«Sugar Dance» de Marie-Caroline Hominal

A L’Arsenic-Centre d’art scénique contemporain du 24 au 27 juin 2021

Avec Sophie Ammann, Salomon Asaro-Baneck, Matthieu Barbin, Marie-Caroline Hominal, Caroline Lam, Mounir Margoum (vu dans «Bajazet»), Samuel Pajand, Sandro Rossetti, Véronique Valdès.

Photo (c)Lukas Beyeler

C’est par la parade finale que tout commence. Silencieuse et cyclique. Vêtus de leurs tenues d’entraînement, les interprètes se présentent face au public, les yeux dans les yeux et la mine grave. Ce n’est qu’ensuite que nous découvrirons leurs rôles et leurs talents.

La mise en scène installe le public dans la version documentaire d’un spectacle. Les comédiens changent de costumes à vue. Tour à tour, l’ambiance tend vers une douce nostalgie, puis alterne avec l’emphase du spectacle de cirque et ses délires bariolés. La scène est fellinienne: la trompette, les costumes, les personnages, le ton même, tout cela nous entraîne invariablement tout près de l’univers du grand Federico.

Le plateau, dont le fond est obstrué par un immense rideau argenté, est aménagé d’un rideau de théâtre, rose pailleté celui-là. Une estrade à plusieurs niveaux et trois miroirs mobiles se partagent le reste des lieux.

Sur ses pointes, la délicate ballerine joue du fouet; un breaker génial mime un immortel désossé; l’Auguste Monsieur Loyal cite aussi bien le Banquet de Platon que des lieux communs sous forme de proverbes; les timides recommandations de la metteuse en scène sont ignorées des comédiens; à la fois panthère et cheval, un sauvage avatar d’animal manie le trombone; le vieux tambour donne le tempo, il est boîteux, infaillible et omniprésent; c’est un Dagobert trompettiste qui imprime l’ambiance, qu’elle soit festive ou mélancolique; une cantatrice en jeans, transformée en Diva par une somptueuse robe noire, vocalise une passion de Bach ou chante Luis Mariano; un transformiste renversant de sensualité fait émerger le cabaret parmi ce cirque éclectique.

Photo (c)Laura Laucella

Rassembler arts dits nobles et arts populaires, souvent considérés comme vulgaires, en imbriquant étroitement la danse sur pointes et la street dance, le chant lyrique et la fanfare, le cabaret et la citation philosophique, la force de la jeunesse et la maturité, c’est le défi de cette mise en scène réjouissante qui réussit à créer une troupe cohérente, au-delà de sa diversité bigarrée.

Ces artistes, qu’ils soient considérés comme populaires ou «élevés» (célestes?), sont immuablement inscrits dans l’histoire des arts de la scène. La création de Marie-Caroline Hominal les dépeint avec respect et tendresse. Burlesques ou empreints d’une mélancolie latente, ils incarnent la nature humaine dans toute sa disparité.
Les extraordinaires tableaux d’ensemble qui closent le spectacle en apothéose disent la beauté et la complexité de l’équilibre à obtenir pour fonctionner dans un groupe aussi disparate.

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