« Dear Luigi, I Hate You » Collectif Dreams come true

Théâtre de Vidy, Lausanne, du 28 octobre au 1er novembre 2026

Avec Sabrina Delarue, Margot Viala, Jean-Daniel Piguet. Mise en scène: Yan Duyvendak, en collaboration avec l’équipe.

En 2024, Luigi Mangione tire sur Brian Thompson, PDG du plus grand assureur santé aux États-Unis (United Healthcare). Il est arrêté peu après et son procès est en cours. Suite à son arrestation, Luigi Mangione devient une sorte de héros pour une partie de l’opinion publique qui considère son acte comme légitime.

La pièce est une fiction spéculative inspirée de cette histoire vraie. Ce qui signifie que les comédien.nes interprètent trois rôles: l’auteur (du crime), la victime (collatérale, la veuve) et la praticienne de justice restaurative*. Iels ont suivi , durant plusieurs mois, le processus de cette justice encadré.es par de véritables professionnel.les. Son déroulement a été documenté par l’équipe et Adèle Yon (Autrice de Mon vrai nom est Elisabeth) qui en a fait un texte de théâtre. Ce qui permet d’interroger une alternative à la logique punitive de la justice pénale.

Photo© Julie Folly

Ce sobre plateau, uniquement habillé par un éclairage ponctuellement décalé, accueille les trois protagonistes et leurs échanges par épisodes, à deux, ou quelquefois toustes les trois, l’image mentale de l’absent.e s’immisçant durant les dialogues. Cette scénographie dépouillée appuie l’importance de la posture et de la parole. Les trois chaises accueillent l’un.e ou l’autre, marquant le temps d’une nouvelle rencontre.

Photo© Julie Folly

La pièce débute par un jeu entre les deux comédiens jouant un extrait de « Les Justes » de Camus.

« Nous acceptons d’être criminels pour que la terre se couvre enfin d’innocents »
« Mourir ? Tu veux Mourir ? Non. Tu dois vivre, et consentir à être un meurtrier »

Les Justes d’Albert Camus, Folio, 2012

Paulette et Luigi, la veuve et l’assassin, accompagné.es par la praticienne, entreprennent donc ce voyage au long cours qui ressemble à une thérapie. Nous assistons alternativement à un certain nombre de leurs séances. Chacune contient son lot de souffrances et d’angoisses pour l’un.e comme pour l’autre. Au fil de leurs dialogues avec leur aidante, nous assistons à des prises de consciences, à des colères, des aveux, du ressentiment, les blessures à vif de l’une, l’implacabilité teintée d’argumentaire de l’autre même s’il en reconnaît le poids. Nous les voyons avancer chacun de leur côté et surtout nous comprenons l’extrême complexité de chacun.e, une complexité humaine qui ne supporte aucun manichéisme pour peu qu’on l’approche. Suite à cette affaire, Luigi emprisonné est ignoré de ses proches mais reçoit des milliers de lettres de remerciements d’inconnus maltraités par le système d’assurance. Paulette, elle, médiatisée à l’extrême, n’a pas pu exprimer son ressenti profond.

C’est le soin qui leur est offert par cette justice restaurative, exprimer leurs convictions et leurs doutes, cheminer au plus profond de leur être, décrypter, dénouer. De solution, il n’y en a aucune. Ce qui compte est leur parole entourée et écoutée. L’horreur de l’acte a entraîné des violences pour elleux deux, également subies par leurs proches. Cependant, elle y gagnera quelque chose, tandis que lui devra pour toujours supporter le poids de l’acte meurtrier que pourtant il ne regrette pas..

La fin du spectacle donne la parole aux deux interprètes, de l’auteur et de la victime. Et c’est comme une restauration qui leur est offerte après avoir travaillé en empathie, l’une avec une victime collatérale, l’autre avec un accusé, malgré tout assuré du bien-fondé de son geste meurtrier.

On en sort avec une immense admiration pour le travail de praticienne, dont les questions pertinentes aiguillent et affinent les perceptions des participant.es, aussi bien les acteurices que le public. Un travail de longue haleine pour cette pièce, mais aussi, surtout, dans la réalité de cette pratique humaniste.

Ci-dessous, extrait de la feuille de salle:

La justice pénale
La justice pénale protège les intérêts de la société et des victimes en sanctionnant
les infractions. Elle identifie les coupables et instruit les faits reprochés. Un
tribunal évalue les faits au regard de la loi. Puis elle prononce une peine (amende,
prison, etc.) pour punir l’infraction et protéger la société.
*La justice restaurative
La justice restaurative est une approche complémentaire à la justice pénale. Elle
vise à réparer les torts causés par une infraction, en favorisant le dialogue entre
la victime, l’auteur et parfois des membres de la communauté. Elle repose sur des
principes de respect, de responsabilité et de réparation. Contrairement à la justice
centrée sur la sanction, la justice restaurative permet aux victimes d’exprimer leur
souffrance, de poser des questions et, souvent, de mieux comprendre ce qui s’est
passé. Pour l’auteur, c’est l’occasion de prendre conscience des conséquences de
ses actes et de montrer une volonté de réparer, symboliquement ou concrètement.
Le processus est toujours sur la base du volontariat et dans un cadre sécurisé.
La justice transformatrice
La justice transformatrice est une approche qui prend en compte les questions
systémiques (comme le racisme, le sexisme, les inégalités de classes, etc.) dans
les causes des crimes commis. Contrairement à la justice restaurative, elle refuse
le réformisme et d’être intégrée dans le système de la justice pénale. Elle défend
par exemple l’abolition des prisons.

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