Onze spectacles dont deux manqués à la Manufacture….Rendez-vous manqués pour cause de mauvaise lecture ou notation d’agenda: L’Extra, nouveau lieu, où nous sommes arrivés trop tard en cherchant au mauvais endroit, et Château Mon plaisir omettant que le rv était à la porte de l’Oulle, avec pour conséquence une course à travers la ville couronnée d’échec, la navette était loin. Donc nous avons manqués deux spectacles qui me tenait à coeur : Should I stay or should I stay et Par les bouches. Un spectacle matinal, Fabuleux!, a été annulé d’un commun accord fourbu ,après notre retour tardif de 1 2 3 Poquelin. On se fait vieux!
Robinson, fait naufrage sur la scène des Béliers et c’est assez réussi, profondeurs bleutées et sonorités tempétueuses. L’ île est verdoyante et foisonnante, malgré l’étroitesse de la scène. Le père en voix off conteste et commente les choix et agissements de son fils. Le texte de Defoe, adapté et joué par Erwan Creignou, est décolonisé: pas de dominant ni de dominé, mais une collaboration (rendue possible par un langage partagé et un Vendredi nommé Will débarquant d’Angleterre). Les deux personnages sont interprétés par le comédien avec aisance. De bons sentiments pour cette pièce qui offre un espoir d’humanité.
Hubris conte l’Illiade, la démesure des uns se mêlant à la détresse des autres. La mise en scène de Clara JAUVART-Lacoste pour une toute jeune troupe commence avec humour et l’on se réjouit. Mais cela ne dure pas et la guerre a tôt fait de resserrer le discours autour des dissensions. Une belle scénographie de tenture orangée et la ferveur des comédien.nes ne réussissent pas à éradiquer une certaine lassitude face à une épopée troyenne sans surprise.
Rumba, pourquoi ce titre? cette danse lente afro-cubaine se distingue par son rapport au temps et à l’émotion, les danseureusess mimeraient la transe des saints. La pièce évoque Saint François d’Assise, un marginal d’antan, pèlerin migrant mort il y a 800 ans. Puisque cet opus se veut image des exclusions sociales, il est prétexte à digressions. David Murgia est impressionnant de loquacité, son monologue accompagné d’un musicien coule, telle une source intarissable, composée de récits, où mémoire, témoignages et légendes s’entrecroisent. C’est politique, quelquefois ironique et aussi poétique. Son fulgurant débit, quelquefois tendancieux lorsqu’il donne la parole à certains personnages, est saisissant. Jusqu’à une certaine oppression.

Le maître et Marguerite, à l’origine un pavé de Boulgakov que je m’apprête à lire, ici un raccourci burlesque adapté par la Cie Les Vagabonds. Le côté fantastique et drolatique du roman y est mis à l’honneur. La scénographie est bien pensée, les six comédien.nes ont l’air de bien s’amuser et le public de même. M’attendant à quelque chose de plus engagé, j’ai été surprise de trouver cela truculent et j’ai passé un bon moment. Ne reste plus qu’à déguster l’original.

J’ai jamais… l’interprète est québecoise, donc pas toujours facile à comprendre pour moi (Cie Youtheatre). La jeune comédienne Pénélope Ducharme s’investit à fond dans ce récit ficelé avec de l’élastique, mais dit avec sensibilité. Une quête d’identité qui passe par un délit et chemine sans concession. Rhiannon Collett, l’autrice, offre de belles envolées littéraires, mais la grossière métaphore du coeur que l’on arrache ou jette ne m’a pas embarquée. Une pièce ciblant l’adolescence, ses mutations et ses réflexions.

