Vidy-versité! 1 semaine, 3 lieux, 3 spectacles

Cette semaine, en balade avec le théâtre de Vidy: le pavillon du théâtre à Lausanne, le Vortex du campus de l’UNIL à Chavannes-près-Renens et la Comédie de Genève, pour trois spectacles très différents les uns des autres. En effet, voilà un exemple de la diversité étonnante de productions que l’équipe de Vidy propose à son public.

Joué dans des classes (13-16 ans) durant le covid, Arborescence programmée est un spectacle tout public créé par Muriel Imbach. Cette metteuse en scène, formée aux communautés de recherche en philosophie avec les enfants de Matthew Lippman, base ses créations sur les réflexions engendrées par ces rencontres, mais aussi sur les discours et les lectures de scientifiques et de philosophiques.

Réseau: ensemble d’objets ou de personnes connectés ou maintenus en liaison.

Rencontre avec une fougère pas piquée des vers de terre, un spécimen humain livreur ubérisé, et REMI, un système régi par intelligence artificielle qui scanne les connaissances du public et en cible les insuffisances! Munis de casques audios, le public assiste aux échanges sonorisés entre ces trois entités et leurs réseaux respectifs.

Le comédien Fred Ozier incarne avec humour et poésie cet intermédiaire entre deux mondes invisiblement connectés, l’un par la technologie et l’autre par les liens naturels entre les végétaux dans une forêt. Il en ressort une enquête collective qui convoque les publics de tout âge à une réflexion autour du végétal, entre écologie et technologie, en appliquant une formulation généreuse, ludique autant que sensible.

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Pavillon du théâtre de Vidy, Lausanne

24 images par seconde de Boris Nikitin et Kukuruz Quartett est un un mélange de théâtre musical, de danse, d’installation et d’art vidéo. Une recherche sur les liens entre temporalité et mouvement. Quatre pianistes et six danseurs jouent de leur instrument, deux écrans, une cabine, quelques chaises.

Photo Donata Ettlin

Boris Nikitin, artiste issu de parents immigrants Ukrainiens-Slovaques-Français-Juifs, travaille sur le temps et la construction de l’identité. Des personnages bloqués dans un mouvement cyclique, qui changent de vêtements, nouvelle peau qui les enferme dans une autre confusion corporelle. Des images filmées en direct ou diffusées en différé, zooment sur un détail, une expression. La musique scande un tempo, puis part dans l’évocation d’une pièce connue classique ou populaire. La seule intimité de la cabine semble permettre le repos dans cette première partie, mais c’est une privacité filmée. L’expression corporelle des danseu.se.r.s traduit la dureté, l’agitation, la répétition, le combat. C’est très beau.

Ensuite les personnages s’immobilisent, ne font plus rien et ce sont les quatre pianistes qui reprennent l’effervescence de la chorégraphie en musique avec le « Gay Guerrilla » du compositeur afro-américain Julius Eastman. Il faut alors se laisser porter ou insupporter…

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La Nouvelle Comédie de Genève (facilement atteignable, gare ferroviaire à côté)

Après deux essais télévisés inaboutis (le théâtre à la TV passe mal!), La Cerisaie est à Genève et le théâtre de Vidy propose même une navette à ses abonnés. Une distribution prestigieuse (Adama Diop, Isabelle Huppert, David Geselson, plus neuf comédien.ne.s et deux musicien.ne.s) pour une mise en scène qui ne l’est pas moins puisque le futur directeur du festival d’Avignon, le génial Tiago Rodrigues s’en est occupé et que ce spectacle fut celui de la cour d’honneur en 2021.

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Lioubov (Isabelle Huppert) est de retour dans son domaine endetté et qui doit être vendu. Cette actrice au long cours, au milieu de comédiens de tous âges et bicolores, est un choix remarquable. Lioubov entre deux univers, celui de l’aristocratie toute puissante qui s’efface remplacée par un nouveau monde après l’abolition du servage (1861), à un moment nommé esclavage, et l’arrivée d’une génération qui ne l’a pas subi et gravit les échelons.

La musique, dont Tiago Rodrigues dit qu’elle est déjà dans la partition de Tchekhov, ajoute à l’ambiance les épices qui relèvent une scénographie relativement minimaliste, mais très symbolique, avec ces alignées et amas de chaises (150 anciennes chaises des gradins du Palais des Papes). Trois substituts d’arbres mobiles, où sont accrochés des lustres à pampilles, rappellent les fastes des soirées du passé ou encore les cerisiers en fleurs de la belle saison.

Quelle chance, pour ce spectacle en particulier, d’être placés au premier rang! Et aussi d’y assister alors qu’il a déjà pas mal tourné. Quoiqu’on en pense, la Cerisaie reste d’actualité. Qui sait quelle société nous attend dans les prochaines années? Nombre de critiques se sont exprimé.e.s au sujet de la pièce. Je vous laisse les lire via internet.

Au plaisir immense d’assister à ce classique du théâtre, j’ajoute celui de ressentir la patte extraordinaire et si actuelle de Tiago Rodrigues, celui aussi de voir des comédien.ne.s excellents, dont Isabelle Huppert, qui interprète Lioubov avec la sobriété et l’élégance d’une femme d’expérience à la croisée des chemins.

Ecoutez Tiago Rodrigues répondant aux questions de spectateurs à Avignon en 2021:

DIALOGUE AVEC TIAGO RODRIGUES POUR « LA CERISAIE »

 

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