« Quichotte » Gwenaël Morin

Du 11 au 14 mars 2025 au théâtre de Vidy, Lausanne

QUICHOTTE
Texte Miguel de Cervantes
Adaptation, mise en scène et scénographie Gwenael Morin
Lumière Philippe Gladieux. Assistanat à la mise en scène Leo Martin
Travail vocal Myriam Djemour
Avec Jeanne Balibar, Thierry Dupont, Marie-Noelle, Leo Martin

Evidemment, le jardin de la rue de Mons à Avignon où a été créée la pièce, a dû donner une dimension onirique supplémentaire à la pièce. Et pourtant, la scène de la salle Apothéloz du théâtre de Vidy, investie par ces quatre acteurices habité.e.s, possédé.e.s par leur texte, a transporté un public réjoui au coeur des chimères du Chevalier à la Triste Figure.

Dans cette scénographie simplissime, à l’aide de quelques accessoires en carton et de banales chaises de jardin, notre imagination est contaminée par le texte et s’envole en compagnie des mirages de Quichotte/Balibar. La fantastique comédienne se jette à corps perdu dans les fantasmes de son personnage. Dans sa chemise de nuit fleurie de rêves de liberté, elle galope fièrement vers son idéal, sa lance comme affirmation. « Je sais qui je suis et je sais qui je peux être! » cite-t-elle à un moment et c’est exactement ce que l’on voit sur scène: Quichotte et Jeanne ne font qu’un.e., la fiction et le réel s’infusent .

QUICHOTTE Festival d’Avignon © Christophe Raynaud de Lage

Marie-Noëlle, royale, est une éloquente Rossinante qui exprime sa passion des livres avec la verve d’une animatrice de média, ce qui crée une dichotomie hilarante avec les envolées du chevalier errant. Ses interventions pondérées ponctuent le discours échevelé de Quichotte, mais aussi prennent la distance de l’humour et s’octroient des adresses au public, rappelant un peu le ton d’un Edouard Baer.

Cet Hidalgo idéaliste qui part en guerre contre les injustices peut sembler pathétique, il avance pourtant activement dans le récit, son idéologie brandie au bout de sa lance. L’esprit chevaleresque dont il s’est nourri par ses lectures en fait un parangon de résistance au système. On peut le trouver comique, il est pourtant le sujet d’abominables cruautés dont il se relève toujours avec le courage que lui donnent ses convictions. Son armure de carton comme effet placebo et Sancho Panza comme gardien bienveillant, l’ingénieux Hidalgo aux obsessions héroïques est entré dans un imaginaire universel proche des mythes antiques.

Ce spectacle de Gwenaël Morin, qui semble scénographié par les aritistes de l’Arte Povera, est une très belle variation sur les idéaux, sur l’effort et l’action. Un théâtre de simplicité matérielle et de richesse d’interprétations théâtrales et philosophiques.

Les moulins à vent mauvais actuels ne sont plus des fantasmes. Ce sont aujourd’hui de véritables géants contre lesquels l’ingénieux Idalgo n’y suffirait pas. Pourtant ses valeurs, comme la loyauté, le courage et l’amour de la justice parlent au présent :« Tuer chez les géants l’orgueil, l’avarice et l’envie ; par la générosité et la grandeur d’âme tuer la colère, par le sang-froid et la quiétude d’esprit, (…) ».

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