Une rose plus rouge décrypte le vocabulaire et les pratiques des sites de rencontres numériques. Une chanteuse et deux comédiennes se relaient, entre documents et références, pour tenter de comprendre ce que devient le sentiment amoureux au temps de la possibilité du choix complet des caractéristiques du partenariat envisagé. J’y ai appris plein de choses (ghosting, future faking, love bombing, etc) que je vais très vite oublier, mais le spectacle était intéressant et varié dans sa forme (Libeski Kollektiv). On y entend Louise Bourgeois et on y voit Leonardo Dicaprio. Un côté acide sous la langue pour ceux qui le consomme. D’après une BD de Liv Strömquist.
Mission Artémis est un seul-en-scène de Maxime Touron (le scrupule du gravier), un méli-mélo de choses au sujet de la déesse qui passe par des souvenirs d’enfance, du dessin direct sur rétroprojecteur, des diapos, l’homme sur la lune, un sanglier, du Sprite, un T-shirt NBA, Orion, etc. Le temple d’Ephèse et son incendiaire dont il ne faut pas dire le nom nous a tenu en haleine (ce complexe,: vouloir à tout prix devenir célèbre! réponse ici). Passionné de mythologie et passionnant à écouter, le comédien/auteur possède un joli magnétisme et raconte avec fougue. La construction toute en digressions (ciblées) m’a fait penser au travail génial de François Gremaud.

Le bibliothécaire est un spectacle succulent pour enfants de 6 à 12 ans et j’ai beaucoup aimé (Le Gros Orteil, Canada). Acrobaties et clowneries autour du livre et de la lecture. Peu de mots, des mimiques expressives, une vraie technique corporelle et le charme des amoureux des bibliothèques. Un régal où les rires des enfants participent au festin!
L’illusion comique, c’est une tragi-comédie du Corneille de 29 ans. Déjà il semble que cette pièce en V actes est considérée comme étant du théâtre dans le théâtre, le Collectif l’Émeute X JUMO Production en font du cinéma dans le théâtre. La pièce est classique et reste palpitante malgré ses presque 400 ans. L’intrigue pourrait être contemporaine et les acteurices sont convaincant.es. Du théâtre classique divertissant de qualité.
En finir avec Eddy Bellegueule, titre du livre autobiographique d’Edouard Louis dont est adaptée la pièce de la compagnie belge Gazon·Neve. Les quatre interprètes accueillent le public avec une musique pop festive indiquant immédiatement la temporalité de l’histoire. L’émotion est bien présente face à l’infernale épopée vécue par Eddy enfant et adolescent. Les comédien.nes se partagent le rôle titre (se passant un blouson rouge) tandis que l’épisode est simultanément raconté ou joué par les autres. La scénographie à base de blocs amovibles donne juste ce qu’il faut de contexte matériel. Toute belle représentation! Et le livre est à lire absolument.
Quand on dort on n’a pas faim, un conte médiéval afro queer créé par Anthony Martine (Cie Le Cri). Admis au « fameux » lycée Henry IV parisien, Anthony est un transfuge de classe et de couleur, homosexuel de surcroît. Autant dire qu’il est loin de l’image traditionnelle du prince charmant. Mais le décor est lumineux et coloré comme dans un album pour enfant. Durant la première partie il force sa voix, ce que j’ai trouvé désagréable. Par la suite, la fée de service le rejoint et lui offre l’épée du chevalier. Va-t-il enfin pouvoir entrer dans le château? Hors de ce monde enchanté, il se place dans celui des médias et invite une autrice, puis choisis enfin le Black Love sans plus chercher à s’intégrer dans un univers blanc cassé. Un peu foutraque, mais non dénué d’intérêts humains. Le jeu d’Anthony Martine est saisissant.

Finalement nous n’avons assisté à aucun mauvais spectacle, mais pas non plus à un coup de coeur formidable. Place au festival Avignon in dans une autre chronique (ou plusieurs?) où les huit spectacles vus ont engendrés quelques crises de paupières mais aussi d’intenses enthousiasmes. Et même, parfois, les deux ensemble.
Mon verre était plein à la Collection Lambert: c’est devant cette oeuvre que je suis tombée nez à nez avec mon ami blogueur Bernhard Lorentz! Deuxième rencontre (fortuite celle-là), toutes deux en Avignon! Voir ICI et LÀ ses commentaires de pièces.


