Anish Kapoor à Venise

Palazzo Manfrin du 6 mai au 31 octobre 2026

Accueillis par un « gloubiboulga » qui m’a rappelé mes jeux d’enfant (de la boue bien mouillée que l’on fait jaillir de notre poing serré), je ne m’attendais pas à découvrir un aspect peu connu de cet artiste dont l’oeuvre hésite entre le propre et net miroitant et le sanglant dégoulinant…

Ma chronique de l’exposition de Londres était plutôt morose (voir ICI). J’ai retrouvé l’artiste en visitant celle qui a lieu à Venise. En effet, on y voit un vrai travail de recherche. Parmi les oeuvres exposées dans ce palais du XVIe siècle un peu décati à l’intérieur, les aciers polis miroitent d’une tout autre manière. D’ailleurs peu sont présentés là.

Ce qui m’a semblé intéressant fut la présentation de ces maquettes d’architectures improbables, quelque fois réalisée, la plupart pas du tout ou pas encore. On y est confronté à la réflexion de l’artiste expérimentant par des croquis, mais aussi des maquettes, projets ou tentatives, bricolées avec des matériaux pauvres tels que la terre ou le carton. Le Vantablack y est utilisé également, créant des espaces entre le vide et le plein. Notre perception s’emballe face au trou noir qui n’en est pas un ou aux surfaces concaves reflétant une dimension inconnue.

Les minuscules silhouettes humaines à l’échelle de la monstruosité du projet architectural. Est-il envisageable de réaliser ces goulets gigantesques, ces tunnels engloutis, ces bulles de métal? Oui, certaines constructions ont été réalisées. Celleux qui sont allés au grand Palais de Paris ont pu expérimenter le Leviathan de Kapoor par dehors et par dedans ou le « scandaleux » Dirty Corner à Versailles. Mais les maquettes exposées au Palazzo Manfrin sont d’un autre calibre.

Gouffre sans fond, cicatrice sanguinolente, autant d’idées artistiques impressionnantes. Le travail de Kapoor tourne autour de l’espace et de la perception que nous en avons. Il se plaît à nous déboussoler entre monumentalité et faux-semblants, ce qui nous fait douter de nos propres présupposés sur la réalité.

Déambulant dans ce palais âgé de plus de trois cents ans, le vertige provient également des plafonds d’origine peint de scènes charmantes où les angelots et les dieux batifolent parmi les nuages. Accrochés aux plâtres usés des cimaises, le temps et l’espace se partagent notre for intérieur.

Sauf qu’au détour d’une salle, on se retrouve face à la matérialité sanglante de cette chair qui nous constitue.

Une réflexion sur “Anish Kapoor à Venise”

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