Daniel Spoerri (1930) § Eat Art

Daniel Spoerri, 85 ans (Keystone)

Voilà un artiste suisse dont le nom apparait régulièrement dans les expositions, souvent associé à celui de Jean Tinguely d’ailleurs. Mais qui est donc Daniel Spoerri? (site officiel)

Per Olof Ultvedt, Robert Rauschenberg, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely and Niki de Saint Phalle, Stedelijk Museum, Amsterdam, 1962. © Christer Christian | Strömholm Estate.

Né en Roumanie dans une famille de six enfants, Daniel Isaak Feinstein est le fils d’un libraire juif converti au protestantisme et d’une suissesse, Lydia Spoerri. Son père est assassiné en 1941 lors du sanglant Pogrom de Iași lancé par le régime fasciste roumain contre sa population juive ( 13000 à 15000 morts). Cette tragédie fait fortement penser à celle du Rwanda, la population ayant aussi largement pris part au massacre. Lydia réussit à faire émigrer ses enfants en Suisse et à les placer chez différents membres de sa famille. Tous prennent alors le nom de Spoerri.

Daniel Spoerri étudie la danse à l’opéra de Zurich, puis devient premier danseur à celui de Berne. Il se consacre ensuite à la mise en scène de théâtre, tout en écrivant et fonde la revue de poésie concrète « Material ».

Photo Yves Debraine, D.Spoerri dans sa chambre du Chelsea Hôtel de NYC en 1965.

En 1959, il s’installe à Paris et crée les éditions MAT (Multiplication d’Art Transformable) dont le but est de produire des objets d’art originaux d’un prix abordable. Chaque multiple (100 exemplaires) est signé par l’artiste et comporte un « plus » le rendant original. Duchamp, Tinguely, Vasarely, entre autres, y participent.

Daniel Spoerri s’interdit une quelconque créativité, son concept en est l’évacuation. Il colle sur des planches des objets quotidiens et invente ainsi  les « Tableaux-pièges » (dès 1960). L’instant collectif se fige, devient l’empreinte d’un morceau de vie. Par sa verticalité inhabituelle, il se transforme en un inventaire évocateur et devient singulier.

S’ensuivent sa Topographie anecdotée du hasard. À l’entrée de sa chambre d’hôtel se trouve une table peinte en bleu par sa femme Vera. Le 17 octobre 1961 à exactement 15h47, Daniel Spoerri détoure les 80 objets posés dessus. Chaque objet se voit attribué, de manière arbitraire, un numéro puis une brève description ainsi que des fragments de souvenirs. Le livre a vu son volume multiplié par 6, été retraduit depuis 3 langues différentes et augmenté de 7 préfaces et 15 annexes.

Daniel Spoerri rejoint alors le groupe des Nouveaux Réalistes. Il commence à collectionner les reliefs de repas. Ses Tableaux-pièges engagent le regardeur à se questionner sur l’acte de manger, ses principes, sa culture. Lors d’une exposition de 1963, il organise un restaurant éphémère, permettant aux visiteurs de participer à la création et d’obtenir un brevet. L’oeuvre devient donc collective. Ce qui l’amène à ouvrir son propre restaurant à Düsseldorf où ses amis artistes proposent des créations artistiques gustatives. Le Eat Art est né.

S’ensuivent les Détrompe-l’oeil , puis les Pièges à mots, des réalisations visuelles d’expressions toutes faites, avec Robert Filliou et Fluxus.

Daniel Spoerri, « La douche « (détrompe-l’œil), 1961, Huile sur toile, robinetterie fixée sur bois, 70x98x18 cm, MNAM, Paris
Daniel Spoerri, « ça crève les yeux », 1964, (Piège à mots).

A partir de 1967, il s’installe dans l’île grecque de Symi et s’intéresse à l’aspect magique que l’on prête aux objets en assemblant crânes et prothèses, ustensiles et outils, rebuts des Puces et signes religieux pour en faire des idoles dérisoires, imaginées et imaginaires: Les Conserves de magie à la noix, assemblages d’objets ethnosyncrétiques, d’ironiques caricatures des diverses croyances et conventions.

