Exposition inaugurale du MCBA-Lausanne

En route pour ATLAS, cartographie du don. C’est l’intitulé de l’exposition inaugurale du nouveau Musée Cantonal des Beaux-Arts (MCBA) de Lausanne. Elle a lieu du 5 octobre 2019 au 12 janvier 2020.

A l’extérieur, avant de pénétrer dans le hall d’entrée, jette un coup d’oeil sur ta droite à La Crocodile! Inspirée d’une locomotive des CFF, la verte sculpture de Xavier Veilhan et Olivier Mosset en a la corpulence.

Une fois entré, tu es immédiatement confronté à une oeuvre monumentale, Luce e Ombra de Giuseppe Penone, tu apprécieras sa majesté dans la lumineuse ouverture en demi-lune qui donne sur la gare.

Juste les racines… à toi de découvrir le reste de l’arbre!

Après t’être muni de l’un des plans guide de visite à disposition ou d’avoir loué un audio-guide (tu peux aussi télécharger l’application du musée sur ton téléphone), laisse le rez-de-chaussée pour l’instant, tu y reviendras à la fin de ta visite. Il est consacré à la cafétéria, à la librairie-boutique, mais aussi à un espace projet consacré à l’art contemporain.

Cette première exposition met en lumière les dépôts, dons et dations au musée. Une façon astucieuse de découvrir la collection! Et si tu débutais ta visite par le 2e étage? Après la montée des marches (ou l’ascenseur), tu accèdes, sur ta droite, à l’Index des contrées à venir et sur ta gauche, à trois thématiques (Swiss Army Knife, Musique, Histoire), la dernière grande salle étant consacrée aux Mappemondes.

Détail de « Les cours du temps » de Sylvie et Chérif Defraoui, installation (1978).

Le « couteau suisse » est une installation monumentale de l’artiste suisse Thomas Hirschhorn. Datant de 1998, elle se déplie comme notre ustensile fétiche en quinze chapitres. Célébrant ou égratignant les mythes helvétiques, cette cartographie subjective est construite à base de matériaux dits pauvres (scotch, alu, papier…): c’est le procédé de l’artiste qui souhaite entraîner la réflexion sans impressionner le visiteur.

Des découvertes que tu feras en explorant cet étage, peut-être retiendras-tu les distorsions de paysages du Léman de Pietro Sarto, le subtil lac de la lune de Claudia Renna ou les globes terrestres abrasés et sans frontières de Julian Charrière, autant de mondes imaginés, peut-être prêts à s’effondrer dans une Avalanche, comme celle de Sophie Bouvier Ausländer.

La peinture d’Histoire contemporaine, revue par Olivier Mosset, reste monumentale et sanglante, comme le célèbre Massacre de la Saint-Barthélémy de François Dubois au XVIe siècle.

Les xylographies d’instruments de musique de Félix Vallotton ou cette huile sereine d’un pianiste anglais de Louise Breslau te sembleront-elles aussi musicales que l’Hommage à Varèse de Zao Wou-Ki?

Vue de l’exposition. Salle : Index des contrées à venir.

Le premier étage est tout aussi riche de trésors. Commence par la Carte du Tendre, au fond à droite, où l’effleurement côtoie l’embrasement. Les deux salles Forêt et Flux te plongeront dans les allégories d’une Nature revisitée par des artistes entre XVIIe et XXIe siècle.

L’arbre ondoyant dans un ciel pointilliste de Ernest Biéler, le peuplier tout simple et si évident de Francine Simonin, la mystérieuse atmosphère d’une forêt dans la brume de Didier Rittener, les textures d’écorce dessinées, sculptées, modelées, gravées de Giuseppe Penone, le rythme des arbres  de Albert-Edgar Yersin scandé à la mine de plomb ou celui des toiles de Philippe Cognée, une multitude de variété picturale décrivant les essences forestières et leur vie en majesté.

Vue de l’accrochage, salle Flux.

L’eau calme et noire de Franz Gertsch, le Rhein macabre de Anselm Kiefer ou le merveilleux petit nuage de Mingjun Luo, les 54 images du Léman de Stefan Banz et Caroline Bachmann, les huiles délicates de François Bocion, autant d’oeuvres qui retracent les différentes formes que prend l’eau. Jusqu’au déversement rutilant des « Pour Paintings » de John Armleder.

Une xylographie de Franz Gertsch, « Dominique », 1988.

Dans l’histoire de l’art, la Douleur est un sujet récurrent. Celle de l’Homme (Charles Gleyre, Kader Attia), mais aussi de l’animal (René Auberjonois), des sens (Philippe Decrauzat), des nations (Robert Motherwell). Ne manque surtout pas l’oeuvre de Jean-Luc Manz intitulée Avis mortuaires, composition d’une pureté absolue, ainsi que la petite sculpture en terre de Leiko Ikemura si évocatrice de la souffrance.

Cet Atlas ne saurait être complet sans Terra Incognita. Ici, c’est la noirceur et l’obscurité qui est sondée, et évidemment, Pierre Soulages en est le maître, lui qui nous présente l’Outrenoir comme une lumière. Louise Nevelson l’adopte pour ses assemblages. Même Gustave Courbet y succombe.

Auguste Rodin, le Baiser, 1886

Avant de redescendre, savoure ces alcôves sensorielles que sont les espaces à demi-fermés qui t’enclosent dans une oeuvre, comme les quatre grands formats au fusain d’Alain Huck intitulés Tragedy or Position, ou le Baiser de Rodin cerné des esquisses suggestives de Denis Savary.

Au rez, n’oublie pas l’Espace Projet. La salle se trouve derrière la boutique, elle est dédiée à l’orientation et aux repères et s’intitule Tourner en rond sans perdre le nord. Questionner la forme ronde, son début et sa fin, tourner autour, y entrer… le centre du monde, une figure de l’absolu. Avec Mario Merz, Markus Raetz, Marcel Broodthears ou Claudia Comte.

Claudia Comte, « Turn and Slip 120 », 2015

Passe à la cafétéria, ne serait-ce que pour admirer l’explosion des couleurs de la toile de Maya Rochat accrochée à l’entrée.

En sortant, avec à la main La carte et le territoire de Michel Houellebecq ou le très beau et très grand catalogue de l’exposition, tu trouveras facilement ton chemin pour prendre le train, le bus ou ta voiture, et tu regretteras peut-être comme moi la froideur de l’image et du son de ton GPS, un guide contemporain bien terne au vu de ce qui précède.

Ah, au fait, si tu y vas le week-end de l’inauguration (5-6 octobre), arrête-toi aux arcades, en face de l’entrée du musée, la RTS propose une activité 3D qui te permettra d’entrer virtuellement dans un tableau!

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