Comédie de Genève, du 8 au 14 octobre 2026
Avec Ella Bruccoleri, Alicia Charles, Imogen Elliott, Nick Fletcher, Tylan Grant, Jerry Killick
Photo © Martin Argyroglo for A Zeldin Company
« L’un des grands problèmes de la souffrance est qu’elle est intimement liée à l’ego. Nous pensons toujours souffrir davantage que les autres, parce que nous sommes toustes le personnage principal de notre propre histoire » Alexander Zeldin (mars 2026, Festival d’automne)
A la demande du National Theatre of Great Britain, le metteur en scène britannique Alexander Zeldin (ICI la chronique « The Confessions ») invente une Antigone contemporaine en s’inspirant de la trame du récit de Sophocle. Les caractéristiques du personnage d’Antigone a été reprises nombre de fois tant il est mythique, intemporel et universel.
Les personnages : Dans la maison en rénovation, dont on a supprimé le symbolique mur de soutien, se sont installés Chris et Erica, les parents du jeune Leny, ainsi que Issy, leur nièce. Cette dernière attend avec impatience sa soeur Annie, laquelle s’est éloignée depuis un certain temps. Chris, lui, redoute son retour et ne se prive pas de le clamer. Terry, ami intime de la famille, est un personnage à part, dédié à détendre l’atmosphère lorsqu’elle devient pénible. Un peu cerise sur un gâteau périmé.

Le récit : La maison bâtie par les grands-parents a dû être léguée aux deux frères. Il ne reste plus que Chris qui en prend possession en la rénovant. Iels sont réunis autour d’une urne contenant les cendres du frère décédé, père d’Annie et de Issy. Chris, le dernier pater familias, a décidé d’une cérémonie pour les répandre (et ainsi tourner la page). Annie quant à elle, tient à ce que les reste de son père demeurent dans cette maison, relique de sa présence invisible mais immuable. Voilà donc deux notions du deuil qui s’opposent. Mais il semblerait que ce ne soit pas la seule pierre d’achoppement de cette famille…
Orgueil? égoïsme? autoritarisme? entêtement? Ou tout cela mélangé des deux côtés? L’auteur invoque les séquelles psychologiques du deuil, les valeurs que chacun.e accorde à la mort. La souffrance leur est commune, iels l’endurent toustes. Nous découvrirons que d’autres éléments entrent en jeu.
La mise en scène : Parmi les poubelles et objets à jeter, une tente canadienne joue un rôle important dans la narration. Il y a des gestes touchants et aussi des gestes inappropriés. Certains indices intriguent au sujet des personnages. Les moments forts sont soulignés par des musiques ou sonorités dramatiques. La scénographie renforce les propos par son aspect de chantier. La verrière coulissante en fond de scène permet une vue sur l’extérieur et la tente, des arbres dépassent le cadre. L’éclairage se fait par un grand tableau lumineux en surplomb permettant de passer de la nuit au jour.
Les costumes sont des vêtements ordinaires, tout comme l’est cette famille. Les interprètes excellent à nous faire entrer au coeur du moment intense et dramatique que vit cette famille. Un peu d’humour s’introduit d’ailleurs dans le récit, créant quelques instants de détente dans cette atmosphère tendue.
Un décès a eu lieu, qui n’avait pas vraiment été décrit. Une faute a été commise qui n’a jamais été révélée. La famille entière est donc en souffrance, sans vraiment que toustes le réalisent. La tragédie peut donc se répandre.
Cette forme de théâtre réaliste focalise l’attention du public sur les détails, les symboles, les paroles banales, les gestes dérobés. La pièce touche à des thématiques comme la souffrance, qu’elle soit consciente ou induite; le secret et les dévastations qu’il produit; l’autorité patriarcale et sa férule destructrice; les valeurs personnelles et leurs divergences, et évidemment la mort, accompagnée du déchirement subi par les proches.

