Niki de Saint Phalle / Jean Tinguely / Pontus Hulten

Grand Palais – 20 juin 2025 au 4 janvier 2026…

La rencontre de ces trois personnes, le suisse Jean Tinguely, (1925-1991), la franco-américaine Niki de Saint Phalle (1930-2002), le suédois conservateur de musée Pontus Hulten (1924-2006):

1954: Pontus Hulten rencontre Jean Tinguely à Paris –1956: Tinguely rencontre Niki de saint Phalle –1960: début de la liaison amoureuse de Jean et Niki, Jean présente Niki à Pontus –1961: exposition « Le mouvement dans l’art », Stockholm, conçue par Pontus Hulten, Willem Sandberg, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Billy Klüver – 1966: Hon (Elle-une cathédrale), Stockholm, Niki, Jean et Per Olof Ultvedt – 1969-1994: Le Cyclop, Milly-la-Forêt, Jean, Niki et Bernhard Luginbühl et d’autres 1977: Le Crocodrome de Zig & Puce, Centre Pompidou, Paris, Pontus invite Jean, Niki et Bernhard –1988-1989: Expo Tinguely, centre Pompidou, Paris, monographie tinguely par Pomntus Hulten 1980: expo Niki de Saint Phalle. Centre Pompidou, Paris 1991: décès de Jean, obsèques à Fribourg, Niki aidée de Pontus organisent la suite 2002: décès de Niki de Saint Phalle en Californie. 2006: décès de Pontus Hulten

Pontus Hulten, Les pièces dormeuses, 1956

Films expérimentaux et peintures abstraites, Pontus Hulten s’essaie à des pratiques artistiques (qu’il abandonnera pour se consacrer aux artistes) tout en étudiant l’histoire de l’art et l’ethnographie. En 1955, il invite Tinguely à exposer dans une galerie de Stockholm et rédige le premier article de fond sur son travail. Il y souligne son inscription dans une histoire du mouvement dans l’art du XXe siècle aux côté de Tatline, Duchamp, Calder. Pontus Hulten fut le premier à exposer Jasper Johns, Pollock en Suède et la chèvre de Rauschenberg ainsi qu’un concert de John Cage. Un homme à l’esprit grand ouvert!

Les lettres dessins de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle des oeuvres en elles-même, retraçant la complicité et l’aisance entre les artistes et Pontus Hulten. Un mode d’expression graphique qui prendra de plus en plus d’importance autant chez l’une que chez l’autre.

En mars 1960, Tinguely organise son « Homage à New York« , oeuvre qui s’autodétruit où l’artiste pousse au plus loin son concept de machine inutile. C’est une vaste construction animée faite de ferraille, déchets, moteurs aussi bruyante que dérangeante, qui explose devant le MoMA.

Rare fragment d’Homage à New York, 1960

Cette oeuvre de Niki m’a bien fait rire. Martyr nécessaire/Saint Sébastien/Portrait de mon amour/Portrait of Myself est une oeuvre participative qui invite les spectateurs à viser la cible-tête avec des fléchettes. Un défouloir. Une des deux oeuvres de Niki exposée à l’exposition sur le mouvement de 1961. C’est l’époque de ses tirs (pour faire saigner la peinture) à la carabine sur des structures de plâtre dans lesquelles elle inclut des poches de peinture colorées.

En 1966, Niki et Jean ainsi que Per Olof Ultvedt sont invités par Pontus Ulten à investir son musée de Stockholm. En deux mois l’idée (de Pontus) est réalisée: une gigantesque Nana, Hon (elle) telle une « ready maid », à l’intérieur de laquelle le public entre par le vagin. « Il n’y avait rien de pornographique dans la Hon même si l’on y entrait par son sexe. Pontus savait qu’avec cette vaste dame il s’embarquait pour une aventure périlleuse. Aussi décida-t-il de garder secret tout le projet. Autrement les autorités auraient pu mal interpréter les rumeurs et interdire l’exposition avant son ouverture. »

