« Tiburòn » Lagartijas Tiradas al Sol

Au Théâtre de Vidy du 23 novembre au 3 décembre 2022 (espagnol surtitré français)

« Il n’y a rien de plus étrange dans un pays étranger que l’étranger qui vient le visiter » Dennis O’Rourke

Recouverte d’une immense couverture de survie côté doré, la scène est une métaphore de l’île aux trésors rêvée par les colons espagnols il y a 500 ans. Ce tissu se retire tel une marée, découvrant un homme étendu sur le sol, le narrateur. Du cintre, des tableaux se déroulent, exhibant des vues de la mer ou servant d’écran.

Photo Daniel González

S’appuyant sur les écrits de voyage rassemblés du missionnaire José Maria de Barahona au XVIe siècle, « Triunfos de nuestra santa fe sobre estas tribus, las más barbaras del norte » [Triomphes de notre sainte foi sur ces tribus, les plus barbares du nord], le comédien Làzaro Gabino Rodriguez entreprend le même périple en 2019.
Seul en scène, il incarne tour à tour le missionnaire du XVIe siècle et lui-même. L’acteur mexicain raconte leur rencontre du peuple Tocàriku qui vit sur l’île de Tiburòn (dont le nom signifie «requin»).

Le récit, émaillé de vidéos projetées sur un écran haut placé, est pittoresque. Il devient cependant difficile de démêler ces deux expériences, décrites à un demi-millénaire de distance. Débarquant sur l’île, l’un échappe de justesse aux flèches indigènes et l’autre est accueilli par une bande de jeunes au comportement inquiétant. S’ensuit une description d’orgie digne du divin marquis dont on ne sait si elle fait partie du fantasme ou de la réalité de l’un ou de l’autre. A l’écran, un Lazaro Gabino sans perruque commente et informe en données anthropologiques.

Photo Daniel González

Les abondantes croyances de la tribu, leurs vocables à multiples significations, la danse du serpent, le protocole drastique de présentation au sorcier, autant de pratiques qui peuvent sembler étranges ou barbares.

Mais qui sommes-nous, pourtant, pour juger une source de foi, qu’elle soit issue de religion ou de croyance? Par la voix du missionnaire ou du sorcier du village, quelle fiction adopter? N’est-ce pas la réalité que l’on désire éviter, enjoliver?  Qui avons-nous été, et peut-être sommes nous encore, nous européens, participants d’une société de domination et d’oppression pour nous ériger en parangon de vérité? Nos actes ne sont-ils pas avant tout issus des croyances qui nous animent?

Son jeu d’acteur soutenu par une scénographie simple et belle, cet étranger (de l’an 1500 ou de 2019) n’est qu’un observateur inculte face à cette société inconnue. Partageant cette expérience, ce témoignage, il nous invite à nous interroger sur nos propres jugements envers l’étrangeté des mondes qui nous sont inconnus.

Les vidéos projetées lors du spectacle sont toutes des moments filmés de joie débordante. De l’animal remis en liberté jusqu’aux larmes de l’enfant retrouvant son parent, nous assistons aux miracles que la vie est réellement capable de nous offrir.

Un homme a appelé la pluie et elle est tombée. Vous y croyez?

Pourquoi s’en priver? Quelques-uns de ces petits miracles interespèces :

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