Mon Avignon off et in 2018 § BDO

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Thomas Jolly dans THYESTE. Photo: Christophe Raynaud de Lage / Hans Lucas

La Cour d’honneur du Palais des papes semble modeste lorsqu’on la découvre, hormis cette tête figée dans un cri et cette main crispée, métalliques et monumentales. Ce qu’Atrée a laissé des fils de Thyeste pour qu’il les reconnaisse. C’est dans la pénombre, le plus souvent, que nous sera contée l’histoire sombre de cette haine d’un homme pour son frère. Elle prendra tout son relief dans la semi-obscurité, relevée par autant de subtils que de  flamboyants éclairages. L’antique et le contemporain s’entremêlent, les vers et le slam, la toge de la Furie et le costume de fée d’une fillette, les couronnes fluorescentes et les esprits qui m’ont évoqués les sans-visages de Miyazaki. Magnifique vue d’ensemble depuis mes hauteurs. Regrets pourtant de manquer les expressions du visage de ces fantastiques comédiens… Voici le lien pour voir la pièce sur Culturebox : THYESTE , ainsi que le lien vers ma réflexion sur la représentation de la violence au théâtre

Pas pleurer, d’après Lydie Salvaire, de Denis Laujol

Monologue de la comédienne Marie-Aurore d’Awans accompagnée de la musicienne Malena Sardi. La vie quotidienne d’une jeune fille d’une quinzaine d’années durant la guerre civile espagnole en 1936. Une interprétation puissante à la mesure de cette comédienne.

L’Herbe de l’oubli de Jean-Michel d’Hoop, Compagnie Point Zéro.

L’actualité de Tchernobyl est terrifiante. Qu’est devenu le site? Et qui s’en soucie d’ailleurs? l’herbe de l’oubli, c’est l’absinthe (traduction de Tchernobyl). Les témoignages des habitants proches du site sont à la base de cette pièce documentaire, animées, poétisée, par l’intervention de marionnettes grandeur nature qui nous interrogent de leur regard insistant: voilà ce qui nous est arrivé. A qui le tour? Tristement réel, poétiquement transmis et d’une grande délicatesse.

J’abandonne une partie de moi que j’adapte, Group Nabla, mise en scène Justine Lequette.

Une première partie à la Godard années soixante qui m’a réjouie. La seconde partie contemporaine est tout aussi enjouée. Quel sens donner à notre vie? Est-ce différent aujourd’hui qu’avant? Une pièce sur le bonheur qui m’en a donné beaucoup! Composition théâtrale de toute beauté et prouesse de comédiens hors-pairs.

Hilda, d’après Marie Ndiaye, mise en scène Jean Doucet

Une pièce sur le pouvoir et la domination par le biais d’une bourgeoise bobo et de son emprise sur sa femme de maison. Hélas, ni le propos, ni l’interprétation ne m’ont subjugué.

 

La mort d’Agrippine, de Hercule savinien de Cyrano de Bergerac, mise en scène Daniel Mesguich

Je mens, tu mens, il et elle ment, tous mentent effrontément. Ne croyez personne de cette terrible bande de psychopathes! Mais quels mélodieux alexandrins! Ils se marient à merveille avec les différents tableaux baroques qui nous sont présentés. Les costumes à la « Games of thrones » sont tout de même quelque peu racoleurs…

OhOh, Compagnie Baccalà

Un joli début en descente d’échelle de corde qui, pourtant, n’ouvre sur aucune surprise et fort peu d’émerveillement. Dommage, les personnages étaient sympathiques.

Lodka, cie Theatre Semianyki

Ce « petit bateau » russe est la métaphore d’un théâtre et de ses intervenants: producteur véreux, scénariste débordée, comédienne fétiche, etc. Rigolo un moment, mais rien de surprenant et le soufflé ne tarde pas à se dégonfler. Comédien.ne.s de talent dans ce genre qui n’est pas ma tasse…

Les Monstrueuses, Compagnie de L’Oeil Brun

Leila Anis interprète avec justesse et émotion Ella, hantée sans le savoir par les secrets des femmes de son ascendance. L’essence de nos origines vit quelque part en nous. Pour le meilleur ou pour le pire? Ella se doit d’en découvrir la source pour elle-même et l’enfant qu’elle porte. Au travers de celles qui portent la vie, c’est la transmission d’une mémoire qui est essentielle.

Love and Money, de Dennis Kelly, Compagnie Théâtre du Centaure

Un couple dans la tourmente existentielle de notre époque matérialiste. En sept tableaux chronologiquement mélangés, on réalise la puissance implacable que dilate l’argent possédé ou manquant. Quelques scènes plus fortes que d’autres.

