Ana Mendieta (1948-1985) « Aux Commencements »

Musée des Beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, jusqu’au 27 octobre 2024

Intitulée « Aux commencements », l’exposition propose quelques-unes de ses peintures des 70’s…

… et surtout les photographies des oeuvres expérimentales produites avec son corps. Au début, avec Untitled (Glass on Body Imprints), Ana Mendieta  plaque son corps contre le verre lui imprimant distorsions et difformités.

Première silhouette « Silueta » à l’intérieur d’une ancienne tombe

Arrachée à sa famille et à sa terre cubaine à l’âge de douze ans, son père prisonnier politique du régime de Castro, ce traumatisme, ainsi que les violences faites aux femmes seront au coeur de son questionnement.

C’est lors de son voyage au Mexique en 1973 qu’elle réalise la première de ses Siluetas. Le principe est un rituel: se fondre avec la terre, tout en y laissant son empreinte dans un symbolisme entre mort, fertilité et éternité. Ayant été séparée de sa famille durant 5 année, la question du retour à la terre natale, à la mère, sont au centre de son travail.

J’instaure un dialogue entre le paysage et le corps féminin. (…) Par essence, mes oeuvres sont la réactivation de croyances primitives qui habitent la psyché humaine. Ana Mendieta

Mélangeant la sculpture, la performance et la photographie ou le film, elle crée des centaines d’oeuvres en pleine nature, expérimentant avec des matériaux naturels,  tout en prenant soin des lieux, consciente de la relation entre esprit et terre, âme et univers.

Les films qu’elle produit (extraits ICI) à partir des installations qu’elle met en place avec son corps sont particulièrement émouvants. Elle est d’ailleurs une des premières artistes à utiliser la vidéo dans son travail artistique. Par exemple, recouverte de pierres, sa respiration donne vie au minéral. Bougies et feux d’artifice symbolisent le passage du temps et la transformation.

Image d’une vidéo

Ana Mendieta a été reliée au mouvement dit de l’éco-féminisme. Elle met le corps féminin et sa puissance au centre des éléments, utilisant l’eau, la terre, le feu et l’air. En une quinzaine d’années de créations, son approche fusionnelle de la nature, son engagement politique et sa mort tragique l’ont érigée en icône du féminisme et de l’écologie. Il faut cependant rappeler que certaines disciplines artistiques n’étaient pas encore nommées à cette époque (lire ICI) de la seconde vague féministe.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Le 8 septembre 1985, Ana Mendieta tombe du 34e étage d’un gratte-ciel de New York à Greenwich Village, dans des circonstances encore douteuses. Elle y vivait avec l’artiste Carl Andre, épousé huit mois plus tôt. Inculpé de meurtre, le procès dure trois ans. Soutenu par le milieu de l’art new yorkais, il sera acquitté pour manque de preuves.

Ana Mendieta n’est pas la mascotte du féminisme bourgeois ni moins de l’éco-féminisme ni une figure anticoloniale. Ses travaux peuvent êtres envisagés sous ces prismes, mais ils ne seront jamais plus que des réponses aux questions qu’elle s’est posées sur qui elle était, le monde qui l’entourait, celui auquel elle pensait appartenir (…) Article sur le site le Mot/Lame
 Cliquez pour lire sa biographie:

Cette exposition consensuelle, même si elle en vaut la peine, n’est pas une rétrospective. Elle ne montre qu’une partie des facettes de l’artiste, celles liées à la nature.

En 2018, lors de l’exposition du musée du Jeu de Paume (basée sur ses vidéos), sa démarche complète montrait une femme et une artiste provocante et audacieuse. Une exposition à la Tate Modern, la même année, montrait aussi un certain nombre de ses films super 8, dont certains confrontaient les regardeurs et regardeuses à la violence, qu’elle soit rituelle ou sociale.

2 réflexions sur “Ana Mendieta (1948-1985) « Aux Commencements »

Répondre à lorenztradfin Annuler la réponse.