Spectacle documentaire de Ruth Rosenthal/Xavier Klaine
Théâtre de Vidy, du 25 au 30 septembre 2026
C’est un document artistique, un reportage édifiant ainsi qu’une oeuvre théâtrale, qui fait partie d’une trilogie (dont le 2e volet est H2-Hébron) sur la question israélo-palestinienne.
Le public est accueilli dès l’abord du théâtre (le pavillon de VIdy) par une personne autoritaire (Ruth Rosenthal) imposant le silence et se présentant comme étant notre guide lors de cette expérience (le mot est pertinent) de « Taglit- Birthright Israel » (créée en 1999). Cette dénomination recouvre le séjour que l’Etat d’Israël offre gratuitement à la jeunesse juive mondiale, entre 18 et 26 ans. Ce séjour distribue un récit sioniste organisé minutieusement pour donner aux participant.es l’impulsion de s’installer, un récit choisi pour fabriquer une identité, une mémoire, un peuple prêt à mourir pour le défendre (feuille de salle), également pour renforcer les liens avec la diaspora juive dans le monde.
Pour moduler leur création, l’équipe de Winter Family a choisi d’y intégrer une actrice française d’une famille palestinienne, Mayya Sanbar. Son Droit au retour est nié par l’Etat d’Israël. Voir le travail de recherche de Walid Khalidi, pour l’ONG Zochrot (visites guidées et cartographie de l’histoire Palestinienne effacée par Israël).
La représentation commence par le récit d’un voyage que Mayya voulait entreprendre en Israël, voyage constellé d’obstacles et d’interrogatoires cinglants et féroces. La scène, quasiment vide au début, va peu à peu se remplir d’une diversité d’objets en rapport avec les lieux visités. Un grand écran est installé en fond de scène, sur lequel seront diffusées des vidéos de propagande, des chants et des clips, des vues et cartes géographiques, des témoignages et discours politiques, tout cela tiré d’accès populaires.
La guide et surtout Mayya débordent sur les bordures des rangs des spectateurices, distribuant divers objets à se passer dans les rangs. Les deux récits se superposent, celui de la guide israélienne hypertrophié et débordant de fierté nationaliste, et celui de Mayya racontant l’histoire du côté du peuple palestinien brimé et assassiné depuis 1948, date de la création de l’Etat d’Israël.

Le spectacle est poignant, mais aussi révoltant à plus d’un titre. Il nous offre une image saisissante de l’intériorisation instillée dans les esprits des jeunes juif.ves ainsi qu’une narration authentique de l’histoire meurtrie de la Palestine.
Espérons que d’autres lieux accueillent ce spectacle. Après les censures et effacements effectués aux divers médias français, il serait salutaire de mettre en avant des réalités basiques sur les événements dramatiques qui perdurent dans cette région du globe.

