« No yogurt for the dead » Tiago Rodrigues / NTGent

Comédie de Genève, du 5 au 8 novembre 2025

Avec Lisah Adeaga, Manuela Azevedo, Beatriz Bràs, Hélder Gonçalves

Cette pièce fait partie du cycle Histoire(s) du Théâtre VI. Elle a été créée en janvier 2025 au NTGent (Belgique). Inspiré des Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard, ce cycle lancé par Milo Rau, constitue une série de créations commandées à des artistes marquant.es de la scène internationale contemporaine. Elle comporte La Reprise de Milo Rau (2018), Liebestod de Angelica Liddell (2021), One Song (Miet Warlop (2023). Tim Etchell et de Faustin Linyekula y ont également participé.

Photo © Michiel Devijver

« C’était l’automne » Ainsi commence la pièce que Tiago Rodrigues a créée en écho à la mort de son père. La scénographie déploie de grandes structures nervurées, pareilles à d’immenses feuilles mortes ou des stratus cotonneux, élevant une colline.

Le public en est averti par l’infirmière, ce récit mêlera la fiction à la réalité. Le père est hospitalisé. Un séjour dont il se doute bien qu’il sera le dernier. S’accrochant à son métier de journaliste, il réclame un carnet et un stylo pour décrire son quotidien de malade. Lorsque son fils l’ouvre après son décès, il a la surprise de n’y voir que des lignes et d’obscurs gribouillis. Car, oui, la maladie a confisqué toutes ses capacités. Son fils alors déchiffrera à sa manière.

L’astuce de barbes postiches nous permet de reconnaître le père à sa barbe longue et le fils à sa barbe courte. Ils ne seront pas toujours interprétés par la même personne. S’échangeant les rôles et les chansons, les comédiennes jouent les deux barbes, tandis qu’un artiste accompagne en direct toute la pièce à la guitare électrique. Tel un dieu rêveur absorbé par sa musique, lui aussi à l’agonie sur son d’hôpital, il surplombe le récit tout en l’accompagnant des sonorités mélancoliques des chants de Fado.

Photo© Michiel Devijver

Les passions paternelles sont passées en revue: Brel, Cheveux Lisses, l’amour de sa vie, son fils, son voisin de lit gémissant, une mystérieuse Teresa qui s’avère double, les élections pour lesquelles il ne peut pas voter, ceux qui sont partis avant lui, ses frères et pour terminer sa mère qui lui tend les bras. La cérémonie d’adieu est célébrée avec le vin préféré du patriarche, partagé avec quelques spectateurices.

Dans ce texte de Tiago Rodrigues, l’humour n’est pas en reste. Entre paroles et chansons, les petites disputes entre père et fils entretiennent une tendresse teintée d’un humour que l’on sent coutumier. Pour son père, l’infirmière est la pire du monde (mais rien de personnel!). C’est elle qui s’adresse au public, elle nous permet de sentir la charge émotionnelle qui est la sienne.

Le texte est fait de récits, ponctués chacun par un trépas paternel. Les chansons interprétées avec talent par les comédiennes donnent le ton nostalgique. « Il y a des chansons à la fin du jour… » question ou affirmation?

La pièce est une forme d’hommage à Rogério Rodrigues. Tout en étant intime, elle parle à chacun.e de ce deuil arrivant toujours trop tôt, la perte d’un parent. Sans pathos et avec une infinie sensibilité, les récits de Tiago Rodrigues parviennent à instiller une émotion qui touche et fait impression.

Photo© Michiel Devijver

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