Un réveillon d’expositions à Paris (V): Black Indians

Au quai Branly jusqu’au 15 janvier, une exposition documentaire qui m’a bouleversée. En effet, je ne m’attendais pas du tout à un propos aussi centré sur l’esclavagisme et, invitée par la famille, je supposais que nous verrions surtout ces beaux costumes de carnaval qui incitaient au regard.

Je me trompais. L’exposition, remarquablement installée sous une forme de parcours initiatique, raconte chronologiquement l’histoire de la présence européenne en Louisiane. Le rituel carnavalesque dont il est question n’arrive qu’en fin de circuit et c’est tant mieux selon moi.

Pour repère (c’est ce que nous apprend l’exposition), c’est en 1682 et au nom du roi Louis XIV que la prise de possession du territoire de Louisiane commence. Une trentaine d’années plus tard, le premier bateau rempli (et c’est peu dire) d’esclaves y débarque. Ci-dessus le plan de remplissage d’un bateau: horrifiant! Et la traversée durait plusieurs mois. Les hommes sur le pont la journée, enchaînés. Les femmes et les enfants étouffant dans la calle. Honte de ma blanchitude…

L’exposition raconte tout en détail, dates et statistiques, plans géographiques et photos. Je n’en ai pris que très peu, absorbée que j’étais par la lecture des textes. En 1803, la France vend la Louisiane (qui couvrait 14 états d’aujourd’hui) aux Etats-Unis. Pendant ce temps, l’esclavage bat son plein, la guerre de Secession (1861-1865), puis l’abolition de l’esclavage par Abraham Lincoln ne changent que peu la situation sociale des noir.e.s….mais impossible de résumer une histoire aussi tragique.

Frederick Douglass, 1803-1892)

Douglass fut un brillant orateur et politicien du mouvement abolitionniste. Né esclave, il s’évade à l’âge de 20 ans, puis publie son autobiographie qui met au jour les conditions de vie épouvantables que subissent les esclaves. nIl obtient le rachat de sa liberté et fonde un journal, « The North Star »,  qui promeut les droits civils et la justice et il croit à l’égalité de toustes (femmes, amérindiens, immigrés, africains, etc). Il apprend à lire grâce à l’épouse d’un propiétaire qui le prend en affection. Ce qu’il entend lorsque son mari l’apprend l’incite à poursuivre coûte que coûte son éducation : « Le savoir gâterait le meilleur nègre du monde. Si tu enseignes à ce nègre à lire, il n’y aura plus moyen de le tenir. Cela le rendra à jamais inapte à l’esclavage ».

Laura Smith (1808-1898)

Une autre personnalité marquante est Laura Smith Haviland, abolitionniste, sufragette, ayant joué un rôle important lors du underground railroad, cette carte de trajets secrets dont les esclaves en fuite vers les états libres empruntaient les chemins. Des sympathisants accueillaient les voyageu.r.se.s aux étapes, dont la « station » de Laura Smith et son mari Harvey (qui meurt en 1845) fut la première du « chemin de fer souterrain ». Malgré une vie éprouvante (veuve avec sept enfants à charge), elle cache des évadé.e.s dans sa ferme du Michigan au péril de sa vie.

Colson Whitehead a publié un roman sur ce réseau clandestin, qui n’était pas vraiment souterrain dans la réalité. Un récit poignant, même s’il est très romanesque et pas super bien traduit. Celui de Russel Banks, Pourfendeur de nuages, roman historique sur l’abolitionniste américain John Brown, est moins « anecdotique » et c’est un chef-d’oeuvre littéraire. (Russel Banks, une de mes icônes d’écrivain américain, vient de mourir).

Mais je me laisse embarquer par mes émotions… Presqu’à la fin du parcours de l’exposition, voici les costumes des Black Indians. Ces costumes extraordinaires ont été créés par les Africains-Américains pour honorer la mémoire des communautés Amérindiennes qui les ont aidés durant la période de l’esclavage. C’est donc une tradition culturelle et artistique de la communauté Afro-américaine de la Nouvelle Orléans. Chaque année, les participant.e.s entreprennent la créations de ces costumes fabuleux dans le but de défiler et commémorer leurs liens.

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Les Black Indians sont des groupes d’Africains-Américains organisés en « tribes » qui défilent chaque année au carnaval du Mardi gras de La Nouvelle-Orléans avec des costumes inspirés des tenues cérémonielles amérindiennes. Une tradition qui remonte à la deuxième moitié du 19e siècle, née de la résistance aux interdits ségrégationnistes, parallèlement au carnaval officiel de La Nouvelle-Orléans dominé par la communauté blanche – et dont les Africains-Américains étaient largement exclus.

4 réflexions sur “Un réveillon d’expositions à Paris (V): Black Indians

  1. « Ces costumes extraordinaires ont été créés par les Africains-Américains pour honorer la mémoire des communautés Amérindiennes qui les ont aidés durant la période de l’esclavage »

    ils n’ont pas été créés par eux mais ils se sont bien inspirés de la communauté amérindienne . de quel mémoire parlez vous? les amérindiens ne sont pas tous morts. il n’y a vraiment qu’en france qu’on peut lire ce genre d’horreur.
    faites attention à ce que vous dites sur l’histoire de l’amérique. c’est une terre colonisé jusqu’à ce jour et les natifs existent.

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    1. Bonjour, merci pour votre lectue. Peut-être me suis-je mal exprimée? « Les Black Indians célèbrent les forts liens qu’il y avait entre les populations noires et les populations locales indiennes, notamment au temps de l’esclavage. Puisque les esclaves noirs en fuite trouvaient refuge chez les Indiens. Et donc ils leur rendent hommage ». Ce défilé se déroule chaque Mardi Gras.https://www.radiofrance.fr/francemusique/a-la-nouvelle-orleans-les-black-indians-rendent-hommage-aux-amerindiens-6883370

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