Dorothea Tanning (1910-2012) à la Tate Modern § portes

Dorothea Tanning. « Birthday », 1942. Huile sur toile, 102.2 × 64.8 cm. © Artists Rights Society (ARS), New York

Qui n’a jamais croisé son oeuvre « Birthday » au détour d’une exposition? C’est, je pense, la plus renommée. Un autoportrait onirique qui attire l’attention de son talentueux futur époux, Max Ernst, dont elle fut la dernière compagne. Ce dernier a cependant obtenu une telle notoriété que le nom de Dorothea Tanning semble plus connu que son oeuvre. Elle n’est pas la seule dans ce cas… C’est pourquoi l’exposition de Londres qui revient sur ses 70 ans de carrière est si éclairante.

Cette rétrospective se concentre, en huit Rooms, huit seuils à passer pour découvrir les thèmes récurrents et le développement de la pratique artistique de Dorothea Tanning tout au long de sa carrière.

Dorothea est née en Illinois, dix ans avant le mouvement surréaliste, dans une famille originaire de Suède. Dans sa petite ville où rien ne se passe, elle se distrait en écrivant des poèmes. A l’âge de vingt ans, elle étudie quelques temps à l’Academy of Art de Chicago, puis s’installe en 1936 à New York où elle gagne sa vie en illustrant des magazines de mode. La même année a lieu l’exposition « Fantastic Art, Dada, Surrealism » au MoMA! Explorer les profondeurs du subconscient est un thème qui l’inspire, elle se sent donc fortement attirée par ce mouvement. Le galeriste Julien Levy lui offre un contrat et expose son travail.

Dorothea tanning, « Self-portrait, 1944

En pleine seconde guerre mondiale, plusieurs artistes européens surréalistes se réfugient à New York. Dorothea rencontre Max, encore marié à Peggy Guggenheim, en 1942. Ils s’épousent en 1946 lors d’une double cérémonie en compagnie de Man Ray et Juliet Browner. Ils vivront en France de 1953 à 1976. Dans un premier livre autobiographique, intitulé lui aussi « Birthday » (1986), elle raconte sa vie de couple.

Dorothea Tanning, « Max in a blue boat », 1947

Seconde chambre de l’exposition, Derrière la porte. Portail de l’inconscient, la porte ouverte représente choix et possibilités, elle enferme aussi les peurs et les désirs secrets. Installés à Sedona, elle vit avec Max Ernst au coeur du désert de l’Arizona. Paradoxalement, la nature immense qui l’entoure la pousse à l’introspection et sa peinture reflète sa recherche psychique, son évolution personnelle. Elle peint des intérieurs et se représente près de portes, de couloirs labyrinthiques, utilisant le vocabulaire pictural des surréalistes. « Les portes, pour moi, sont des miroirs » dit-elle.

En 1984, elle inclut même un véritable morceau de porte divisant son tableau. Une jeune fille cherchant à l’ouvrir et l’autre la bloquant. Ou chacune résistant pour la garder fermée?

Dorothea Tanning, « Door 84 », 1984

La chambre suivante découvre une intimité. Dorothea Tanning s’attache à régler son compte à la sacrosainte hiérarchie familiale. En regard de laquelle se construit la société. Et peut-être aussi le mouvement surréaliste, chapeauté par le tout-puissant André Breton qui en produit les règles. Ou encore la domination masculine dont chaque femme doit s’émanciper pour évoluer librement. Dorothea prendra ses distances, même si « derrière les portes, toujours une autre porte… ».

« vers 1955, mes toiles ont littéralement éclaté… J’ai brisé le miroir, pourrait-on dire. » DT

Au milieu des années 50, les toiles de Dorothea Tanning deviennent plus abstraites. Son travail « éclate », elle expérimente un langage différent, personnel. C’est le quatrième chapitre de l’exposition. Elle n’abandonne pas la figure humaine, mais l’utilise avec plus de liberté, faisant apparaître des fragments de corps amalgamés. Un kaléidoscope d’images suggérées que l’on découvre peu à peu en observant le tableau.

 

En 1945, elle rencontre le chorégraphe George Balanchine avec lequel elle travaille sur quatre ballets.

Une sixième chambre révèle son exploration de la maternité. Elle qui n’a pas eu d’enfant campe l’image d’une mère ambigüe et loin d’être idyllique.

Dorothea Tanning, « Maternity », 1946-47
Dorothea Tanning, « Emma », 1970, soft sculpture. D’après Emma Bovary, contrainte par son rôle de mère et d’épouse.

« Chambre 202, Hôtel du Pavot » est une installation. Cette chambre fait référence à une comptine et à un drame ayant eu lieu à Chicago. La fleur renvoie à l’opium et aux rêves, ou plutôt aux cauchemars… des fragments de corps semblent jaillir du papier peint et des formes sensuelles et morcelées meublent cette sombre alcôve. Dorothea se met à la machine à coudre au milieu des années soixante et crée ces sculptures molles en tissu. Non sans humour aussi!

Après la mort de Max Ernst en 1976, Dorothea retourne s’installer à new York où elle vivra jusqu’à l’âge de 101 ans, consacrant ses dernières années à l’écriture. Le parcours de ces huit rooms entraîne les visiteu.r.se.s dans une promenade onirique de l’oeuvre surprenante et évocatrice de Dorothea Tanning. Un régal à découvrir!

Dorothea Tanning, « Crepuscula Glacialis », 1997. Une de ses dernières toiles, « fleurs de son esprit qui demande à être peinte ».
« Pour Gustave l’adoré », 1974. Hommage aux « Océanides de Gustave Doré.

§

 

Porte de l’intimité, ouverte ou fermée. Porte de la chambre parentale. Lieu de transition, symbole de changement, dont il faut quelquefois trouver la clé. Porte de l’âme, entrée dans l’intériorité, sortie vers la société. Sécurité de la porte fermée ou danger de la porte enfoncée. Portique, portail, grille, portière, passage. Porte verrouillée, porte ornementée, échappatoire ou fermeture. Porte étroite ou délabrée, porte dérobée ou porte monumentale. Porte d’entrée, issue de secours. Là où un tissu fait office de porte, y passer, c’est dévoiler.

Ecouter ICI, 6 minutes sur le livre « l’Ethnologie de la porte » de Pascal Dibie.

 

Marcel Duchamp, 1927, porte qui fermait soit l’atelier, soit la salle de bains, ou pouvait rester ouverte entre les deux pièces.

Faut-il vraiment qu’une porte soit ouverte ou fermée ?

Dorothea Tanning, « Porte-feuille », 1946. Voir des toiles de Dorothea.

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