Billet d’humeur § La sécance du spectateur…

… privé de séquences théâtrales.

Je suis l’hôte d’un virus. Pour mon plus grand bonheur, un agent infectieux m’a investi et se perpétue en moi. Je ne souhaite qu’une chose: contaminer le plus de personnes possible. Pour partager avec eux la santé primordiale d’un esprit illuminé par le bouillonnement d’un art généreux et vivant.

Les symptômes ne datent pas d’hier: fièvre lecturophage, forme extracellulaire d’inclination aux récits humains et forme intracellulaire d’agents pathogènes conceptuels, palpitations cardiaques face au rideau rouge… des signes fonctionnels qui, sans m’alarmer, étaient déjà récurrents. Cependant, à cette période, l’exposition aux rayons dramaturgiques était atténuée par un labeur professionnel diurne intense et ces S.O.S s’évanouissaient, résorbés par d’apaisantes attaques de paupières.
C’est depuis l’arrêt de mes activités professionnelle, fait associé au changement de cap de la programmation de mon lieu habituel d’immersion (le théâtre de Vidy), que la virulence de ma contamination par le théâtre m’est apparue.

Face à la spectatrice enthousiaste que je suis, ni les grands classiques, ni les pièces divertissantes ne m’avaient atteint avec l’intensité des plateaux du XXIe siècle. Sensible à la présence charnelle et vivante des comédien.ne.s, oui je l’étais. Réceptive à l’esthétique et à l’ampleur d’un texte, incontestablement je m’en imprégnais. Mais je n’imaginais pas la richesse formidable du choc qu’a constitué la nouvelle nature contemporaine que ma salle de spectacle préférée m’avait concocté.

Indéniablement, j’avais trouvé mon lieu (de) culte: le théâtre.

Le cinéma aspire le public, le théâtre l’inspire. Le cinéma est une construction, le théâtre est une coopération. Le cinéma montre, le théâtre démontre. J’aime le cinéma, je vénère le théâtre.

Regards acérés sur la société, déconstruction des préjugés, incarnations de problématiques humaines, mises en scène magistrales, transmission d’oeuvres remarquables, apaisement par l’humour, voyages par intérim, harmonie des corps devenus signifiants, rêves transposés par la dynamique de l’art vivant, audace qui bouscule et magie qui captive, tout cela en LIVE!, voilà ce qui, brutalement, nous a été enlevé lors de la fermeture des lieux de spectacle.

Cette sécance qu’ont subi les spectateurs de théâtre, coupés de la culture vivante, amputés d’une branche maîtresse de leur tronc évolutif, est incompréhensible. Le rassemblement culturel qu’il implique en est un aspect important à l’instar du regroupement cultuel. L’incohérence de l’autorisation d’ouverture des lieux de culte religieux, alors que les assemblées laïques sont interdites, en accentue l’injustice.

Entre deux confinements, j’ai assisté à plusieurs pièces, observant les règles sanitaires strictes aménagées pour les représentations. Aucun problème pour l’assistance. Les professionnel.le.s du théâtre ont ainsi pu travailler, certes avec une salle à jauge limitée et une rémunération peut-être diminuée, mais avec la satisfaction d’exister, de s’exprimer, de partager encore.

Nous, personnes humaines, avons besoin de nourriture. Nous avons faim de culture, de partages, d’expériences. Le développement de notre réflexion passe par ce biais-là. En cette période effarante, comment éviter les débordements qui en découlent si ce qui a trait à la culture, et donc à l’ouverture d’esprit, est tronqué?

Alors, tant qu’à choper un virus, laissez-vous charmer par celui-là…

 

4 réflexions sur “Billet d’humeur § La sécance du spectateur…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s