« Dynasties » Matthieu Barbin/Sara Forever

Théâtre de Vidy, Lausanne, du 26 mars au 1er avril 2026

Mélanger les publics, les genres et les spectacles, voilà un défi assumé par la programmation du théâtre de Vidy. Hier soir, ce fut un spectacle de Drag Queen mené de main de maître par le comédien Matthieu Barbin et son alter ego, la flamboyante Sara Forever! Connu pour sa participation à l’émission de télévision Drag Race, le personnage de Sara Forever, dont j’ignorais tout, se révèle au théâtre dans toute sa superbe, grâce à une thématique sur l’identité et l’héritage, intéressante, drôle et touchante.

Les liens sont au centre de ce cabaret-essai: cabaret musical et costumé couplé à une sorte d’essai sur la filiation. Ces liens que l’on peut ou doit rompre à certains moments et que l’on voudrait renouer à d’autres. A cet effet, Matthieu Barbin, nourri de culture télévisuelle, aborde le vécu des stars et de leur filiation. Par extension, il rend hommage à sa mère et lui offre son quart d’heure de célébrité. Lui-même comédien, metteur en scène, chorégraphe et auteur, Matthieu Barbin, issu d’une famille modeste, évoque les héritages matériels et mentaux que l’on transporte et ce qu’on en fait. Une complexité d’exister dans un monde inconnu de ses ascendants qui se révèle souvent complexe. « Un arrachement pour me rapprocher de moi-même ». Sans compter le sentiment d’illégitimité afférent. Qui a oeuvré à construire l’être que l’on devient? Nos mères? Nos modèles?

Le drag offre précisément cela : s’accorder des autorisations différentes de celles de la vie
ordinaire. »
Matthieu Barbin

Ecrans et éclairages s’articulent pour créer le décor. L’humour et le dynamisme de Sara fusent et galvanisent le public. Constituée de plusieurs tableaux, la pièce évoque nombre de célébrités dont le duo le plus touchant est celui de Judy Garland avec sa fille Liza Minelli. Par un savant collage d’image, Sara prend la place de Liza dans la vidéo projetée. Puis Sara joue la scène d’anthologie du film de Bob Fosse, Cabaret, celle de la chaise et du chapeau melon. Romy Schneider en Sissi devient prétexte à valser en robe à crinoline, Miley Cyrus se promène dans les rangs et Prince attrape sa guitare de feu pour un solo supersonique. Les changements de tenues sont à vue et pourtant discrets. Les scènes de vie avec Marylise, mère de l’artiste, alternent entre sketch dansé et adresses au public. « Plus je m’éloignais d’elle, plus elle vieillissait, je suis donc rentré dans la télévision » déclare le personnage de Sara Forever pour son créateur, Matthieu Barbin.

Le final nous montre le comédien ayant revêtu le tissu de velours bleu roi orné des bijoux doré de sa mère. C’est comme un semblant de réponse à la question initiale: les dynasties réelles ou fictionnelles se mêlent pour construire les êtres, à eux ensuite d’oeuvrer à une quelconque déconstruction.

Une pensée pour Annie Ernaux, qui a écrit à propos de son père : « Peut-être sa plus grande fierté, ou même, la justification de son existence : que j’appartienne au monde qui l’avait dédaigné. »

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