Guidés par le GPS, nous débarquons dans un quartier de cette banlieue lausannoise, zone industrielle où il semble improbable de trouver une galerie. Encore moins ce Locus Solus dont j’avais maintes fois entendu parler sans jamais y mettre les pieds. Oui, je fais partie des personnes revêches aux vernissages (présupposés: bondés et entre-soi), imprégnée que je suis de mon parcours hors circuit artistique et affligée du syndrome bien connu.
Mal m’en a pris, cet espace est une merveille. Entre immeubles et autres chantiers, sertie d’un écrin de verdure sauvage et luxuriant, conviviale et accueillante, pas mondaine du tout, la galerie est en fait un appartement, celui de Catherine Monney. Depuis dix années, à raison de quatre événements par an, elle a mis en lumière nombres d’artistes plasticien.nes suisses. Locus Solus, le bel intitulé dont elle a nommé la galerie, est le titre d’un roman (1914) de Raymond Roussel où le héros, Martial Canterel, fait visiter son domaine, lequel est peuplé des choses et des êtres les plus fantasques. Locus Solus, un lieu unique que je regrette de ne pas avoir découvert avant sa fermeture.
Le principe est immuable: l’artiste exposant choisit un livre et des extraits de l’ouvrage sont lus lors de l’exposition. La lecture est performée en extérieur par tous les temps, sous un abri pittoresque. Non seulement l’artiste offre (à l’intérieur) les créations plastiques de son imaginaire, mais iel partage également une partie de son inspiration littéraire (à l’extérieur). Lues par un.e comédien.ne, les bribes de l’ouvrage choisi ornent la visite d’un parfum particulier. Un concept qui me réjouit. Locus Solus (archives) réalise avec chaque artiste une édition signée et numérotée, tirée à 15 exemplaires. De format A3 horizontal, ce multiple évoque librement l’idée du livre.

Cette visite-là m’a été suggérée par l’artiste Claudia Renna dont l’oeuvre me ravit. C’est à elle que l’on doit la couverture du dernier roman de Julien Burri, « Ce que peut un Coeur« . L’écrivain y évoque une rencontre cruciale menant à une enquête des plus insolites. Dans un style narratif chatoyant, l’intrigue nous prend par le coeur, entre autofiction et réalité, à la découverte d’intériorités physiques et mentales qu’il recouvre d’une peau romanesque et poétique. Voici son introduction à l’occasion de sa lecture du 29 mars 2026 chez Locus Solus.
L’exposition exceptionnelle de ce jour-là était une grande collective réunissant les artistes de la galerie (voir ICI) ainsi que quelques invité.es. Dans le petit appartement-galerie, même les cimaises de la salle de bain étaient utilisées. Les quatre collages et deux dessins de Claudia Renna, extraits d’une plus large série, m’ont emportée, comme d’habitude face à son travail, par la voix que ses créations donnent au vivant et à l’histoire de l’art. Ses créations me parlent mieux que les mots ne pourraient le faire. En résidence à la Villa Mirage de Martigny, elle partage un atelier de collage le mardi 21 avril 2026.

Le travail de photographe de Virginie Otth m’intéresse beaucoup. C’est d’ailleurs elle qui prend les photos des vernissages de Locus Solus. (un tour sur le site?) A l’occasion de cette exposition, elle présente un nouvelle recherche, en peinture cette fois. Elle qui photographie le lac Léman quasiment chaque jour, a concentré 32 images peintes du lac en une seule. Intitulée Dear Sisyphe, cette toile de petit format a été peinte et repeinte dans un processus qui rappelle et prolonge sa série photographique, mais aussi et surtout qui déploie les métamorphoses perpétuelles et inlassables du lac Léman, conservant son aspect insaisissable. Durant trois mois, au fil des jours, 32 vues du lac sont apparues, puis ont disparu, sous la vision renouvelée de l’artiste, recouvrant telle une vague son travail précédent. L’originalité de ce concept, où l’image passée est recouverte par le présent et en attente du futur, m’a séduite autant que son aboutissement: une huile sombre et lumineuse à la fois.

Dans ce lieu plutôt petit, aucun sentiment de surcharge. L’accrochage est raisonné avec justesse. Chaque oeuvre a sa place et les différentes techniques côte à côte ne heurtent pas les regardeur.euses. Un espace est consacré à la bibliothèque, dont une paroi relate de précédentes expositions.



Hélas, quelques artistes manquent parmi le diaporama ci-dessous. Pourtant les images de ces créations donnent un avant-goût de la richesse des oeuvres exposées. Une partie de la scène artistique suisse y est remarquablement représentée.

Locus Solus, une découverte et un coup de coeur dont il semble que ce soit la « dernière séance ». Quel dommage.

































