Bourse de Commerce, Pinault Collection, Paris, du 5 mars au 25 août 2025
L’exposition présente une sélection d’oeuvres provenant d’une quarantaine d’artistes ayant exploré la question du corps.
L’artiste ghanéen Gideon Appah (1987) ouvre la visite avec deux peintures monumentales, des baigneur.euses, sujet classique de la peinture occidentale. Cézanne, Picasso, Gauguin, Courbet et d’autres se sont emparés de ce thème figurant une forme de liberté, mais aussi permettant aux hommes de goûter à la nudité des femmes, objets de désir ou plutôt de concupiscence! Appah, lui, montre des corps délivrés de toute connotation raciale, bleutés et au repos, dans des compositions contrastées et empreintes d’onirisme, les genrant sans les sexualiser.

Dans l’escalier, pour en démontrer son « esprit », une oeuvre de l’inestimable William Kentridge. Il y représente la procession des ouvriers de l’ancienne halle au blé que fut le bâtiment de la Bourse, gravissant ces marches chargés de lourds sacs de grains. La procession est un thème récurrent de l’artiste. Les silhouettes noires en papier déchirés évoiquent autant les bas-reliefs anciens que les longues marches des opprimés. Son film d’animation de 1999, Stéréoscope, est diffusé au bas des marches, un dispositif qui lui permet de traduire en dessins les réalités des conflits de la société sud-africaine.




Les 24 vitrines du passage entourant la rotonde offrent toujours de belles découvertes. Cette fois, c’est 24 fantômes par seconde. L’artiste Ali Cherri nous entraîne dans une ronde hybride où les créations sont faites de trouvailles archéologiques « greffées » les unes aux autres. Provenant de différentes cultures et époques, elles semblent témoigner de violences communes. Certaines phrases du film « Le Sang d’un poète » de Jean Cocteau accompagnent les assemblages de sculptures.
Au rez-de chaussée, le centre de la rotonde présente « LOVE IS THE MESSAGE, THE MESSAGE IS DEATH », 2016, film d’Arthur Jafa. Il y retrace l’histoire africaine-américaine du 20e siècle avec un collage d’images aussi bien passées que récentes, filmant des personnes (connues ou anonymes) dans des situations politiques ou sociales. Fugitives, à la manière d’un scrolling rapide sur réseaux sociaux, les séquences s’inscrivent comme une vision collective vivante et universelle.
Au premier étage, une exposition monographique de la photographe africaine-américaine Deana Lawson qui dépeint ses proches dans leur propre intérieur, place les visiteur.euses face aux regards directs des modèles, comme le dit la présentation, « entre affirmation et exhibition ». Documentaires ou biographiques, ces portraits racontent la diversité de leurs identités .




Les sculptures hyperréalistes de Duane Hanson (1925-1996) mêlent l’art au vivant. Son autoportrait méditatif, Seated Artist (1971) et le House painter I (1984-88), présentés dans la même salle, manifestent d’une interrogation similaire: « what am I doing there? ».




La galerie 7 présente une diversité d’artistes et modèles noir.e.s en photographie, dessins, peintures. Les émancipations explosent, les corps féminins et les corps noirs transformant les corps exposés et regardés en sujets indépendants et personnalisés. Avec l’oeuvre Beauty examined, Kerry James Marshall réexamine l’histoire vraie de celle que l’on a renommée « la Vénus Hottentote« , Sawtche, Saartjie Baartman, dont le corps vivant et mort fut exposé et disséqué à des fins sexuelles et racistes…

Les séries de Kudzanai-Violet Hwami, remarquables, montrent en quatre séquences la pluralité des identités, utilisant peinture et photographies, abstraction et réalisme. S’une palette joyeuse et joueuse, elle invite le regard à embrasser une variété d’éléments…







Pour terminer quelques oeuvres inscrites sous le thème du rituel, de la mort. La lumière jaillissant des corps (ou des esprits) peints de Miriam Cahn…




Les couleurs envahissant l’espace onirique de Michael Armitage, transformant une décharge de Nairobi en paradis lorsqu’il peint sur une toile de lubugo, utilisée traditionnellement pour les rites funéraires…




Marlene Dumas peint enfin des fleurs pour sa mère décédée, fleurs voguant sur une eau symbolique vers un inconnu hypothétique…

Peter Doig a longtemps vécu à Trinidad. Il peint ici des marins musiciens en référence à une chanson, « Dat soca boat« , dans laquelle on s’engage à ne pas laisser couler le bateau de la soca, musique caribéenne. Une impression de nostalgie se dégage de cette huile sur lin…

La série monumentale de Georg Baselitz intitulée Avignon clôt l’exposition. Huit tableaux du corps vieillissant de l’artiste peint, comme à son habitude, à l’envers, dans une ambiance sombre, cadavériques planètes flottant dans les ténèbres.












































Riche et ‘accessible’ pour des visiteurs peu familier avec l’art du XXe / XX1e siecle
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Oui, tu as raison de le dire. Je n’ai fait aucune appréciation dans ma chronique. C’est ma troisième visite à la Bourse et ce n’est pas celle-ci qui m’a le plus plu, malgré quelques belles découvertes.
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