Comédie de Genève, du 19 au 28 mai 2026
D’après elle, il semblerait que le monde dans lequel nous vivons ne nous laisserait que deux options: la dépression et le fétichisme. La dépression, tu sais ce que c’est: entre « ça va, je gère » et « ma vie est pourrie ». Le fétichisme, hors contexte sexuel (ou pas), ce sont tous les palliatifs que nous utilisons pour détourner notre attention. Outre d’être un instrument de la domination de classe, la culture en serait l’un de ces. Mais bon, d’un autre côté, se passionner, c’est toujours ça de pris à l’ennemi
Marion Duval pose, en riant, le doigt là où ça fait mal. Sa désinvolture est un leurre. J’en veux pour preuve ce spectacle très écrit et construit avec art, habileté, intelligence et… une masse de culot! Celui-ci est la première partie d’un diptyque, dont la seconde s’intitule « LE SPECTACLE DE MERDE » (voir plus bas).
Devant ce rideau de récup’, Marion Duval entame un soliloque de plus de deux heures où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Elle offre d’ailleurs au public des gages de ses qualités de comédienne en insérant des extraits vidéo de ses précédentes créations ( Las Vanitas, Clap Trap, Cécile, Avant la retraite).
D’abord vêtue d’une tenue style Madame Loyale, une tenue de sport sera plus à même de tenir la longueur.
Dès le début, elle rassemble son public grâce à un judicieux karaoké en forme de SOS, puis nous dévoile, derrière le rideau, son équipe, sa famille, douze artistes, au coeur de cette ceinte scène, en train de banqueter (Est-ce la vraie Cécile? je crois bien!). L’entendant ensuite évoquer ses craintes pour l’avenir de ses enfants, ainsi que le destin tragique de son frère, sa visible fragilité nous submerge d’émotion.
Elle cite, à sa façon délurée, ses sources sociologiques: ce vieux mec blanc de Bourdieu! et ses écrits sur la distinction entre les classes sociales en quelques slides. Oui, nos goûts sont des dégoûts et ils nous sont dictés par notre milieu social. Elle ironise sur un théâtre qui serait chiant, incompréhensible et pas drôle et nous propose plutôt un entraînement à la manif’. La culture est-elle vraiment la dernière frontière contre le fascisme? Elle module certains propos de « Non je rigole » tout en faisant sérieusement signer un contrat pour ses spectacles aux programmateur.ices présent.es dans la salle. Puis elle leur règle leurs compte, les traitant d’opportunistes et plus encore. La « Lidl des supermarchés » (sic) frappe fort, Angelica n’a qu’à bien se tenir! « Je fonctionne avec l’institution et je la nique si je veux! » assure l’effrontée. En conséquence, Trump et Macron, puissants du monde politique, sont sacrifiés sur scène par légitime défense avec l’appui d’une grande partie du public (et le méprisable Cassis suisse y échappe de peu).
Ce méta-spectacle de Marion Duval est une diatribe envers une société discriminante, injuste, en déliquescence, semblant évoluer vers pire encore. Nous somme exhortés à choisir notre camp, à être conséquent. Nous sommes des privilégié.es, des rouages bien huilés sans pouvoir décisionnel ou si peu*. On peut en profiter, mais on ne l’a pas choisie, cette société que l’on dit libérale et qui n’est plus que capitaliste. D’ailleurs, nous n’étions que deux à nous lever en tant que propriétaires de notre logement. Etions-nous les plus âgés, les plus nantis? peut-être. Mais c’est dire à quel point les suisses rechignent à reconnaître et déclarer leurs privilèges
Pour terminer, après une danse de vautours encapuchonnés, la « leader politique de bric et de broc » (sic) nous engage à choisir notre camp et ouvre le rideau sur une scène hétéroclite, bardée d’installations diverses, prêtes à accueillir le public avec des conseils pour retrouver son agentivité.
Re-création de son « SPECTACLE DE MERDE », les 29 et 30 mai 2026, 19h à la Marbrerie (Chemin de la Marbrerie 13 – 1227 Carouge)
Relisant ma chronique, je la trouve bien tiède en regard de l’énergie déployée par l’artiste. Il ne vous reste plus, chèr.x.es lecteur.x.ices, qu’à surveiller l’agenda des spectacles pour aller expérimenter par vous-même l’éloquence et la fougue de cette personne et comédienne époustouflante!
*votez NON à l’initiative de l’UDC le 14 juin! J’en profite pour partager ce rouage-là…

👂🏻🦻🏽 Ecoutez ICI des extraits du spectacle et la chronique de Thierry Sartoretti
