Ces quatre photographies du galeriste Julien Levy ont été prises en 1938, lors d’une exposition à New York. Elles dépeignent un rituel de coiffure, que Levy décrit comme une « liturgie ». Elles n’ont été montrées qu’après la mort de Kahlo.
D’autres artistes femmes produisent des oeuvres fortes. Rosa Rolanda (1895-1970) est danseuse, chorégraphe, photographe et peintre américaine, décédée au Mexique.

Deux photogrammes d’oeuvres de Rosa Rolanda, amie très proche de Frida Kahlo. On y remarque un coquillage et un bijou papillon apparaissant dans une oeuvre de FK.


Ci-dessous l’une des installations d’Amalia Mesa-Bains.

Amalia Mesa-Bains est une chicana (identité ethnique américaine-mexicaine) psychologue, plasticienne et autrice connue pour ses installations en forme d’autels et relatant des pratiques spirituelles des femmes mexicaines américaines.

D’après le cartel, cette lithographie date de 1932. Frida Kahlo y évoque sa fausse-couche en l’illustrant de symboles émotionnels et de dessins anatomiques et elle y décrit une partie du développement du foetus in utero. L’inscription est celle d’un professeur qui commente sa première lithographie.
Julio Le Parc (1928-2026). Une découverte pour moi. Argentin et naturalisé français, il s’installe à Paris et travaille sur la lumière, le mouvement et la couleur. Grand prix de la peinture à la Biennale de Venise 1966.

Il recherche la déstabilisation des regardeureuses avec ses grandes peintures noires et blanches d’une rigoureuse précision, en utilisant un « système » mathématique.



Des oeuvres qui m’évoquent certains travaux de Marcel Duchamp… OK, vous me direz que TOUT m’évoque Marcel Duchamp et vous n’aurez pas tort…
Sa Game Room interactive permet au public d’actionner plusieurs oeuvres ludiques, visuelles et sonores. Le cartel commente que Le Parc voulait observer le public compléter ses machines et trouver des façons de jouer à plusieurs.

« La participation du public ne se limite pas à pousser un bouton. Leur surprise peut amener les gens à relâcher leur position traditionnelle…leur permettant d’adopter un comportement actif et varié. » Julio Le Parc, 1971
Un passage aux points forts de la collection….

…pas de visite de la Tate Modern sans un pèlerinage auprès de Fontaine…(ICI des histoires de Fontaine)




Et ma photo de l’urinoir collectif de Wolfgang Tillmans dans laquelle se reflète celui de Marcel Duchamp!

Rapide visite de la collection, et voici une petite salle, entière, pour un cet artiste suisse dont j’aime beaucoup l’esprit: Dieter Roth



Ci-dessus, on voit un Big Landscape fait de fromage, feutre, bois et plastique (1969), des objets soumit à la force centrifuge, quelques Spice Windows, fenêtres remplies d’épices, qui au départ se voulaient ressembler à des strates terrestres. Puis Dieter Roth a voulu laisser le choix des épices en créant une glissière sur le dessus. « L’odeur est l’un des véhicules de la mémoire pour moi » a-t-il déclaré. Après avoir mis en scène des fromages, de plus plaisantes effluves lui ont semblé nécessaires!
Juste à côté, l’un des tableaux-pièges de l’artiste suisse, comparse de Tinguely et du mouvement du Nouveau Réalisme, Daniel Spoerri. Celui-ci s’intitule « Poème en prose » (1959-1960), dérivé d’u livre de Robert Walser, présent sur ce plateau (presque) théâtral.

Voilààà c’est fini, comme dirait Jean-Louis Aubert. C’est toujours un grand plaisir pour moi de passer une journée à la Tate Modern, d’y venir par bateau et de faire la promenade de la Reine tranquillement en passant devant le Globe, le théâtre mythique de Shakespeare. Cette fois, ma grande émotion fut l’exposition de Tracey Emin. Peut-être la verrons-nous en France ou même en Suisse, on peut toujours espérer.