Daniel Spoerri, object N°14 des 20 « Objets de Magie à la Noix », 1967. © VG Bild-Kunst, Bonn 2013. Photo: Holger Schmitt, Leverkusen

Entre 1969 et 1994, Daniel Spoerri participe à l’élaboration du Cyclop de Milly-la-Forêt, réalisé par Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely.

Le Cyclop

En 1983, Daniel Spoerri réalise la performance du Déjeûner sous l’herbe intitulée aussi L’Enterrement du tableau-piège. Ayant invité une centaine d’amis artistes (dont Niki de Saint-Phalle, César, Arman, Pierre Soulages, Erro, le galeriste Daniel Templon, la critique d’art Catherine Millet, l’écrivain Alain Robbe-Grillet), les restes et couverts de leur banquet sont enfouis tels quels dans une tranchée de 40 mètres creusées dans le parc. Une analogie avec celle creusée en 1941 par le père de l’artiste assassiné par les nazis.  En 2010, les premières fouilles archéologiques de l’art contemporain se feront là, réitérées en 2016.

« Chaque tableau que je colle, c’est le reflet d’un nombre incroyable d’actions et de réactions voulues, irréfléchies ou hasardeuses. Ce verre sale, ce vieux réveil, ce clou rouillé, pourquoi sont-ils là ? Ce qui me provoque, ce n’est pas le réalisme de l’objet, c’est sa mise en doute. » Daniel Spoerri

Bibliographie

En 1977, un collectif se forme pour l’inauguration du Centre Pompidou. « Le Crocodrome de Zig et Puce » est une installation monumentale disposée dans le forum du Centre. Structure en mouvement contenant un train fantôme, un gigantesque flipper, le public peut y pénétrer et accéder à la « Boutique aberrante » et au « Musée sentimental », un cabinet de curiosités et de fétiches signés Daniel Spoerri. Les artistes Bernhard Luginbühl, Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely, Daniel Spoerri et leurs assistants, Seppi Imhof, Rico Weber et Paul Wiedmer, y travaillent même pendant la durée de l’exposition. La démolition complète et définitive de l’installation, dans la nuit du 17 au 18 janvier 1978, fera l’objet d’un faire-part de décès.

Le Crocodrome de Zig et Puce

En Toscane, à Seggiano, visitez il giardino di Daniel Spoerri,près d’une centaine d’oeuvres sont disséminées dans le parc dont celles d’Arman, Eva Aeppli, Tinguely, etc. Le jardin est aussi botanique puisque des plantes du lieu y sont documentées.

http://www.danielspoerri.org/englisch/rundgang.htm
Daniel Spoerri, Sans titre, « cabinet anatomique » : le colon assemblage, technique mixte 49 x 38,5 cm, 2003
Daniel Spoerri, « La venus de Quinipili à la boule fétiche balancée sur la tête » , 1995 (Artnet)
La sculpture,au bénéfice du Samu Social, qui sera mise à prix 5000 €, se veut comme un pendant à l’Origine du Monde de Courbet : six phallus en bois, des fétiches africains de la fertilité, sont recouverts dans leur partie haute de confettis de billets incinérés par la Banque de France. Connaissance des Arts.

Voir plus d’oeuvres se Daniel Spoerri sur artnet, cliquer ICI!

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Le Eat Art est un courant artistique officiellement instauré par Daniel Spoerri dans les années soixante. Après leur représentation dans les Natures Mortes et les têtes d’Arcimboldo, les tableaux-pièges inaugurent l’exposition d’aliments véritables et les rituels de repas dans les oeuvres d’art. Au restaurant Spoerri de Düsseldorf, entres autres recettes artistiques, Claude et François-Xavier Lalanne proposent par exemple le Dîner Cannibale. Claude moule le corps entier de François-Xavier et les parties de son corps sont converties en produits comestibles.

 

 

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