« Gardien Party » Mohamed El Khatib / Valérie Mréjen

Au Théâtre de Vidy (hors les murs: Musée Cantonal des Beaux Arts), Lausanne du 10 au 16 décembre 2021

(c)Yohanne Lamoulère.

Agents de surveillance, agents d’accueil, agents de sécurité… voici les gardiens et gardiennes de musée.

Ceux et celles qui nous voient regarder et qui possèdent l’art d’être présents tout en ayant l’air absents. Celles et ceux qui doivent garder le silence et surtout ne rien commenter.

Cette performance offre une parole à ce corps de métier qui n’en a guère si ce n’est pour indiquer le chemin des toilettes…Valérie Mréjen et Mohammed El Khatib ont conçu ce spectacle en récoltant les témoignages de ces professionnel.le.s dans divers musées internationaux. De cette riche matière, ils ont façonné un texte percutant, alliant l’humour et la bienveillance, pour décrire avec humanité cette activité cosmopolite.

Ce sont six gardien.ne.s de musées internationaux qui s’approprient le texte dans leur langue d’origine (surtitrée). Margarita, Seung Hee, Carolina, Robert et David prennent la parole à tour de rôle en première partie. Ils racontent les anecdotes qui émaillent la pratique de leur profession, mais aussi leurs impressions personnelles face aux commentaires des visiteurs, leurs rapports aux oeuvres et leur manière d’occuper un temps possiblement ennuyeux: la pire des expos, celle d’Ai Weiwei, où tu as dû répéter à longueur de journée de ne pas toucher les graines de tournesol. La fois où tu entends un parent mettre en garde son enfant qui pourrait bien « finir comme ce monsieur s’il n’est pas sage ». Les oeuvres sonores, les pires, celles qui marquent le temps toutes les vingt minutes. Quand tu te mets en « hibernation muséale ». Ou lorsque tu entends à nouveau la sempiternelle blague du guide de visite. Et puis observer les visiteurs, leurs enthousiasmes, leur indifférence, leurs postures.

Le sixième gardien a droit à la scène pour lui seul. Il se nomme Jean-Paul. Il est marseillais, issu du milieu ouvrier et d’une famille nombreuse. Il travaille la nuit, découvrant une intimité particulière avec les oeuvres exposées lorsque c’est la lumière de sa torche qui les dévoile. Il témoigne de sa gratitude pour ce métier qui lui a permis de prendre la diagonale et de « danser » sa vie autrement. Un hommage à sa profession qu’il conclut par une dédicace, telle une offrande, à un grand artiste récemment disparu.

Jouée par de véritables gardien.ne.s de musée, cette pièce habilement menée offre un regard réjouissant sur ce métier négligé, souvent discrédité et pourtant indispensable. A coup sûr, on ne les regardera plus de la même façon après l’avoir vue.

(c)Yohanne Lamoulère.

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