« Same old song » Maud Blandel

Arsenic, Lausanne, du 10 au 13 juin 2026

Avec Jessica Allemann, Lou Couton, Karine Dahouindji et Maya Masse (trio en alternance)

“Du geste d’écriture de Virginia Woolf, je retiens son refus d’être spectatrice impassible et accablée d’une histoire dite inéluctable, mais aussi son sens de l’humour , et son besoin irrépressible de chercher dans sa langue – la littérature – l’expression d’un profond engagement pacifiste.

À l’heure où l’Europe se (re)lance dans une course à l’armement, où le vocable guerrier s’infiltre de plus en plus dans les discours politiques et médiatiques, et où les projets militaires, impérialistes et coloniaux continuent de faire rage, nous faisons le choix de nous saisir du livre Trois Guinées (1938) de Virginia Woolf pour chercher dans notre langue – la danse – une manière de poser un regard satirique sur les structures de pouvoir patriarcales décrites par l’autrice. Same Old Songs prend la forme d’une hallucination chorégraphique refusant toute tentative de mise au pas, et tentant par là même de conjurer avec malice les sentiments de désespoir et d’impuissance face à l’autoritarisme. » Maud Blandel, note d’intention

Pour commencer, elles jouent au jeu que nous appelions « le pendu »: des lettres manquent dans une phrase, il faut les proposer pour en trouver le sens. Mais pas de pendu pour l’instant. La représentation exécutera le concept. La phrase est : ET NOUS TOURNONS AUTOUR DE L’A_ _ _E DE LA _ _ _ _ _E_ E. La date, 1938.

Elles sont toutes trois assises sur une sorte de table à banquette, design industriel. Un poste de radio est posé là. Un micro suspendu se manie avec une manivelle, comme un porte-voix à disposition. Des oiseaux gazouillent parmi les sonorités tournoyantes et sombres créées par Romain Simon, Flavio Virzì et Maud Blandel. Elles sont vêtues de noir, mais rien à voir avec un uniforme.

Procession ? Cortège? Défilé? Danse? Un peu tout cela à la fois. L’ambiance sonore est intense. Des chocs percussifs éclatent. Des fragments de voix masculines émergent au centre d’un bourdonnement menaçant. La kyrielle de personnages qu’iels incarnent sont fiers, le front et le menton hauts. Iels défilent en ligne, en files, en rondes. Iels sont déterminé.es, hochent la tête, lèvent le poing, le bras. Leur marche est solennelle, levant hauts les genoux, scandant le tempo à grands coups de pieds. Faut-il en rire ou en pleurer? Marcher au pas, mais quel pas? contrer le rythme, décadrer… déconstruire? Une galerie de portraits, de mines, de regards, de démarches, de postures. Remonter son short ou soulever sa robe pour mieux avancer? Qui sont-iels? Claudiquant.es, boîteux.ses, affirmé.es, iels s’encouragent, par des signaux vocaux, des appels. Tour à tour devant, puis derrière, s’entraînant à tour de rôle. Pas de chef.fe, aucun ordre donné, mais des encouragements, des regards, des sourires, des approbations, du réconfort.

Et ce moment où elles s’arrêtent, ce moment où, ventre contre ventre, elles communiquent avec leur féminité, leurs tripes, ce qui grandit en elles, ce pourquoi il faut se battre tout en tentant d’éradiquer la guerre.

Quand deviennent-elles des manifestantes? A quel moment le défilé militaire se transforme-t-il en manifestation féministe? quand lea porte-drapeau devient-iel porte-pancarte? Leurs regards partagés, leurs félicitations, leurs gestes sororaux nous offrent peut-être une nouvelle interprétation: changer la manière de faire. L’une tendant la main au public, l’autre faisant mine de porter… quoi? le monde sûrement… la troisième, doigts écartés autour de sa tête, comme… une coiffe? une couronne? un esprit ouvert? Elles se regardent, elles regardent autour d’elles, elles nous regardent.

ET NOUS TOURNONS AUTOUR

Après la déflagration de « L’oeil nu », la chorégraphe Maud Blandel avance avec la même puissance de conviction en alliant le concept et le corps, les sonorités et le mouvement. Pour cette création si puissante, elle mêle littérature et chorégraphie, non pas en illustrant, mais en interprétant librement. Parce que passé et présent politiques semblent se mêler, ici le temps n’a plus de forme et s’étire sur près d’un siècle avec Virginia Woolf et ce texte clairvoyant des « Trois Guinées« . Une guinée par cause: l’éducation des femmes, leur indépendance économique par l’accès à toutes les professions et l’égalité des sexes.C’est en effet en 1938 que l’autrice écrit cette fiction épistolaire féministe, tentant de répondre à la question “Comment éviter la guerre?” et partant du présupposé qu’elle est une problématique patriarcale (cf. feuille de salle).

Lien sur RTS ITW Maud Blandel

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