« La parabole du Seum » Rebecca Chaillon / Compagnie Dans le Ventre

Comédie de Genève, du 29 septembre au 2 octobre 2026 et Théâtre de Vidy, du 28 au 30 mai 2027

Avec Yanis Boulahia, Hassan Gourniz, Loulie Houmed, Camille Léon-Fucien, Nabila Mekkid, Julie Teuf, Living Smile Vidya. Compagnie Dans le Ventre

Image en-tete: © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Rebecca Chaillon, metteuse en scène, autrice et performeuse, s’intéresse, entre autres, aux rapports de la société avec le corps ( ICI deux autres de ses spectacles). Actuellement, le seum (en arabe venin) désigne une forte frustration mêlée de colère, de rage ou de dégoût: « avoir le seum », c’est être très contrarié. Rebecca Chaillon s’inspire ici de La parabole du semeur (Mathieu 13, mais aussi Octavia E. Butler) qui veut démontrer que la Parole de Dieu, semée largement, est accueillie différemment selon les cœurs : seuls ceux qui l’écoutent et la font fructifier en portent les fruits.

Débarquant dans la salle, nous sommes accueilli.es par Julie, habillée en laitière de Vermeer. S’adressant au public qui s’installe, elle déclame des annonces pour des produits de l’hypermarché Mammouth, aujourd’hui racheté, puis invite à la pesée de spectateur.ices qui débouchera sur une loterie. Le public volontaire défile alors sur scène devant et sur la balance, bientôt rejoint.es par une fille nue, noire, grosse qui attend avec elleux. Le public entier sera ensuite nommé par son apparence (mince, grosse, noir, blanc et d’autres adjectifs classifiants)

Sur scène, une sorte d’iglou, figurant une motte de beurre, autour duquel deux personnes, vêtues d’une pèlerine blanche à capuche, empilent ce que l’on pourrait prendre pour des lingots d’or et qui sont en fait des plaques de beurre. De l’autre côté, une « colonne sans fin » constellée d’écrans tente d’atteindre le créateur invoqué par une religion du gras, que nous serons invités à prier ensemble.

C’est un spectacle très très bavard qui entraîne le public dans toutes sortes de thématiques, de la consommation au réchauffement climatique en passant par l’astrologie et l’astronomie. Les sept acteurices et performeur.euses sont éloquent.es de par leur aspect et leur verbe dénonçant la violence liée aux phobies du monde normé: les différences de taille, de comportement, de sexualité, de classe, bref tout ce qui dépasse! Le spectacle crible le système de questions et d’ironies mordantes au travers de monologues, d’interjections et de chorus. Les interprètes discourent, mêlant vécus intimes et universels. Peu à peu, on se sent rassasié, gavé de mots, l’esprit boursouflé par les messages envoyés en vrac.

Sur la sacrosainte scène théâtrale, ici souvent partagée avec le public, les interprètes sont en quête de réparation et de reconnaissance. Cette création incite non seulement à certaines prises de conscience, mais elle place des personnes marginales en son centre, les magnifiant, les autorisant, exprimant leurs vécus disparates. C’est cela qui est beau. Après, on peut aussi dire que le spectacle est trop étiré ou trop verbeux: le trop est justement au coeur du spectacle!

© Christophe Raynaud de Lage

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