Un réveillon d’expositions à Paris (IV): Mitchell/Monet, Füssli

Joan Mitchell, champs, 1990
Claude Monet, les Agapanthes, 1916-19

Voilà, voilà. Magnifiquement accrochées, les couleurs jaillissant des toiles, des formats immenses qui en mettent plein la vue, beaucoup de monde sans que cela gêne dans les larges espaces de la Fondation Louis Vuitton, un dialogue pertinent entre ces deux artistes, cette exposition nous immerge véritablement au coeur des peintures de Joan Mitchell et de Claude Monet … Vous les verrez jusqu’au 27 février 2023.

Tous les deux ont peint leur jardin, la nature qui les entourait. Tous les deux peignent ces motifs au travers de leurs sensations. L’un après de longues observations, l’autre de mémoire en transposant son « feeling » sur la toile. Dans les années 1957-58, Mitchell participe à des expositions sur l' »impressionnisme abstrait » (le terme est d’ Elaine de Kooning), même si elle se veut et se revendique d’une totale indépendance. En 1968, elle s’installe à Vetheuil, non loin de Giverny (fief de Monet). Lumières et végétations sont donc de quasi pareille source pour les deux artistes.

A l’étage une rétrospective de l’oeuvre de Joan Mitchel, la plus grande depuis trente ans, détaille son travail et sa progression picturale. “Ma peinture est abstraite, disait l’artiste, mais c’est aussi un paysage”. J’ai vraiment aimé ses illustrations (pastel et encre) des poèmes de James Schuyler..

J’ai été fascinée par l’expressionnisme abstrait, adoré le geste de Pollock. L’art de Joan Mitchell est un enchantement de mouvements et de couleurs. Pourtant,  actuellement, ce n’est pas une peinture qui me nourrit. Contaminée par l’art conceptuel, cette belle exposition m’a lassée. Trop c’est trop…de couleurs, de foisonnements, de traces, d’énergie. Luxuriance et profusion trouvent une meilleure  expression dans un isolement propice et calme.

Les Nymphéas de Claude Monet eux aussi ne sont jamais plus intenses que dans leur salle consacrée de l’Orangerie. Il faut posséder une sensibilité rétinienne que je n’ai pas pour apprécier l’entièreté de cette exposition.

Claude Monet, Nymphéas(reflets de saule), 1916-19
Joan Mitchell

§

Au Musée Jacquemart André, c’est l’exposition du peintre d’origine suisse Johann Heinrich Füssli (1741-1825) que nous avons choisi de visiter. Londonien d’adoption, il nourrit son oeuvre mystérieuse à la source de la littérature et du théâtre. Fasciné par les ambiances dramatiques, sa peinture investit un univers onirique inspiré, entre autres, par les pièces de Shakespeare dont il est friand. Les mises en scènes, les jeux de lumières artificielles, les costumes l’enthousiasme. Il appuie son interprétation picturale sur la force émotionnelle qu’il perçoit chez les acteur.ices. C’est une peinture hors des chemins battus de l’époque que Füssli (ou Henry Fuseli, son nom anglais) déploie. Il crée de monstrueuses créatures, aussi terrifiantes que certaines ambiances lynchéennes. Son célèbre « Cauchemar« , dont il a peint plusieurs versions est un création personnelle, non inspirée par des textes littéraires. On peut se demander qui rêve : la femme, le peintre ou le public?

Le Cauchemar, version après 1782

Au XXe siècle, les surréalistes ont apprécié son oeuvre. Füssli tente une approche visuelle de l’inconscient, ce qui leur plaît particulièrement. L’image de la femme occupe une place particulière dans l’oeuvre (et dans la vie) de Füssli. Il la représente souvent dominatrice, la plupart du temps sensuelle, ou encore folle.

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Une soixantaine de tableaux qui se marient parfaitement aux pièces de ce musée, un hôtel particulier rempli à ras-bord d’oeuvres européennes des XVII et XVIIIe siècles. Audioguide gratuit pour le visiter. En revanche, choisissez bien votre horaire, l’exiguïté des pièces rend l’approche des tableaux difficile.

A suivre: Black Indians, Fabrice Hyber, Cyprien Gaillard

2 réflexions sur “Un réveillon d’expositions à Paris (IV): Mitchell/Monet, Füssli

  1. J’adore le Musée JA…. j’y ai organisé deux fois des réceptions pour les clients de la banque pour laquelle j’avais travaillé longtemps…. Dommage que les expositions là-bas sont toujours « petites » et pas faites pour un afflux de visiteurs. Merci de nous avoir emmené en voyage culturel.

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  2. Quelles belles balades au milieu de ces couleurs ! Effectivement, c’est très coloré – surtout Mitchell – mais je reste toujours sous le charme de Monet !
    Quand au musée Jacquemart-André, un endroit sublime et oui, privilégier les heures de moindre affluence.

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