« (…) Je fis le petit modèle original qui donna naissance à la Déesse. Jean, qui était capable de mesurer à l’œil, réussit à agrandir le modèle en une carcasse de fer qui était l’exacte réplique de l’original. Une fois que le châssis fut soudé, une immense surface de grillage fut soudée pour former le corps de la Déesse. Sur les petits réchauds électriques, je faisais cuire dans d’énormes marmites des masses de colle de peau de lapin puante. Des mètres de tissu furent mélangés à la colle, puis disposés sur le squelette en métal. Plusieurs couches furent nécessaires pour cacher le support(…). Quand les toiles furent séchées et bien collées, nous avons peint en blanc le corps de la déesse. Puis je la décorai en apportant quelques modifications au modèle original. Plus tard, avec l’aide de Rico, je peignis la sculpture. Pontus travaillait nuit et jour, jouant de la scie et du marteau participant à notre travail de toutes la façons qu’il pouvait. Pendant ce temps, Jean et Ultvedt s’occupaient à remplir l’intérieur du corps de toutes sortes d’attractions. Nous avions six semaines pour produire notre énorme géante. nous avons dû travailler 16 heures par jour» Lettre à Clarice Rivers

A l’intérieur, des attractions: planétarium et milk bar dans chacun des seins, film court-métrage, exposition de faux, haut-parleur chuchotant, toboggan, mobile.

Hon est détruite au terme de l’exposition. Elle offre la notoriété à Niki de Saint Phalle.

Dès 1969, le projet du Cyclop est amorcé dans l’Essonne, à Milly-la-Forêt. Une tête de monstre monumentale dont Tinguely orchestre la construction. Il invite ses amis artistes, une quinzaine, à proposer des créations au sein de cette sculpture. Elles seront exposées parmi les trois niveaux de l’édifice. A partir de 1887, Niki et ses collaborateurs recouvrent la tête, initialement colorée, de miroirs. Pendant quatre ans! Reflétant la forêt environnante, la tête du Cyclop fait partie intégrante de son milieu.

En 1977, Pontus Hulten invite la bande à Tinguely et Saint Phalle à réaliser une oeuvre collective pour le Forum du Centre Pompidou qui ouvre cette année-là. Ce sera un monstre d’une trentaine de mètres de longueur: la mâchoire est conçue par Niki, les intestin par Bernhard (train fantôme), et le dos par Jean: Le Crocodrome: l’art par le jeu et le divertissement! (Lien vers l’article du Centre Pompidou). Daniel Spoerri y contribue avec le Musée sentimental et la Boutique aberrante.

Jean tinguely, Maquette du Crocodrome

1988-89 voit s’ouvrir l’exposition rétrospective de Jean Tinguely. Pontus Hulten l’avait élaborée pour le Palazzo Grassi de Venise l’année précédente, il la récupère pour le Centre pompidou duquel il est conseiller de la présidence.

Tinguely y présente ses méta-machines et autre Rotozaza. La transfiguration des déchets est son grand oeuvre qu’il transcende en y ajoutant le son et le mouvement. Ce qui ne pourrait exister sans le dessin préalable de l’artiste dont Niki a dit qu’il pouvait d’un coup d’oeil agrandir son croquis à l’échelle. Sa liberté artistique n’a d’égale que son esprit pour une provocation évolutive. Son public préféré est celui des enfants, spontané et sans préjugé. Rotozaza I est une machine dévorante qui se nourrit des ballons qu’elle recrache, elle est imprégnée de l’esprit contestataire de Tinguely, telle une métaphore critique du capitalisme. Dans Autoportrait, (1988) il fait tourner une énorme poulie au masque qu’il a porté au carnaval de Bâle, lui infligeant des secousses. il était initialement intitulé Le Philosophe.

Tinguely, Rotozaza, 1967

Rétrospective Niki de Saint Phalle, 1980. Elle sélectionne des oeuvres de toutes ses séries à travers ses tableaux-tirs, assemblages, sculptures, monumentalité, dessins, maquettes, films, photographies. Sa vie et ses sentiments sont sans cesse recréés par son art. Entre rêve et cauchemar, douceur et rudesse, raison et folie, la femme en elle nous parle, nous chuchote ou nous crie d’être d’être fières de nous-même et de nous libérer des conventions sociales.

L’aveugle dans la prairie (1974) réunit une vache multicolore et un homme terne et gris lisant un journal. Ne voit-il pas ce fantastique animal? Il préfère lire son journal et reste donc aveugle au magnifique présent qui s’offre à lui.

King Kong, 1963. Rapatrié par Pontus Hulten au Moderna Museet, Stockholm

Jean Tinguely est décédé le 30 août 1991. Une vidéo retrace la cérémonie et le cortège funéraire que Tinguely avait lui-même pré-organisé: fanfare de Fribourg, clique du carnaval de Bâle et Klamauk, sculpture pétaradante, fumante et mobile. Niki de Saint Phalle lui rend hommage dans sa séries Tableaux éclatés.

Jean II (Méta- Tinguely), 1992 https://photos.app.goo.gl/gYXKKTEKU8dsL1Ho7
Extrait de film

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