Cinéma sur canapé: comète et chien

Pour pallier à l’ineptie des programmes télévisés, ceux et celles qui ont enfourné Netflix dans leur boîte à grimaces ne me contrediront pas: à l’intérieur de cette sphère du divertissement, on trouve des perles. On attend avec impatience que cette plateforme s’intéresse à sa consommation de gaz à effet de serre et s’engage à utiliser des énergies renouvelables…

Je passe les séries, elles sont conseillées à tire-larigot dans tous les blogs spécialisés et il y en a pour tous les goûts.

Que cela ne nous empêche pas de sortir au cinéma ou au théâtre, rien ne vaut la salle obscure, le rideau de scène et le grand écran. Pourtant un certain nombre de films distribués par la multinationale californienne trentenaire méritent le détour.

« Don’t look up » (Déni cosmique) en est un, pas piqué des hannetons. Sous couvert de divertissement, ce film tend un miroir pénétrant à la société actuelle. Il n’en reste pas moins très américain, tirant sur les ficelles du grand spectacle. Après The Big Short (la crise des subprimes) et Vice (bio de Dick Cheney), Adam McKay emprunte la recette du film catastrophe pour attirer l’attention sur un grand nombre d’absurdes attitudes contemporaines. La dégénérescence de cette civilisation est criante… dans ce film, on ne sauve pas le monde, on essaie juste de le convaincre que sa fin est proche.  Le film est une caricature (vraiment?) qui ne changera pas les esprits sceptiques, mais son propos met le doigt sur quantité de travers actuels: est-on encore capables de faire la distinction entre le futile et l’essentiel? Dans la réalité, les scientifiques ont beau avertir, la méfiance est de mise et, tandis que son attention se contracte sur les déboires d’une célébrité, la population pense à autre chose ou préfère se tourner vers un complotisme qui lui offre des solutions toutes faites autant que capillotractées. Ce qui évite de remettre en question des certitudes individuelles bien ancrées et maintient l’humanité dans sa confortable apathie parsemée de biais cognitifs. Métaphore de l’effondrement planétaire (ou d’un virus), ce film met le doigt sur l’égoïsme et le cynisme des politiques, de la télévision, des industriels milliardaires technophiles, mais aussi de chacun de nous à divers degré, ainsi que sur la funeste nonchalance qui étreint l’humanité.

Lire ICI une critique pertinente sur le site (à découvrir!) Usbek & Rica.

Autre film cinéma de qualité, « Le Pouvoir du Chien » de Jane Campion. Le roman puissant de Thomas Savage, édité en 1967 (!), décrit un Far West hors des stéréotypes habituels. Dans les années 20, les Burbank sont deux riches frères, éleveurs et propriétaires terriens. L’un, Phil, s’occupe de la main d’oeuvre, il est cultivé, adulé par ses cowboys, mais empreint d’une virilité autoritaire et haineuse. L’autre George, clément et pataud, tient la comptabilité. Sauvegardant son indépendance, il épouse Rose, une jeune veuve, mère d’un adolescent fluet et secret que Phil qualifie de « chochotte ». Les deux nouveaux venus deviennent les cibles de ses railleries et de sa perversité. Mais la capacité d’adaptation de ce jeune homme étrange est surprenante… Par des détails descriptifs, l’auteur s’approche pas à pas des quatre personnages pour en tirer le portrait subtil des masculinités diversiformes. Jane Campion, la réalisatrice, offre son talent de nuance et de délicatesse à l’atmosphère psychologique anxiogène de ce western sans coup de feu, mais avec coup de coeur. Le roman est remarquable, lisez-le.

 

 

 

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