Jean Otth (1940-2013) § Les espaces de projection

Au Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne du 18.06 au 12.09.2021

Commissariat de l’exposition Nicole Schweizer, assistée de Elisabeth Jobin.

Nam June Paik est considéré, dès 1963, comme le premier artiste du mouvement de l’art vidéo. Jean Otth (1940-2013) est le pionnier de ce nouvel art en Suisse dès la fin des années 60. L’exposition que propose le MCBA est un survol de son travail artistique toutes techniques confondues. Elle présente cinquante ans de création en peinture, dessin, projection, manipulation d’images, où l’expérimentation est le maître mot de l’artiste.

Après des études universitaires de philosophie et d’histoire de l’art, puis l’école Cantonale d’Art de Lausanne, Jean Otth travaille d’abord la peinture. La salle 1 montre une peinture au sable sur panneau très douce et lumineuse ainsi que trois peintures sur miroir fascinantes. Il faut les imaginer face à une fenêtre, renvoyant la lumière du moment, se transformant d’heure en heure. Plus loin, des paysages incrustés de formes géométriques évoquent un univers de science-fiction. Des images qui semblent déjà être habitées par le mouvement.

Son travail sur la vidéo, médium artistique novateur en ces années 1970, s’enrichit de dessins au spray ou de ce qu’il nomme des « oblitérations », masquant certaines parties de l’image. L’artiste ajoute des traits sur l’image projetée de son modèle ou encore incruste d’autres images dans la vidéo. Plusieurs oeuvres sont projetées dans cette première salle qui réunit une décennie de recherches filmées. Le guide de visite nous apprend que le mythe platonicien de la caverne fut une inspiration thématique pour l’artiste dans son exploration de « l’objet, l’idée de cet objet, son image et son ombre, sans oublier la lumière ni même la source de celle-ci ». Une source qui est souvent le corps du modèle, d’où surgit embrasement et sensualité. La personne modèle, contrairement à son rôle en peinture, prend souvent une part active ou même initie le mouvement qui sera enrichit par l’artiste par une incrustation d’image, un trait de peinture ou une oblitération.

 « Le Portillon de Dürer » ou « Académie vidéo » (1976) montre le modèle et simultanément l’artiste en train de tenter de saisir ses lignes sur un miroir placé face caméra. Il voit et il fait. Nous le voyons en train de faire. Citant l’histoire de l’art, l’artiste nous offre son regard et son geste artistique.

Espace du Renard IV, 1982 Lol V.S., et Tatiana K., 1982 (peinture et spray acrylique sur papier)

La salle 2 affiche des travaux depuis 1980. Dessins, peinture au spray sur diapositives  projetées, collages, installations, autant de moyens d’explorer, de détailler pour mieux saisir le réel. Ou encore de ne laisser voir que par bribes, provocant le désir des regards.

Jean Otth, « Sans titre » (de la série Masques), 1987

Une console déploie quelques-unes des « Partitions » de Jean Otth, par lesquelles l’artiste consigne par écrit les instructions de ses actions. Des cahiers et des notes qui permettent de répertorier l’oeuvre et de la reproduire au plus près, sans la présence de l’artiste. L’une d’elle est d’ailleurs reproduite sur l’un des murs de la salle.

La salle 3, plongée dans une semi obscurité, magnifie les projections qui s’y trouvent. Le « Miroir ovale », par exemple, est d’un érotisme subtil. L’oeuvre consiste en une projection en couleur du modèle filmé sur un ovale noir peint sur le mur. Seule la bordure en est vraiment visible bien que peu compréhensible. L’oeil, du bien nommé regardeur ou de la regardeuse, cherche alors à compléter sa vision et, s’habituant à ce trou noir, devine peu à peu le corps englouti qui s’y cache.

Jean Otth, Miroir Ovale 07, 2007 (projection vidéo, 2″56′)

Toujours se plaçant entre abstraction et figuration, image fixe et mouvante, réalité et représentation, l’oeuvre de Jean Otth révèle une variété saisissante de points de vue, de déplacements de regards, de visions dirigées par le geste de l’artiste. En trois salles, les visiteu.r.se.s ont accès à un condensé de l’évolution de la pratique de l’artiste. Les outils se spécialisent avec le temps, mais la cohérence de la totalité de l’oeuvre reste intacte.

Le site de l’artiste: https://jeanotth.net/    Photo (c)Virginie Otth
Jean Otth, Signe de Vent IV, 2012

 

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