« L’étang » de Gisèle Vienne

Au théâtre de Vidy-Lausanne du 4 au 12 mai 2021

Robert Walser (1878-1956) est un écrivain et poète suisse de langue allemande. Certains de ses manuscrits étaient composés au crayon d’une écriture minuscule, puis recopiés à la plume pour l’éditeur.

Dans l’adaptation que réalise Gisèle Vienne, ce sont les mouvements qui sont minuscules dans leur lenteur. Comme une vie qui se déroule au ralenti, comme on revient sur un rêve (pour Fritz un cauchemar) dont chacune des postures est significative et révèle l’inconscient.

Fritz est un adolescent souffrant de ne pas se sentir aimé par sa famille. Fantasme ou réalité? Il est maltraité par ses parents, tandis que son frère et sa soeur le dénigrent. Il décide alors de simuler son suicide. Comment vont-ils réagir? Vont-ils enfin m’aimer si je ne suis plus là? Qui n’a jamais imaginé ce scénario tragique dans une période de dépression?

Trois procédés sont magistralement utilisés dans cette pièce : l’interprétation, le son et la lumière.

La scène, un cube blanc, est seulement personnalisée par un lit en désordre entouré de détritus, du genre de l’oeuvre contemporaine de l’artiste Tracey Emin. En préambule, un groupe de poupées grandeur nature, ados en stagnation, l’ont investi. Elles seront immédiatement enlevées l’une après l’autre. Précautionneusement.

Photo (c) Estelle Hanania

Adèle Haenel et Ruth Vega Fernandez, toutes deux en mouvements ralentis durant la pièce entière, se partagent les dialogues. La première utilisant des registres stupéfiants pour incarner vocalement les différents personnages tout en conservant le corps de douleur de Fritz et ses bouillonnements irrépressibles, la seconde en majesté, arpente le plateau ou s’effondre au sol, comme gommée de la narration, pour se relever ensuite, dominante toujours.

L’habillement sonore est époustouflant, sons de machouillement, gémissements, respirations, musique techno en fond, puis assourdissante, résonances, tonalité graves ou suraigües, vibration de guitare électrique, voix déformée, etc. Tout cela illustrant le malaise de l’adolescent avec justesse et modernité.

Les lumières, vives ou nuancées, participent aux changements d’ambiance et d’état d’esprit de l’adolescent, passant par toutes sortes de couleurs violentes, pour terminer baignant la scène d’un turquoise aussi reposant que menaçant.

Rien ne nous renseigne sur ce qu’il adviendra de cet enfant en détresse et en révolte. Pourtant à y bien réfléchir, chacun à son propre niveau y reconnaitra peut-être des sensations ressenties lors de ce passage obligé douloureux qu’est l’adolescence.

Tracey Emin, My Bed, 1998

 

 

 

4 réflexions sur “« L’étang » de Gisèle Vienne

  1. Je me souviens bien de Crowd… pour les mouvements au ralenti ! Et ce spectacle-là, normalement on finira bien par le voir à Paris l’automne prochain, après de multiples annulations et reports, notamment la première, très triste.
    Hâte !

    Aimé par 2 personnes

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