Musée Cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, du 3.04 2026 au 23.08.2026
Otobong Nkanga, un nom croisé dans des publication et maintenant des oeuvres vues grâce à l’exposition du MCBA. L’artiste est nigériane, installée en Belgique. Dans cette exposition, de très belles choses, mais qui peuvent à priori sembler hermétiques. J’en fais une synthèse pour moi aussi creuser un peu son parcours.
Son oeuvre déploie les questions de mémoire, d’écologie et creuse le problème de la circulation des ressources. Utilisant plusieurs médias (dessin, peinture, tapisserie, vidéo, photographie, sculpture, céramique performance, son, poésie), elle examine les territoires et leur exploitation, traversant les relations sociales, matérielles et politiques en lien avec l’extraction minière et l’utilisation des richesses du sol. L’exposition est chronologique. (source: guide de visite MCBA)

Ci-dessus, quatre dessins sur céramique, premier coup de coeur. L’oeuvre est inspirée par une sculpture en forme de trou de serrure d’une artiste autrichienne et prêtresse yoruba, Suzanne Wenger. Vue au Nigeria, la série d’Otobong Nkanga est composée de dix pièces exprimant les tensions sociales et politiques du Nigeria à cette période. Le président Sani Abacha assure en octobre que son pays se placera « dans la tendance globale à la démocratisation ». Corps blancs, corps noirs, qui s’imbriquent, se mêlent ou s’attachent, reliés au sol, comme nourris par le sol?

Lithographies, gouaches, aquarelles, crayons de couleurs, graphite, encre, pastel, la variété des techniques se retrouve dans cette série de dessins faisant partie de la collection Wim van Dongen. Des scènes de vie, de plaisir, qui ressemblent à des notes prises sur le vif.

Les outils et dispositifs présentés dans cette installation sont ceux utilisés pour une performance de 2002, Sustained Saturation, où l’artiste crée un mur cousu reliant espace, corps et matière. L’aiguille monstrueuse a servi une vidéo où elle poursuit Otobong Nkanga qui cherche à lui échapper.

Contained Measures of Land – The Operation, 2008
C’est une racine d’oranger transpercée d’aiguilles géantes. Elle évoque à la fois la blessure, l’acte de marquer et la violence humaine envers les territoires, tout en suggérant de possibles transformations, nous dit le cartel. La piqûre fait un trou, elle est douloureuse. C’est un soin et une menace, une ouverture traumatique qui peut se révéler féconde. Symbolique aussi de pouvoir dans les pratiques rituelles.

Un collage sur panneau peint photographié. Le mélange des techniques, encore, pour composer de nouvelles réalités et saisir la sensation d’un paysage mémorisé. Découper, mettre en scène, coller, insérer une partie de soi dans un geste délicat.

Les évènements marquants de ses jeunes années sont revisités; un homme qui travaille, des cendres, un spectacle au Trocadero, la maison de Yaba , Lagos, le gaz lacrymogène en 1978 à Lagos, la perte figurée par des bulles noires…

Autre installation énigmatique, un bassin et des dessins assez techniques représentant une station d’exercices oe encore de soins corporels. L’architecture joue un rôle important dans la pratique d’Otobong Nkanga. Là encore, l’oeuvre fonctionne comme un carnet de croquis, nous informe le cartel, c’est un aperçu du processus créatif de l’artiste.

Ce qui ressemble à une suite de pensées continues non-exprimées, sous la forme de deux tableauxen acrylique sur papier. Des flaques mentales, des idées qui passent sans que l’on s’arrête sur elles. Focus en diptyque de représentations mentales. Tout s’enchaîne.

In Pursuit of Bling, 2014
Installation de deux tapisseries et de tables modulaires rassemblant des photographies, vidéos et minéraux, une cartographie des lieux d’extraction, de leur circulation et de leur transformation. C’est l’histoire de l’exploitation minière, ses liens avec l’entreprise coloniale et ses ramifications dans le présent. La recherche de l’artiste porte sur une ancienne mine de cuivre à Tsumeb en Namibie. Entre le début de son exploitation en 1875 et sa fermeture en 1996, des métaux ont éeé extrait par millier de tonnes (cuivre, zinc, plomb, cadmium, argent et germanium). Une terre saisie et expropriée pour servir un réseau mondial qui la laisse épuisée et vidée de ses ressources. Le Bling, les métaux brillants, ressource naturelle et entreprise coloniale, devient moyen d’accumuler spéculation et pouvoir. Les deux tapisseries (dos à dos) reproduisent la stucture d’un atome minéral.

Une oeuvre textile en quatre panneaux composée avec dix images circulaires photographiques aimantées. ces images représentent les dommages créés dans les sites miniers abandonnés en Namibie: des conséquences géologiques et humaines. Jambes noires et bras de toutes teintes tirent les fils de la déchéance écologique et interroge sur le futur.
Séries de dessins Pointe-Noire réalisée en 2009 au Congo. Ils évoquent les dégradations environnementales causées par l’industrie minière, sur les terres et sur les corps des travailleurs. L’oubli et la perte sont des thèmes récurrents de l’oeuvre entier de Otobong Nkanga.

L’oeuvre ci-dessus contient du sel, du maquillage, des sables minéraux lourds, du cuivre. Suite des travaux autour du site d’exploitation de Tsumeb, C’est l’espace vidé, la topographie inversée et excavée du lieu qui se nommait « Green Hill »…la colline verte!

Un autel ,pouvant être porté par deux performeur.euses, un rite d’offrande de végétaux, de chants et de poèmes célébrant les vies non humaines (pierres, vent, fourmis, oiseaux, eau, plantes) et l’interconnexion entre humains et monde de la nature.
Unearthed est le titre de cette série de quatre tapisseries monumentales 👆🏾. En Afrique de l’Ouest, la tapisserie est un moyen de communiquer une histoire, comme la tapisserie flamande le fut pour les riches familles. Abyss raconte les fonds des océans, Sunlight le paysage ensoleillé, les eaux proches des rives de Midnight et le littoral de Twilight. L’artiste associe les mondes visibles et invisibles, reliant l’exploitation intensive au changements climatiques. Le récit passe d’une tapisserie à l’autre, traversées chacune par une ligne verticale orange (thermique?). La quatrième montre un paysage de couleurs chaudes, aussi chaudes que le climat augmente en température. mais l’artiste y a ajouté des plantes résistantes, image de ce qui s’adapte au fil du temps.




La salle du 2e étage permet une installation de grande envergure. D’épais tapis, dont les formes sont inspirées des minéraux et des roches (quartz malachite, azurite, pyrargyrite); des sculptures de bois, de verre, de céramiques formant un réseau. Voix et parfums enveloppent le tout. Les murs présentent des poèmes gravés sur des plaques d’argile. Des colonnes calcinées et des récipients de graines séches disent la vulnérabilité des écosystèmes liés à nos régimes alimentaires.

Cette installation de savons mentionne un projet initié par Otobong Nkanga, à la croisée de l’art et du social. Carved to flow, dont les recettes servent à deux initiatives: un espace d’art à Athènes (Akwa Ibon, fondé avec Maya Tounta) et une fondation, une ferme biologique au Nigeria (produits à prix bas et approvisionnement en eau), une économie de soutien plutôt que de cupidité.












