Londres en novembre 2022 (II) At the Royal Academy : Kentridge et Making modernism

William Kentridge (1955) est né durant l’apartheid à Johannesbourg en Afrique du Sud. Tout son travail est imprégné de son indignation contre les injustices, les inégalités et la violence de la société colonialiste de son pays. Il fait ses études en sciences politiques, puis aux Beaux-Arts. Après une première exposition en 1979, il décide de se diriger vers l’école de théâtre Jacques Lecoq à Paris. Doutant de ses propres talents artistiques, il n’en reste pas moins passionné d’histoire de l’art à laquelle il se réfère tout au long de sa carrière.

The Conservationist’s Ball, 1985 (fusain, pastel et gouache sur papier)

Ses prédilections pour le dessin et la gravure l’amènent à travailler pour des affiches de théâtre et quelques médias. Il se dirige alors vers la technique d’animation du stop motion. Le film image par image lui permet de dessiner et d’effacer pour animer son propos dessiné. A partir d’un dessin unique au fusain toujours sur la même feuille de papier, il retravaille certains éléments, en ajoute ou efface des parties, contrairement à la technique traditionnelle d’animation dans laquelle chaque mouvement est dessiné sur une feuille séparée. Ces différentes étapes sont filmées. Ainsi, les vidéos et films de Kentridge conservent les traces des différentes étapes du dessin. Sur le papier ne subsiste que la dernière version, les autres ont disparu.

En 1985, il est lauréat du American Film Festival de New York avec un court métrage.  Une galerie londonienne l’expose deux ans plus tard.

Drawing for Johannesbourg the Greatest City after paris, 1989. L’un des dessins du film en stop motion. Reconnu internationalement. Premier des onze films d’animation sur trente ans.

C’est en 1994 que les élections en Afrique du sud s’ouvrent à toutes et tous. Nelson Mandela est élu président avec 63% des votes. The Truth Reconciliation Commission (TRC) est nommée pour reconnaître les violations des droits de l’Homme durant l’apartheid et d’en identifier les victimes (21000 entre 1996 et 2003). Kentridge crée alors la série de films Ubu Tells the Truth montrée à la Documenta X de Kassel.

Le film, inspiré de la pièce Ubu Roi d’Alfred Jarry, fait référence à la Commission Vérité et Réconciliation (1996) chargée d’examiner les violations aux droits de l’Homme commises durant l’Apartheid. La violence des actes mis en scène dénonce l’amnistie totale offerte par la Commission aux auteurs des exactions. L’œuvre mêle des extraits de films documentaires, des photographies et une trentaine de dessins réalisés pour l’animation qui montrent la souffrance de corps mutilés. Le tyran Ubu de la pièce d’Alfred Jarry reprend vie à travers des politiciens corrompus, tandis que le rôle principal du film est tenu par une caméra : témoin de tortures et d’assassinats, elle observe ces crimes sans rien faire pour les empêcher ou les condamner. Source

 

Une salle de l’expo où sont projetés les films de Kentridge.

William Kentridge, Ubu tells the Truth, 1996-1997. © William Kentridge

Il faut mentionner l’installation animée « Black Box » à laquelle, hélas, je n’ai pu que très partiellement assister, un mécanisme théâtral automatisé évoquant, en 1908,  les forces armées coloniales allemandes ayant perpétrés le premier génocide du XXe siècle reconnu, envers les peuples de la Namibie actuelle.

Les panneaux floraux de William Kentridge sont rassemblés dans une grande salle. L’artiste a créé spécialement pour cette exposition l’oeuvre ci-dessous, avec un portrait de Manet d’après une photographie de Nadar (1867).

Mais ce sont ses grands arbres exécutés aux pinceaux chinois qui m’ont happée. Peints sur des feuilles blanches puis montés sur toile, des phrases éparpillées parsèment l’oeuvre, phrases que l’artiste a notées au fil de ses lectures.

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Une exposition qui fait la part belle aux animations du grand William Kentridge, un artiste engagé à découvrir absolument.

§

Dans le même bâtiment de la Royal Academy (dans lequel on pourrait presque se perdre!), l’exposition Making Modernism qui met les femmes artistes allemandes de fin XIXe à l’honneur.

Je connaissais les trois premières, Marianne Werefkin beaucoup moins. Une belle découverte. Leurs autoportraits:

Gabriele Munter, 1908

Gabriele (1877-1962) est une peintre expressionniste allemande,  et a fait partie du mouvement Der Blaue Reiter fondé à Munich. Elle ose afficher sa liaison avec Kandinski, lequel l’abandonnera sans un mot après la guerre. Grâce à elle, les oeuvres de Blaue Reiter, qu’elle cache, seront sauvées des nazis qui les qualifient de dégénérées.

Käthe Kollwitz, 1934 (lithographie sur papier)

Käthe (1867-1945) est une scupteuse, graveuse et dessinatrice allemande. Epouse d’un médecin, le couple qu’iels forment est engagé envers la population prolétaire et contre le régime nazi. Elle perd un fils durant la première guerre.

Paula Modersohn-Becker, 1900

La peinture expressionniste de Paula (1876-1907) est un mélange d’influences multiples qui en font une artiste particulièrement originale. Elle épouse Otto à Worpswede en 1901 et a la chance d’être soutenue par son mari qui croit en son travail artistique, au début en tout cas. Rilke est l’une des deux personnes qui lui achète une oeuvre au cours de sa vie. Rainer a d’ailleurs épousé son amie la sculptrice Clara Westhoff. Elle meurt 18 jours après avoir donné naissance à sa fille. Lire sur sa vie, de Marie Darrieussecq « Etre ici est une splendeur ».

Marianne von Werefkin, 1910

Marianne est née en Russie et morte à Ascona en Suisse (1860-1938). Elle recherche un art « émotionnel ». Elle se lie avec le peintre Alexej von Jawlensky et vit avec lui et Hélène, une aide ménagère qu’il finira par épouser. Elle aussi fait partie des fondateur.ices du mouvement Der Blaue Reiter.

Marianne Werefkin, At the Café, 1909

La suite de ce November in London dans un troisième épisode…

En bonus, la pièce de théâtre Ubu and The Truth Commission, réalisée par Kentridge, mise en scène Jane Taylor. La pièce incorpore animation, acteurs et marionnettes.

Pa Ubu (joué par Dawid Minnaar) a passé beaucoup de temps loin de chez lui, au grand dam de sa femme (Busi Zokufa). Elle sent sur lui une odeur qu’elle soupçonne d’être celle d’une autre femme, une maîtresse. Mais, il est un agent d’un escadron de la mort gouvernemental, et l’odeur qu’elle sent est de sang et de dynamite.

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