« Pessoa – Since I’ve been me » Robert Wilson

Château Rouge, Annemasse, les 10 et 11 septembre 2026

Avec des textes de Fernando Pessoa interprétés en italien, français, portugais et anglais.

Oui, oui, Ariane, il faut vraiment que je raccourcisse mes textes !

Voir une pièce de Robert Wilson (site), décédé en 2025, quelle chance! Ce sont sept comédien.nes qui se partagent l’interprétation de Fernando António Nogueira de Seabra Pessoa (1888-1935), une biographie ICI. En effet, ses multiples « hétéronymes » (néologisme inventé par Pessoa), au minimum 70, sont plus que des pseudonymes, ce sont ses avatars littéraires (voir ICI). Poète et écrivain, critique et traducteur, Pessoa vivra chichement malgré son talent. La création d’une revue avant-gardiste, « Orpheu », en 1915, perdure seulement pour deux numéros. Métaphysique et poésie en prose, aphorismes et réflexions, constituent son « Livre de l’intranquillité », entre 1913 et 1935. Un ouvrage majeur de littérature du XXe siècle.

Photographie @Lucie Jansch

Le spectacle commence avec un Pessoa « d’origine », assis sur le bord de scène (Maria de Medeiros). Il est immédiatement reconnaissable avec ses lunettes et son chapeau, chemise blanche cravatée et complet-veston noir. Il rigole doucement par intermittence, joue avec ses mains. La belle et aquatique aquarelle du fond de scène donne alors naissance à de petits soleil rouges, émergeant telles des bulles éclatantes. Les six autres le rejoignent sur scène, certain.es sans chapeau, l’un avec un haut-de-forme, un autre avec une tête de Groucho Marx, et une femme rousse en longue robe blanche, son seul amour connu du nom d’Ophelia. Ils déclarent alors chacun leur tour l’ultime phrase écrite de l’auteur: « I know not what tomorrow will bring »

Rouge, noir, blanc et un peu de bleu. Telles seront les couleurs de la scénographie. Une esthétique sobre et subtile qui emmène le public dans une rêverie poétique…de laquelle soudain un fracas épouvantable (c’est mon avis) nous fait sursauter et qui se réitère entre chaque scène. Mais la musique, les décors, la lumière et les acteurices offrent une magie exceptionnelle à la représentation. Les textes de Pessoa sont déclamés en différentes langues et répétés à l’envi. Il est vrai qu’au bout d’un moment, j’ai cessé de lire les surtitres pour me concentrer sur l’image et les sons (non déflagratoires).

Photographie @Lucie Jansch

Les tableaux s’enchaînent, aux couleurs très contrastées, esthétiquement superbes autant que mystérieux. Il y a du burlesque, beaucoup. Il y a du mime, de la danse, des traversées de plateau. C’est un spectacle où il n’y a rien d’autre à faire que se laisser emporter. Comme le dit Pessoa: « Défaites-vous de cette habitude puérile de demander leur sens aux mots et aux choses. Rien n’a de sens. ». Ponctuées de rires d’enfant, la représentation reste joyeuse, même si l’idée de suicide y est suggéré.

Je ne connais pas assez bien les textes et la vie de Pessoa pour faire le lien avec la mise en scène, mais l’univers du Livre de l’intranquillité y ressemble. D’ailleurs ce sont des phrases ou de courts textes qui sont cités. Entre le cinéma muet et le théâtre NÔ, ce sont comme des estampes des mots de Pessoa qui nous sont proposées.

Photographie @Lucie Jansch

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