« La Ligne » film d’Ursula Meier

Si vous avez vu les films Home ou l’Enfant d’en-haut, si vous avez aimé leur style narratif et leur réalisation artistique, alors vous aimerez La Ligne, le nouveau film d’Ursula Meier.

Margaret (Stéphanie Blanchoud) a 35 ans, deux soeurs dont elle est l’aînée et une mère dysfonctionnelle. Elle vit dans le garage glacial du foyer maternel. Sa rage intérieur prend la forme physique de violences contre autrui.

La mère, Cristina (Valeria Bruni Tedeschi), est/fut une pianiste virtuose. L’émotion qu’elle fait passer dans sa musique est aux antipodes de l’amour qu’elle témoigne à ses filles. Elle clame avoir sacrifié sa carrière pour ses filles.

La benjamine, Marion (Elli Spagnolo), arrivée sur le tard, est pré-adolescente et cherche un réconfort dans la prière. La cadette, Louise (India Hair), a trouvé son équilibre dans son couple. Elle est enceinte de jumelles.

Le film débute sur la scène-source du film tournée au ralenti : la lutte brutale de Margaret, écumant de rage, cherchant à atteindre sauvagement sa mère. La douceur de l’effet spécial rend l’action encore plus violente, un oxymore magnifique en images et en son (sur la musique de Vivaldi).

Suite à la blessure qu’elle inflige à sa mère, Margaret est soumise à l’interdiction juridique de s’approcher de la maison maternelle à plus de 100 mètres.

Marion décide alors de tracer une ligne autour de la maison délimitant cette distance que sa soeur ne doit pas franchir.

Voilà toute l’histoire. En dire peu et en montrer beaucoup. Le cinéma d’Ursula Meier, c’est cela: comme une photo animée et sonorisée du grand photographe Jeff Wall. La narration, la trame sont esquissées. L’esprit et la tension sont tout entier dans l’image et l’attitude des personnages. Les ellipses sont nombreuses, comme des silences à remplir par soi-même. Ce cinéma-là prend le public pour de vraies personnes pensantes, réfléchissantes, et non pour des imbéciles. Pour autant, ce n’est pas un cinéma d’intello. Il est construit d’actions, d’émotions, de mises en scènes minutieuses, de portraits sincères.

Un film de femmes (excepté le coscénariste Antoine Jaccoud), interprété en grande partie par des femmes, un film qui parle de la violence physique et mentale infligée et reçue, qui parle des liens familiaux tissés pour le pire et quelquefois le meilleur, ne serait-ce ici que l’amour de la musique. Objet central du film, la musique est omniprésente. Elle est l’enjeu tragique entre la mère et la fille. Elle est aussi un lien entre les trois soeurs, une transmission positive reçue de leur mère qu’elles transmettent à leur tour. N’attendez pas de ce drame une résolution: cette histoire n’est qu’un épisode dans leur vie, un épisode poignant et formateur. Hélas, cette mère-là est incapable d’exister en tant que telle. L’injonction à la procréation de notre société est corrompue. La mère égocentrique ne se sent vivre qu’à travers sa musique et ses amants, c’est là qu’elle a placé tout l’amour dont elle était capable. Quel terrible moment à Noël lorsqu’elle déclare devant ses filles :« C’est mon premier Noël sans piano, on m’a retiré ce que j’avais de plus cher au monde…mais l’amour est venu combler ce grand vide » (parlant de son compagnon).

Pour écouter la réalisatrice s’exprimant sur sa carrière et son film, c’est ICI, émission Vertigo sur la RTS

La belle chanson de Benjamin Biolay pour le film. Des paroles significatives pour la mère comme pour la fille.

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