Convulsions , Ensemble Atopique II, mise en scène:Frédérique Fisbach. Photo:©Christophe Raynaud de Lage

Très bizarre, ma réaction. J’ai détesté ce spectacle sur le moment, je l’ai trouvé d’une violence inouïe, la didascalie du début m’a horripilé. Et comme souvent, je réalise maintenant son impact, la qualité du jeu et le bien-fondé d’une telle mise en scène. Je suppose que le malaise que m’a procuré cette pièce provient de sa grande cohérence avec son sujet ainsi que de la proximité avec le public. On y parle de violence extrême. C’est l’histoire de Thyeste transposée à notre époque. Inconcevable par l’horreur de ses agissements, elle est pourtant, à l’aune des tragédies humaines, une possible métaphore d’une atroce réalité. Pardon aux formidables comédiens de ne pas avoir été capable d’applaudir. Le lien vers mon article sur la violence au théâtre.

T’es toi, Eva Rami

Extraordinaire seule-en-scène qui raconte le parcours de cette comédienne formidable. La galerie de personnages qu’elle égrène est un régal aussi drôle qu’émouvant. On ne voit pas le temps passer et on en redemande!

Le dernier jour d’un condamné, d’après Victor Hugo, William Mesguich

Un texte fondateur à lire et à déguster. Pourtant, l’interprétation du comédien ne m’a pas émotionnellement emportée malgré une scénographie intéressante.

Noce, d’après J-L Lagarde, mise en scène Pierre Notte. Compagnie de la porte au trèfle

Là, j’ai eu un petit coup de barre… Ce qui ne m’a empêché de reconnaître un petit bijou de mise en scène porté par des comédiens de haut niveau. L’analogie d’une noce, d’où les protagonistes sont refoulés, avec une vie nantie et confortable. A revoir donc. La mise en scène est absolument jouissive!

Un homme qui fume c’est plus sain, mise en scène Leslie Bernard, Bajour (Rennes)

Fa-bu-leux! Sept frères et soeurs se retrouve pour les obsèques de leur père et c’est leur enfance et leur adolescence qui affleure. Chaque personnage est touchant, singulier. Les souvenirs réveillent les identités, les joies et les peines…et des secrets se révèlent. Formidablement interprété, ce drame familial offre une palette d’émotions des plus variée. Conçue par improvisations de la troupe, c’est une superbe réussite!

 

Hedda de Sigrid Carré-Lecoindre, Cie Alexandre

Un thème brûlant traité dans une esthétique froide. Impossible pour ma part de participer avec empathie aux affres de cette femme battue. Un jeu d’actrice à côté de la plaque, autant de par le  langage que par le corps et ses postures. Et un texte surchargé.

Cendres, d’Yngvild Aspeli, Cie Plexus Polaire

Un écrivain fasciné par la descente aux enfers d’un pyromane. Prétexte à de nombreuses intrusions dans le monde onirique, ce spectacle empreint de poésie est doté d’une très belle scénographie. Les projections sur le rideau de gaze, les scènes où marionnettes et comédiens se mêlent, les incendies participent à faire apprécier un spectacle qui, par ailleurs, laisse planer un certain mystère.

Point d’interrogation, d’Irina Brook

Oups, quitté ce spectacle avant la fin. Un choix tardif de fin de journée et voilà. Vite fait de se laisser entraîner par un visuel vers une séance inverse à notre désir. Beaucoup trop de clichés pour moi. Mais la salle semblait plutôt conquise.

Yokai , remède au désespoir du Collectif Krumple

Un très bon moment avec cette compagnie qui emporte dans un univers décalé et poétique pour le meilleur et le pire des aléas de la vie. Un travail excellent sur l’expressivité du corps et de belles trouvailles scénographiques.

Romances Inciertos, un autre Orlando François Chaignaud, Nino Laisné

Quatre musiciens (bandonéon, théorbe/guitare baroque, violes de gambe, percussions) pour un concert de musiques anciennes espagnoles, des costumes splendides et des genres qui se confondent et fusionnent jusque dans la voix chantée de François Chaignaud. Tout cela ne manque pas de charme, mais je n’y ai pas été particulièrement sensible. Est-ce parce que la performance mélange les genres que le public lui a fait un triomphe? A revoir au théâtre de Vidy. Peut-être. Un autre avis : La critique du Monde

La première présélection du BDO

Difficile de faire les bons choix dès la première semaine (1538 spectacles!). Certains lieux restent la promesse de spectacles de qualité comme le Onze Gilgamesh, Les Doms, La Manufacture, etc. Le Chêne Noir est très connu et accueille des spectacles populaires qui me touchent moins. Souvent une bonne pioche au Balcon, aux Halles et à la Condition des soies. Et la Factory (ex-L’Oulle) pour la danse contemporaine. Finalement le bouche à oreille fonctionne bien si on arrive vers le milieu du festival. Lire les critiques dans Le Bruit du Off permet une bonne vision globale de ce que l’on attend du festival. Premier quotidien en ligne de critique théâtrale du festival OFF d’Avignon, ses différent.e.s chroniqueu.r.se.s proposent leur avis personnel en toute liberté.

Aperçu d’ambiance festive…

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4 réflexions sur “Mon Avignon off et in 2018 § BDO

  1. Pas eu le courage de faire ça cette année, bravo ! Dans le In, un seul spectacle m’attirait, celui d’Ivo Van Hove, que vous n’êtes pas allée voir… Je vous souhaite un très bel été.

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