Grayson Perry (1960) § arts textiles

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Photo by Malcolm Raggett

Artiste britannique, Grayson Perry vit et travaille à Londres. Durant une enfance chapeautée par un beau-père rigide et brutal, il s’invente un double féminin et des amis imaginaires, dont son nounours qu’il nomme Alan Measles. Il aime déjà se travestir avec les vêtements de sa mère et de sa soeur. Il étudie ensuite à l’école des Beaux-arts de Porthmouth.

En 1979, il assiste à l’exposition de l’américain Henry Darger (1892-1973), un artiste autodidacte et marginal d’art brut ayant développé sa propre épopée écrite et dessinée, celle des Vivian girls. Grayson Perry en est durablement influencé.

Installé dans un squat de Camden à Londres dès 1983, il se lance dans des cours du soir en poterie et céramique. Sans argent, il utilise ce matériau bon marché et dénigré par les artistes à cette époque. Un support simple et reconnaissable pour y apposer ses dessins subversifs et conventionnels à la fois. Ce qui lui vaudra le prestigieux Turner Prize en 2003.

« J’aimais le fait que ces objets soient considérés comme de l’artisanat de bonnes femmes ; il y avait là tout le snobisme intellectuel et le sectarisme du monde de l’art. » GP

(l)Grayson Perry, The Rosetta Vase, 2011, glazed ceramic, British Museum Collection, image courtesy the Artist, Victoria Miro, London and the Trustees of the British Museum, London © Grayson Perry. (r) Grayson Perry, Dolls at Dungeness September 11th 2001, 2001, glazed ceramic, private collection, Oxford, image courtesy the Artist and Victoria Miro, London © Grayson Perry

« Je ne suis pas un innovateur en matière de céramique. J’utilise des techniques et des formes très traditionnelles et c’est simplement le porteur du message. C’est comme ça que je veux le garder. Mais je suis toujours conscient que c’est un pot. Ce n’est pas comme si je le prenais pour acquis. Je suis toujours conscient que je travaille sur un vase et ce que cela signifie « 

C’est habillé en Claire, son alter ego féminin, qu’il présente ses expositions et ses émissions de télévision. Il affirme être un homme qui aime s’habiller en femme. Il ne renie pas son statut masculin, mais remet en question le système, le genre, le conformisme, la sexualité, etc. Sa recherche le porte vers une « alternative au monde d’homme ».

© Isis Magazine

Ses poteries, d’une facture classique, sont décoratives et élégantes. Il ne tourne pas ses pièces, il n’en produit pas assez dit-il, pour avoir appris la technique. Il les monte au colombin (boudin de terre). Et après, il multiplie les étapes de décoration, il les grave, y applique des engobes (argile délayée et colorée), parfois des transferts de photos, les cuit plusieurs fois.(cf.Culturebox)
C’est en s’approchant que l’on s’aperçoit que les histoires dont elles sont les supports commentent une société dysfonctionnelle.

Céramiques sur le site de la Saatchi Gallery

Artiste ou artisan? homme ou femme? être ou paraître? N’existe-t-il que ces doubles choix? Pourquoi ne pas instaurer de nouveaux possibles? Grayson Perry ne se contente pas de produire des oeuvres en étant plasticien, il écrit un essai en 2016, The Descent of Man, dans lequel il suggère d’autres façons de vivre son identité masculine.

Telles la poterie et la céramique, la tapisserie fut longtemps considérée comme du travail artisanal  féminin même si elle a acquis ses lettres de noblesse avec les manufactures des Gobelins, Bauvais ou Aubusson par exemple. Destinée être suspendues aux murs, la tapisserie débute par un carton préparatoire sur lequel est dessiné et peint le motif choisi (par le peintre-cartonnier).

A l’aide de ce média, depuis les années 2000, Grayson Perry développe son implacable critique sociale. Les grandes tapisseries d’antan, ancêtres de la bande dessinée, racontaient les batailles, la religion et la mythologie. Grayson Perry retrace la vie contemporaine britannique au travers de sagas, dont celle de Tim Rakewell, inspirée de l’artiste du XVIIIe William Hogarth, dans une série intitulée The Vanity of Small Differences. Le tissage des tapisseries est généré par des fichiers numériques.

© Grayson Perry, « Expulsion du jardin d’Éden no 8 », 2012 (200x400cm). Tapisserie ; laine, coton, acrylique, polyester et soie.Courtesy the artist and Victoria Miro, London / Venice
© Grayson Perry, « L’Annonciation de la transaction avec Virgin » (détail), 2012, Tapisserie (laine, coton, acrylique, polyester et soie). 200 x 400 cm. Courtesy the artist and Victoria Miro, London / Venice.

Une des émissions de Grayson Perry , une recherche de définition du goût: d’où vient notre goût personnel? Comment le définir? qu’est-ce que le bon ou le mauvais goût? Certaines classes sociales influencent-elles le goût des autres? Un vaste sujet. Marcel Duchamp n’a-t-il pas dit que le goût était le plus grand ennemi de l’art?

L’exposition en cours à Paris est divisée en dix chapitres liés aux préoccupations de l’artiste: identité, masculinité, nouvelle masculinité, hospitalité, historicité, antiquité, sexualité, divinité, société, vanité.

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Du 19 octobre au 3 février à la Monnaie de Paris

« Il est temps que les hommes se taisent et écoutent un peu »GP

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Grayson Perry est donc un artiste cartonnier, puisque ses tapisseries sont tissées par technologie numérique. Les arts textiles regroupent toutes les formes d’art et d’artisanat utilisant des tissus, qu’ils soient industriels ou issus d’animaux, de fibres synthétiques ou naturelles.

L’âge d’or des tapisseries remonte au Moyen Âge, lorsqu’elles recouvraient les murs et contribuaient à réchauffer les châteaux. (…) La tapisserie était traditionnelle, bidimensionnelle, ultra-technique et bourgeoise, la voilà dépoussiérée et subversive. Les nouvelles tapisseries gardent une certaine ambivalence, à la fois entre l’image et le sculptural, entre la pulsion scopique et le plaisir tactile, mais aussi entre l’ancien et le contemporain.(BeauxArts magazine)

Depuis les années soixante, nombre d’artistes femmes ont revalorisé ce domaine de l’art. Tricoter, broder, tisser, les arts textiles sont des terrains de découvertes et d’expression représentés par des artistes exceptionnelles. : Jagoda Buic (1930), Sheila Hicks (1934), Olga de Amaral (1932), Armelle Blary, etc. Sans parler de Louise Bourgeois dont l’oeuvre est toute entière traversée par le fil et son traitement.

Sheila-Hicks, Tate, The-Chromologist

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