Shilpa Gupta (1976) § « For, In Your Tongue I Cannot Fit » (2017-18)

Shilpa Gupta in her studio. Photo: Aniruddha Chowdhury/Mint

Shilpa Gupta vit et travaille à Bombay, Inde. Elle s’intéresse à la puissance de la parole écrite et à la peur qu’inspire cette parole aux instances du pouvoir.

Son oeuvre « Someone Else« , 2011, montrait cent livres écrits anonymement ou sous pseudonymes lors des deux derniers siècles. Les raisons de ces écrivain.e.s sont multiples: peur de persécutions de l’Etat, esquive du genre, évitement de l’étiquette, etc. c’est toujours au nom de sa propre liberté de penser et de l’écrire que l’auteur.e ne divulgue pas sa propre identité. Shipa Gupta les a voulu en métal, car un écrit peut être une arme.

Shipa Gupta, Someone Else, 2011, 190 x 244 x 22 cm. 100 livres gravés sur acier inoxydable sur étagères. Copyright The Artist

Le titre, For, In Your Tongue, I Can Not Fit, est tiré d’un poème du 14ème siècle du poète azerbaïdjanais Imadaddin Nesimi. Les restrictions politiques et sociétales imposées aux poètes à travers l’histoire sont au centre de la recherche artistique de Shilpa Gupta désire attirer l’attention sur la fragilité et la vulnérabilité de notre droit à la liberté d’expression aujourd’hui.

Shilpa Gupta, « For, in your tongue, I cannot fit », vue de l’installation au YARAT Contemporary Art Center, Bakou, 2018. (IPhoto Fakhriyya Mammadova)

L’installation est aussi auditive que visuelle: chaque micro est suspendu au-dessus d’une tige métallique sur laquelle est empalée une feuille de papier. Sur cette feuille est imprimé un poème signé de son auteur.e. Le micro diffuse la lecture du poème. Tous les poètes choisis par l’artiste ont été, durant une période plus ou moins longue, emprisonnés en raison de leurs écrits, du VIIe siècle à nos jours.

Détail, YARAT and Edinburgh Arts Festival.

Imaginez: Une grande salle, peu de lumière. Vous devinez ces tiges surmontées d’une tache blanche et percevez le brouhaha chuchoté de dizaines de voix cumulées. Vous avancez entre les piques. Lorsque vous vous approchez de l’une d’entre elles, vous distinguez le texte imprimé sur la feuille blanche et, en même temps, vous l’entendez diffusé par le microphone. Vous ne comprenez pas toutes les langues dans lesquelles les textes ont été créés, cependant vous savez que leurs auteur.e.s ont tous été emprisonnés pour les avoir composés. Le temps de détention est indiqué.

Cent, c’est beaucoup et peu à la fois. Beaucoup pour cette salle d’exposition. Peu pour  la censure politique durant 14 siècles.

« Vous pouvez attacher le corps, mais pas la langue, parce que la parole a également lieu dans la tête. L’imagination ne peut pas être réduite, les rêves sont indestructibles. » Shilpa Gupta

Photo personnelle (c)Jolo, Biennale 2019

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