« Pieces of a Woman » Kornél Mundruczo

A la Comédie de Genève du 28 novembre au 2 décembre 2022

« CZĄSTKI KOBIETY » en polonais surtitré français.

Avec Dobromir Dymecki, Joana Polec, Magdalena Kuta, Sebastian Pawlak, Marta Scislowicz, Justyna Wasilewska, Agnieszka Zulewska (TR Warszawa)

L’histoire est dramatique et pourtant commune. Une femme donne naissance à un enfant qui meurt peu après. Le texte de Kata Weber (dont le titre en français serait « une Femme en pièces ») donne à voir le parcours intime de cette femme, Maja, et aussi son environnement familial, la place importante de son vécu personnel face à ce drame.

Toute la pièce se déroule en appartements.

La première partie montre l’accouchement chez Lars et Maja, laquelle a la ferme volonté d’accoucher chez elle, assistée d’une sage-femme. Ce que nous voyons est la façade extérieure de la maison avec une porte et une fenêtre fermées. Cette façade va servir d’écran pour ce qui se passe à l’intérieur et qui est filmé en direct au plus près des visages et de l’émotion.

Photo personnelle, juste pour une idée de l’aspect initial.

La deuxième partie se passe six mois plus tard chez la mère de Maja où se sont réunis pour un repas les membres de sa famille. Les lieux (salle de bain, salon et cuisine) s’offrent à la vue du public, le plongeant au coeur de l’action.

Photo© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Ła misę en scène de Kornél Mundruczo participe du théâtre comme du cinéma. La première partie se concentre sur les visages filmés rapprochés. On y vit les différents stades de l’accouchement au plus près. Les scènes sont impressionnantes. L’une m’a particulièrement frappée, lorsque Lars fume une cigarette devant la maison/écran de projection avec en arrière plan, Maja et Ewa, la sage-femme. L’homme est proportionnellement rendu infime, devant les visages immenses des deux femmes en travail.

Lors de la deuxième partie, on réalise que cette troupe polonaise du TR Warszawa de Varsovie est exceptionnelle. Nous y rencontrons la mère de Maja, sa cousine, sa soeur et son mari. Les caractéristiques de chacun seront sujettes à digressions sociales, politiques ou religieuses. Des tensions anciennes s’installent, évoquant des antinomies et des discordances. Mais l’attitude de Maja se retrouve au centre de la controverse. Le tabou universel de l’enfant mort bloque les dialogues. Sa famille ne comprend pas l’espèce de distance qu’elle met entre son drame et son mode de vie. « Vous attendez de moi l’image d’un post qui fait pleurer sur Facebook! » s’écrie-t-elle. Incapables de la soutenir, imprégnés des normes sociales, iels voudraient qu’elle porte son deuil comme un étendard et en même temps qu’elle le surmonte. Mais Maja ne veut rien oublier, elle veut vivre son deuil à sa façon, elle persévère, elle a survécu, seulement accompagnée de sa douleur. Elle est une combattante bouleversante.

Photo© Natalia Kabanow – TR Warszawa

Le texte et la mise en scène donnent à voir des femmes fortes. A leurs côtés les hommes se laissent dominer par leurs addictions et paraissent bien faibles.

Il règne sur le plateau une ambiance extrêmement réaliste, relative à cette forme de théâtre très classique. Ici, la frontière entre théâtre et cinéma est équivoque. La troupe est géniale, en particulier Justyna Wasilewska (qui m’a tellement fait penser à Laetitia Dosch), qui interprète Maja avec inspiration, sensibilité et virtuosité. La caméra de la première partie partie est totalement en phase avec les pratiques théâtrales contemporaines. La forme de la deuxième partie,
magistralement interprétée, est tellement hyperréaliste qu’elle est à la limite du filmage de cinéma. Ce qui est encore accentué par la dramatisation musicale.

La musique, cependant, permet aux femmes de la famille de retrouver une cohésion joyeuse avec ce standard populaire qu’est la chanson « Felicita » de Al Bano et Romina Power, sortie il y a 40 ans.

Un portrait de femme aussi admirable qu’incomparable!

2020 © Natalia Kabanow – TR Warszawa

Martin Scorcese a produit le film de cette histoire que Kornél Mundruzco a réalisé. Il porte le même titre « Pieces of a Woman » et peut être vu sur Netflix. Le film se déroule cependant aux USA, ce qui transpose le contexte social de Varsovie à Boston. Certaines scènes sont aussi ajoutées par rapport à la pièce et le vécu différent des personnages entraîne des modifications dans leurs actions. Il est très intéressant de voir les deux!

 

2 réflexions sur “« Pieces of a Woman » Kornél Mundruczo

  1. Sujet très intéressant. Malgré le sujet difficile, cette pièce semble bien mettre en avant les ressentis de chacun (surtout de Maja). Je n’ai pas vu le film de Scorcese, mais si j’ai la possibilité, je le ferai.

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