« The Ear is the Eye of the Soul » Biennale Arte Venise (4)

61e Biennale de Venise 2026, Pavillon du Saint-Siège

Projet conçu par Hans Ulrich Obrist et Ben Vickers en collaboration avec le collectif Soundwalk

Deux sites à visiter dans deux quartiers de Venise: le Jardin mystique des Carmélites à Cannaregio et le Complexe de Santa Maria Ausiliatrice à Castello. Ces deux endroits sont destinés à « s’immerger dans la contemplation et l’écoute. » (cardinal José Tolentino de Mendonça, commissaire du Pavillon). Les curateurs en sont Hans Ulrich Obrist et Ben Vickers.

Le projet s’inspire des chants, des écrits et des images visionnaires de Hildegarde de Bingen ((1098-1179), cette mystique et abbesse bénédictine, experte en sciences naturelles, canonisée en 2012 par Benoît XVI. «Une figure qui peut sembler lointaine puisqu’il s’agit d’une mystique du XIIe siècle, mais qui possède une voix résolument contemporaine, capable d’éclairer les interrogations et les chemins du présent», a déclaré le cardinal.

Le complexe de Santa Maria Ausiliatrice, dans un bâtiment situé au fond de l’avenue Garibaldi, ne paie pas de mine. C’est par hasard celui que nous avons visité en premier. L »installation est elle aussi modeste pour ne pas dire austère. Ce sont des étagères métalliques industrielles qui présentent des documents. En trois parties : une archive vivante, textes d’Hildegarde, livres d’artiste (Ilda David) et un projet de monastère par Tatiana Bilbao Estudio. – une installation de films et d’images qui est l’œuvre finale du réalisateur et écrivain Alexander Kluge (décédé en mars 2026) – la liturgie sonore des moniales de l’abbaye d’Eibingen.

Dans le mouvement de cette biennale, il ne nous fut pas possible de prendre beaucoup de temps pour explorer ces multiples textes à lire. Y revenir ici est l’avantage de ce blog.

Qui pourrait se targuer de ne pas avoir été fasciné, lorsqu’iel a découvert, la personne hors-normes que fut Hildegarde de Bingen? Ayant reçu à l’âge de 42 ans, de voies divines, l’ordre d’écrire tout ce qu’elle voit et ressent, elle hésite à le faire. Jusqu’à ce qu’elle reçoive la bénédiction du pape Eugène III, mis au courant des doutes de l’abbesse.

Son oeuvre se compose de trois grandes oeuvres mystiques : Scivias, (1151 et 1152), la description de 26 de ses visions, ses interprétations et commentaires – Liber vitae meritorum (1158-1163), sur les vices et les vertus humaines – Liber divinorum operum (1163-1174), sur les relations de l’humain avec l’univers, dont l’Homme universel.

Les trois livres précédents sont compilés dans Le Codex de Wiesbaden. Elle compose en outre 79 œuvres musicales et chants liturgiques. La musique était pour elle la meilleure expression de l’amour, de la dévotion et de l’adoration de Dieu. La médecine et la science sont au coeur de ses recherches. Elle fait le lien entre les causes des maladies, le corps et les vertus des plantes, remèdes naturels, permettant de retrouver un équilibre intérieur. (ICI une biographie). Elle affirma d’ailleurs que le Divin était aussi féminin en esprit que masculin et que ces deux éléments étaient essentiels à la plénitude.

Il y avait beaucoup à lire et à voir, je passe rapidement au second lieu du Pavillon, le Jardin mystique des Carmélites déchaussées où nous avons passé plus de temps et ralenti notre allure dans le calme et la beauté du lieu.

Par chance, cette fin de journée nous permit d’y accéder sans l’inscription préalable demandée, le nombre de visiteur.euses étant limité.

Pour cette prière ou contemplation sonore, les compositions et oeuvres sonores des artistes suivants nous accompagnent: Bhanu Kapil – Brian Eno – Carminho, – Caterina Barbieri – Devonté Hynes – FKA Twigs – Holly Herndon et Mat Dryhurst – Jim Jarmusch – Kali Malone – Kazu Makino – Laraaji, – Meredith Monk – Moor Mother – Otobong Nkanga – Patti Smith – Precious Okoyomon – Raúl Zurita – Soundwalk Collective – Suzanne Ciani – Terry Riley – les moniales bénédictines de l’abbaye Sainte-Hildegarde d’Eibingen.

Les compositions sont inspirée par la vie de sainte Hildegarde de Bingen, laquelle considérait « le son comme une forme de connaissance, un pont entre le corps et le monde, le microcosme et le macrocosme. À une époque marquée par la saturation, son œuvre invite à un retour vers l’intériorité » (description sur le site de la Biennale Arte)

Munis d’un casque audio individuel, nous déambulons dans ce parc à volonté, entouré.es de lumière, de plantes, d’odeurs et nous immergeons dans la douce ambiance sonore qui submerge le trop plein d’informations emmagasinées durant ce séjour. Ci-dessous une composition de l’abbesse Hildegarde:

Ce qui se passa alors est de l’ordre de l’intimité de chacun, mais je peux témoigner de l’intensité exceptionnelle des émotions qu’inspire cette promenade accompagnée. Tout particulièrement, c’est face à cette petite vierge et la colombe qui la surplombe, à l’extrémité du jardin, qu’un saisissement sensible m’a étreint, sans que je me souvienne de la musique qui l’a escorté.

Comme une bulle fragile et transparente accrochée à la vie, immuable, authentique, subtile.
Hildegarde de Bingen recevant l’inspiration divine et la dictant à un scribe. copiée du frontispice au manuscrit, maintenant disparu, de Rupertsberg de Scivias

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